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12/09/2006

Tentation -4-

Le seul but qui compte, c’est le bonheur d’être sur le chemin. Un chemin qu’il veut parcourir sans se presser, paisiblement.

En deux ans, Jacques s’est fait de nouveaux amis. Il a revu son vieux copain Philippe. Il a connu Jampel, Jean et Andrew, Lucie, et d’autres. De vrais amis, des gens qui comptent. Des gens qui cherchent… Philippe, le pirate, qui arraisonne les bateaux à bord de la vedette de GreenPeace. Jean et Andrew qui ont fui Dublin, le cocon familial et l’assurance que procure un confortable patrimoine. Jampel, son maître qui lui a enseigné avec le sourire et en toute indulgence les bases du bouddhisme. Lucie enfin, l’improbable Lucie, la rebelle thaïe, qui se paie le culot de trouver le français de Jacques argotique et ses manières de routard trop rustiques pour un chef d’entreprise BCBG comme lui.

Des manières de routard… lui qui avait si peu voyagé avant ces deux années. Et puis, il n’a jamais fait que l’Inde, la Thaïlande et aujourd’hui le Mexique. Petits voyages, mais ces deux ans ont plus compté que les dix qui avaient précédé. Maurice. Un prétexte ? Bien sûr. Il serait parti même sans cet objectif chimérique. La tentation du départ était trop forte. De son frère, il n’avait que de vagues pistes et quelques souvenirs épars. Philippe le lui avait dit : « C’est ridicule de partir à la recherche de ton frangin avec si peu de cartes en main, sauf si c’est autre chose qui… » Autre chose, bien sûr, mais quoi ?

En 1968, il avait onze ans, Maurice en avait dix-sept. C’était un grand frère impressionnant, cheveux longs, musclé, costaud qui partait escalader les montagnes avec cordes, pitons et piolets. Hippie, tête brûlée, disait leur mère, caboche inoxydable. Quand Jacques est entré en sixième, Maurice l’attendait le soir à la sortie du collège. Blouson de cuir, foulard, Ray-Ban, Jacques marchait droit et fier à ses côtés. Plus tard, En  quatrième, Maurice venait d’avoir dix-huit ans, il était venu le chercher avec une grosse moto, une Kawasaki verte. Ses copains bavaient de jalousie, ce qui n’avait pas été pour arranger sa réputation de premier de classe prétentieux

11/09/2006

Tentation -3-

Jacques en est sorti et il n’en est pas mécontent. Pas uniquement d’avoir quitté le monde des ordinateurs mais aussi cet univers de l’argent, des affaires, de toutes les vanités du bizness, de l’agitation des nouvelles… Il y a deux ans, il était plongé dedans, il nageait dedans. À quarante-cinq ans, c’était un homme qui avait tout réussi, enfin presque... Quinze ans plus tôt, il avait créé Logisols, une entreprise florissante, cent vingt employés dont il était le patron incontesté. Un notable dans sa ville, d’autant plus notable que sa femme, Nicole, occupait le poste de première adjointe au maire. Son fils Fabrice lui succéderait un jour à la tête de l’entreprise. Il avait peu d’amis, à part Richard, mais il avait un joli carnet d’adresses, des relations, un réseau de contacts tentaculaire…
 
Un jour, il a cédé à la tentation du départ, il a tout quitté en douceur. En deux ans quel chemin ! Rien de planifié pourtant… Une suite de petits pas pour gagner en sagesse, prendre ses distances, transformer futilité et petits soucis en légèreté, en sérénité, en joie de vivre… rechercher le détachement, tuer dans l’oeuf le désir et la convoitise sources de souffrance…

Pour la diminution du désir, il y a encore du boulot… pas plus tard que ce soir il a rendez-vous avec Fleur, une belle jeune femme, une artiste qui pourrait bien être sa fille. Jacques l’a invitée parce qu’il lui trouvait une certaine ressemblance avec Lucie… Lucie qu’il a déposée, hier, au bus de Mexico, Lucie, dont il est un peu amoureux, Lucie qui, si ça se trouve, est plus jeune que Fleur. Tout cela n’est pas sérieux. Parfois sa vie balance comme son hamac.

C’est sans état d’âme pourtant qu’il s’accorde ces deux exceptions à sa nouvelle règle de vie. Après tout, il est sur la bonne voie… Ce serait encore mieux s’il arrivait à couper quelques solides ponts qui le relient à Logisols… à renouer un dialogue paisible avec sa mère… à accepter que Fabrice ne soit pas le fils dont il avait rêvé…

09/09/2006

Tentation -2-

La plage est déserte. Les volleyeurs viennent de terminer une partie acharnée, seuls deux enfants, plus loin, font des pâtés de sable. Rentrée chez elle, Fleur doit se demander pourquoi elle a accepté une invitation au restaurant d’un inconnu. Le soleil brille encore sur la mer des Caraïbes, il illumine le Yucatan, et le Mexique tout entier. Il est probable que Lucie soit déjà à Mexico épuisée par le long voyage dans ce bus rouge cahotant sur les ralentisseurs, ces topes vachards qui jonchent les routes et les villages de ce pays. Des milliers de touristes terminent leur visite des temples mayas et rentrent blasés à leur hôtel.
 
En France, son fils Fabrice et son ami Richard se couchent après une longue journée de travail. Sa mère est déjà au lit. Elle n’arrive pas à dormir. Elle doit penser à la longue lettre qu’elle lui a envoyée il y a deux semaines. La lettre qu’il a trouvée ce matin, poste restante à Playa, et qu’il a déjà lue et relue. Une demande de rançon morale, une rançon à payer pour prix de sa libération et de celle de Maurice.

L’impermanence… s’il est un sujet de méditation que Jacques peut aborder avec facilité, c’est bien celui là. Tout dans sa vie n’a été que mouvement : son enfance, sa jeunesse, les disputes de ses parents, la fuite de son frère Maurice, sa fille Julia, les aléas de son mariage… tout. Tout a coulé comme du sable entre ses doigts. Incontrôlable.

Son métier… Si Bouddha avait connu l’informatique, il aurait choisi les ordinateurs pour illustrer l’impermanence. Rien de stable dans ces machines… La vitesse est dépassée… L’accélération est obsolète… Les prix des processeurs s’écrasent… Une génération nouvelle chaque année et demie… L’expérience des uns ne sert à personne… c’est à peine si elle peut resservir pour soi-même… et pas longtemps… Des œuvres du passé, il ne reste presque rien… et ce qui reste n’est utile qu’aux historiens, et encore… De toute façon, qu’y a-t-il d’important à sauver ? Tout est construit sur le sable… du silicium… des puces en sable qui n’arrêtent pas de bouger leurs milliards de pattes... Les mémoires se remplissent et se vident à la vitesse de la lumière… les électrons volent… les pixels clignotent… les souris glissent sur des tapis trop petits sans jamais faire une halte ni entamer une quelconque prière… Un logiciel qui fonctionne est un logiciel obsolète.

08/09/2006

Tentation -1-

Jacques va retrouver Maurice, le frère costaud, héros musclé de ses douze ans. Il va le serrer dans ses bras, pleurer sans doute, toucher son enfance. C’est le but de ce long voyage, le prétexte, ont dit certains qui ont bien raison.

Maurice sera-t-il encore Maurice ? Question idiote. On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. Aujourd’hui Maurice parle anglais et Thaï. Il pratique cette langue, si difficile pour nos palais occidentaux, avec un accent rude et savoureux aux oreilles de ses amis et de sa famille, sa nouvelle famille. Il se plaît, paraît-il, à parler le muang, ce dialecte du nord aux sonorités paysannes. Depuis peu il s’est mis à l’espagnol. Il doit parler le français avec de drôles de tournures comme tous ces expatriés que Jacques a rencontré dans son périple. Que reste-t-il de ce grand frère parti trop tôt, parti trop loin ?

Allongé dans son hamac Jacques Fabergé se laisse envahir par le calme. L’air est doux, avec à peine un souffle de vent. Il s’est mis en tête de profiter de cette heure à perdre pour méditer. Il s’applique à construire plan par plan une image mentale du monde qui l’entoure comme le lui a enseigné son maître Jampel Rinpotché. Procéder de manière concentrique : la case, l’hôtel de cases, la bande de sable, les terres alentour, Cozumel, Tulum, le Yucatan…

C’est son deuxième passage à Playa del Carmen. Il a de la chance d’avoir trouvé ce petit bungalow au bord de la plage, dans ce village de cases éparpillées sous les cocotiers qu’est l’hôtel Corto Maltese. Des cases de bois, solides, toutes construites sur le même modèle, moitié chambre simple et confortable, moitié abri pour vie au grand air. Il a suspendu son hamac à l’ombre de l’avant-toit, pas vraiment un endroit pour méditer sérieusement sur l’impermanence... Jacques le sait et il en sourit en se balançant doucement.

07/09/2006

Tentation du départ

Je vais être peu présent sur ce blog pendant quelques jours. J’ai envie de publier ici le début du  roman que j’ai en cours, un texte déjà paru au mois de juillet sur le Passe-Muraille numéro 70. Le Passe-Muraille est une revue littéraire suisse de grande qualité mais pas très bien équipée côté Web (cela devrait s’améliorer). J’en reparlerai du plus tard.

La tentation du départ

(titre provisoire)


synopsis

Jacques est un homme optimiste. Il ne pense pas que le monde est bon, il ne peut pas être dupe à ce point, il était chef d’entreprise il connaît bien la société. Pourtant il pense que, si chacun y met du sien, les choses peuvent mieux se passer. Un héros positif pour changer, et un frère, Maurice, peut-être son négatif ? 

La tentation du départ raconte la vie de Jacques, en particulier les deux années qu’il vient de passer à la recherche de Maurice parti il y a plus de trente ans. Jacques a cédé à la tentation du départ mais sans jamais oser vraiment couper les ponts comme son frère, lui, l’avait fait. A mesure que l’on apprend à connaître Jacques, des questions naissent au sujet de Maurice : Qui est-il ? Quels secrets se cache derrière son départ ? Quel homme est-t-il devenu ?

A suivre page par page ces prochains jours.

04/09/2006

Le prêtre polonais

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curé polonais

On a beaucoup parlé du plombier polonais mais moins souvent du curé polonais. J’en ai rencontré un ce week-end en Alsace. Vu le peu d’attrait du denier du culte, qui permet à peine le SMIC, la France n’est pas très attractive pour la main d'oeuvre de la superstition à la Jean-Paul-le-deuxième ; en revanche l’Alsace-Lorraine est une terre d’immigration beaucoup plus sympa pour la calotte polonaise.(*)

Un prêtre alsacien (comme un pasteur ou un rabin) palpe quelque 2500 euros net par mois. Soit davantage qu’un prof agrégé après dix ans d’ancienneté (2300 euros). A cela il faut ajouter un logement de fonction et des frais de déplacement princiers.

Quant aux évêques, c’est 4.307 euros qu’ils empochent chaque mois, auxquels il faut ajouter des "indemnités de représentation" et une voiture avec chauffeur.

Au total, ce sont 2100 ecclésiastiques qui pompent 37 millions d’euros par an dans les caisses de l’Etat (en plus des exonérations fiscales et de l’entretien obligatoire des bâtiments religieux).  Vive la laïcité !

Paraîtrait que Sarkozy, grand importateur d’émigrés, de qualité, voudrait adapter le système alsacien à tout l’hexagone et même outre-mer. Voir article Charlie

Vous pouvez aussi écouter la soupe sur la radio suisse romande la première un lien prix chez Ruth - Sugus Ecoutez aussi Vincent Kohler.

PS: (*) Pour ceux qui ne le saurait pas l'Alsace (2 départements) et la Lorraine (1) vivent sous un régime particulier en matière de rapport église-état. Quans les lois laïques de 1905 ont été promulguées, ces provinces étaient allemandes. En 1918, il a été décidé de conserver le régime du concordat napoléonien de 1801 qui permet entre autre de payer grassement prêtres et évêques.

Voir droit local an Alsace 

03/09/2006

Langues

On lit parfois des choses étonnantes. Le serbo-croate est une langue flexionnelle. Ah bon ! Et c’est quoi un langue flexionnelle ? C’est une langue qui contient des déclinaisons et de conjugaisons, et donc dans lesquelles la grammaire se construit par ajout de morceaux au mot principal pour situer le genre, le nombre, le temps, la personne et même la classe (humain, animal) Il y a même des langue qui font de l’introflexion (je jure que j’invente pas, allez donc sur wiki)

Et c’est quoi une langue qu'est pas flexionnelle ? C’est une langue agglutinante, isolante ou synthétique mais bien sûr les langues sont plus l’un ou plus l’autre mais sont toutes tout cela.


Parmi les langues agglutinantes on trouve le finnois, le hongrois, le turc, le japonais, le coréen, le swahili, le nahuatl, le basque, l'espéranto et l'allemand. L'inuktitut (eskimo) est aussi une langue agglutinante, mais d'un type particulier: les langues polysynthétiques.

Je sais que tout le monde s'en fout des langues flexionnelles mais moi j'avais envie d'en parler, voilà!