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27/05/2019

Sobriété

Sobriete-heureuse.jpgC'est très clair, il ne suffit pas de mettre un bulletin écolo dans l'urne, la seule solution pour sortir la planète de ses problèmes c'est la sobriété.

Il va falloir enseigner et pratiquer la sobriété et si nécessaire l'imposer de force.

On pourrait prendre exemple sur l'oncle d'Alexandre qui se prénommait Jules : 

C'était un homme de peu de bruit. Il parlait doucement et vivait à voix basse, de la vente de trois cravates qui étaient pendues dans la vitrine de son petit magasin à devanture bordeaux. La plus belle était au milieu, c'était la bleue. Des dessins jaunes, qui avaient le contour d'un œil ou d'une carpe japonaise, enrichissaient ses moires profondes : nous l'appelions la cravate aux yeux d'or. Je l'ai toujours vue là, un peu plus grise chaque année, un peu plus jaune à l'endroit de la tringle ; on ne pouvait pas savoir d'ailleurs s'il valait mieux qu'elle se garde ou se vende : c'était l'honneur de la vitrine. Une fois cette cravate vendue, on n'aurait plus eu goût à rien. Heureusement, elle ne se vendait pas. L'oncle Jules vivait donc de ne pas vendre cette cravate, et ce commerce l'absorbait peu.

Tous les matins, rasé de frais, il descendait au magasin, prenait sur le comptoir un crayon non taillé, faisait semblant de chercher un canif dans sa poche, n'en trouvait pas, posait son index sur son front comme pour y chercher une idée, et disait à sa femme, illuminé soudain : « Garde le magasin une minute, je vais faire tailler le crayon chinois chez Ferdinand... » C'était le voisin, le coiffeur, l'ami sincère. On le voyait entrer à neuf heures du matin, il revenait à la nuit tombante. En passant devant la cravate bleue, il s'arrêtait toujours un peu d'un air flatté : « Cette cravate est vraiment jolie ! », disait-il d'un air connaisseur. « D'où reviens-tu ? » lui demandait ma tante. « Ferdinand n'avait pas de canif », expliquait-il laconiquement. 
(Badonce et les créatures, p.159)

03/05/2019

Après pâques

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PONDONS DES ŒUFS DE PÂQUES !

 

Achetez une poule, faites-lui pondre des œufs, gardez les œufs, jetez la poule, faites cuire les œufs dans l'eau bouillante : ils deviendront verts dans une eau d'épinards, rouges dans une eau additionnée de carmin, jaunes dans une eau additionnée ou de safran ou de citron.

Le mois d'avril est le mois préféré de l'escargot coureur. Il compte trente jours qui allongent sans cesse. Ce temps gagné ne se rattrape jamais. Bientôt l'hirondelle va revenir. Mais déjà l'homme est magnifique à voir : il vient de mettre son chapeau de paille, un peu au hasard de l'événement, ou alors sur le sourcil gauche. Il plante la griffe d'asperge, il récolte l'oseille, il protège l'espalier avec des paillassons, il les enlève, il les remet mieux, il s'évertue, il se démène, il sème la lupuline, il fume les vieux houblons, en un mot il fait le diable à quatre.

La poule pond déjà des œufs de Pâques, le lièvre de Pâques en fait autant. La poule le regarde en chien de faïence. La femme se livre aux nettoyages de printemps : ayant décapé au dissolvant sans acétone les ongles qui font sa parure, ses armes et sa vanité, elle les passe au décapant qui en supprimera les peaux, au siccatif qui les dessèche et aux divers acides qui en protègent le vernis. Qu'est-ce, en effet, que la vie de l'épouse sinon une suite de longues discussions conjugales ? Il faut que l'arme blanche étincelle.

C'est ainsi que le guerrier tient son poignard fourbi. En même temps, elle surveille soigneusement cet équilibre hydracide de l'épiderme auquel elle doit le chatoiement inépuisable de sa peau.

Almanach des quatre saisons, p. 63-64.

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02/05/2019

Mai

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ALLÉGRESSES DU MOIS DE MAI

 

 

 

Le mois de mai n'est qu'une suite d'allégresses.

L'homme y fête le Travail, Jeanne d'Arc et la Victoire, sans compter sa propre maman. Le 1er Mai, il honore le Travail dans le repos. S'il a de la chance, il réussit à arracher avec les ongles à l'asphalte des bois de la banlieue parisienne un brin de muguet qu'il perd à l'entrée du métro.

À midi, en famille, il mange un oiseau mort et boit du raisin fermenté. L'agriculteur sérieux coupe la queue de ses agneaux, et les sorcières se réunissent dans une clairière de Loir-et-Cher pour le sabbat. On y mange tout sans sel (aliment du baptême). Ces festins d’urémique sont à déconseiller.

Le 30, l'enfant célèbre sa mère. (Puisque tu aimes ta maman, reprends-en », dit un proverbe du Centre-Afrique réservé aux usages locaux.)

Dires étonnants des astrologues, p.27.

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02/01/2019

Agapes

 

7776002277_preparez-un-bouillon-pour-le-lendemain-du-repas-de-noel.jpgLe début de l'année a été marqué par la routine des indigestions habituelles. L'homme, en effet, au début du solstice, fête l'hiver en ruinant son foie. L'oie traîne le sien comme un fardeau. Le financier aisé le déguste avec des truffes dans une porcelaine de grand prix. Le financier moins aisé, comme le facteur rural, le marchand de singes ou le poète lyrique, le mange avec des « pommes salade» dans une assiette d'un moindre prix. Sous une forme atténuée, telle que le fromage de tête.

bouillon-poulet-bio.jpgCes excès épaississent le sang et figent la bile dans le canal cholédoque. On prendra des bouillons légers et des pharmacies décapantes pour écouvillonner les coudes de l'intestin. Un jeûne léger, des musiques douces et des rêves optimistes chasseront petit à petit le plus gros du délire. Les urines deviendront plus claires. L'épouse se promènera dans tout l'appartement en agitant du papier d'Arménie. Les amis auront le droit d'apporter des oranges, des proverbes, des mandarines. Le médecin présentera sa note.

mini-gratins-de-homard-au-fenouil.jpegOn fêtera la convalescence en chantant des chansons à boire autour d'un homard Thermidor suivi d'une choucroute mitonnée couronnée de saucissons de Morteau. Le gigot sera tendre et les fromages intéressants. On reprendra des boissons. De 23 heures à 5 heures on mettra une sourdine pour ne pas réveiller les voisins. Le lendemain on tirera les rois. Une maîtresse de maison pratique utilisera les bouteilles vides qu'elle découvrira sous les tables, dans le couloir et la salle de bains, pour nettoyer la dentelle noire ; enroulez la dentelle autour de la bouteille et baignez-la dans la bière.

Vialatte - La Montagne, 2 janvier 1962.

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01/01/2019

Nouvel an d'antan

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Pour la nouvelle année un peu de Vialatte...

Il était longtemps d’usage, le matin du 1er janvier, que le grand-père, vêtu d’un bonnet grec et d’une robe de chambre à ramages, s’asseye au coin d’un feu de bois dans une bergère Louis XIV pour recevoir les compliments et les vœux de ses petits-enfants. (…)

 

 

masque-grand-pere-latex-adulte_1.jpg?u=http%3A%2F%2Fwww.feezia.com%2Fmedia%2Fcatalog%2Fproduct%2Fcache%2F1%2Fimage%2F1200x1200%2F9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95%2Fm%2Fa%2Fmasque-grand-pere-latex-adulte_1.jpg&q=0&b=1&p=0&a=1Les dangers du feu de bois, le prix de la bûche de chêne, le mépris de la poésie, les progrès de l’industrie électroménagère et les conquêtes de la médecine dans la gérontologie ont fait abandonner ces rites et modifié la physionomie du jour de l’an.

Il arrivait fréquemment en effet que le grand-père, qui était nécessairement un civil ou un militaire, fût affligé d’une jambe de bois par suite des guerres ou des accidents du travail. Il ne pouvait se chauffer les pieds ni somnoler au coin du feu sans enflammer sa jambe artificielle ; d’autant plus qu’elle était très sèche et terminée par une rondelle de caoutchouc, matière extrêmement inflammable. Il arrivait aussi qu’un héritier pressé rapprochât trop de la cheminée le fauteuil où sommeillait l’aïeul ; sans parler des grands-pères terribles qui cherchaient à camoufler un affreux suicide en accident.

Alexandre, almanach des quatre saisons, p.20-21.

En tant que papy moderne, je suis bien content que ces coutumes soient définitivement révolues. 

Encore une louche de Vialatte comme étrennes

(sait-on encore ce qu'étaient les étrennes ?) 

Le premier de l’an date de la plus haute antiquité. Si loin qu’on remonte dans l’histoire de la Terre, les années ont toujours fini et recommencé. Si bien que le premier de l’an date de bien avant l’homme. Il en a pris une majesté considérable. Il ne cessera que le jour où la Terre, qui tourne à une vitesse terrible, sera usée par le frottement. Son rayon diminue chaque jour. Chaque jour rapproche donc l’homme du centre de la terre. Le dernier jour, n’ayant plus de support, il tournera autour de ses pieds.Finalement, il mourra de vertige.

« Chronique découragée du premier jour de l’an ». La Montagne, 31 décembre 1967.

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