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08/06/2016

Manufrance

"Le bonheur c’est de réaliser sa nature profonde" disait Spinoza. Voilà bien une phrase tellement profonde qu’elle me semble être sans fond.

Lorsqu’on demandait à Vialatte quelles étaient ses sources d’inspiration, il citait le catalogue de Manufrance et Charles Dickens. Et comme je pense que ma nature profonde est vialattienne, je me suis précipité pour savoir si ce catalogue existe toujours. Il fallait s'y attendre, la version papier est morte en 1985. Il faut donc se fier à la version internet.

240px-Carduelis-carduelis.JPGSi vous chercher sur le site « équipement du marcheur » vous découvrirez un choix intéressant d’appeaux en tête de liste : Appeaux à bouche, merle, grive tourdre, grive blessée, chouette, renard, sarcelle, sanglier, buse, mésange, huppe… appeaux à soufflet, merle, grive litorne, caille, grive tourdre, canard col-vert femelle… appeaux à vis pour grive musicienne (comment s’en passer ?), chardonneret (photo), rossignol…

253065_1.pngEt bien sûr on a le bâton à réserve d’alcool absolument nécessaire en montagne et déjà cher à Vialatte.

Alexandre avait raison, Manufrance est une grande source d’inspiration. Une source qui ne peut que satisfaire ma nature profonde qui est foncièrement curieuse, hétéroclite et frivole. Un vrai foutoir. 

Il n'y a guère que le foot qui m'indiffère... quoique. Je regarderais peut-être la finale, si l'Angleterre sort de l'Europe.

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Quant à Dickens et son Pickwick, je vous en parlerai plus tard... peut-être. Juste une citation tirée des grandes espérances qui a inspiré "Mister Pip" à Lyod Jones.  

- Camilla... ma chère... c'est un fait avéré que vos sentiments de famille vous minent, au point de rendre une de vos jambes plus courte que l'autre.

16:00 Publié dans Vialatte | Lien permanent | Commentaires (1)

12/05/2016

Envergure

condor-flight-300.jpg?t=0J’avais oublié de parler du bal des oiseaux fantômes au Puy du Fou. Un spectacle fascinant. J’y ai appris que les condors, ces vautours sud américains (el condor passa), que l’on voit en nombre dans le spectacle, ont la seconde plus grande envergure de tous les oiseaux. Les premiers sont les albatros avec 3,40 mètres. Baudelaire en a parlé. Vialatte aussi :

Au Cap, l’albatros se marie. C’est un oiseau extraordinaire ; il se nourrit de limaces et de poissons volants, et brait comme l’âne, à mille pieds d’altitude. Baudelaire, pour d’autres raisons, l’a comparé aux poètes de génie. Son ventre blanc et ses sourcils noirs lui donnent l’air d’un homme politique se promenant après le bain sur une plage à la mode. On le rencontre sur les immenses étendues d’eau qui séparent l’Amérique de l’Afrique et de l’Asie. À condition d’y aller ...ou de s’y trouver déjà.

schwarzbrauenalbatros-main-15751.jpg

Il plane par troupes au-dessus des navires pendant des jours, sans la moindre fatigue. Il se rit du typhon, se repose au creux de la vague, et, au moment où le bateau sombre, il s’élève au plus haut des cieux où il éclate de ce rire inhumain que les navigateurs portugais ont comparé au braiment d’une ânesse. Quelle leçon pour l’orgueil des hommes !

Son œuf donne une omelette passable. Curieusement, il n’a pas de gros bout. Le gros bout est aussi petit que le petit. Et le petit aussi gros que le gros. Ce qui produit une impression bizarre. C’est parce qu’il est parfaitement symétrique. Cas unique dans le règne animal. On voit par là tous les mouvements qui s’y produisent à l’équinoxe. C’est un vrai brouhaha dans la zoologie. (Dernières nouvelles de la zoologie – La Montagne – 1er octobre 1967).

En fait si les albatros avaient vécu à Lilliput et à Blefuscu la guerre entre les deux puissances aurait peut-être été évitée. On se rappelle que les lilliputiens mangeaient les œufs par le petit bout et les Blefuscuens par le gros bout, à moins que ce ne soit le contraire, ce qui provoqua une guerre très longue (six mille lunes) et féroce Le texte est ici.

 

22:02 Publié dans Vialatte | Lien permanent | Commentaires (1)

10/01/2016

Poésie

 (La Montagne – 9 janvier 1964)

fete-rois-mages.jpgQu’est-ce que la poésie ? …

La poésie, c’est le début de l’année. C’est les Rois mages avec leurs couronnes d’or, l’encens, la myrrhe, les robes rouges, les robes jaunes, le chameau à l’œil dédaigneux, avec son profil de vieille dame, et son cou comme un tuyau de pompe. Et le nègre ; surtout le nègre ; à cause de sa robe verte.
Et tout le mois de janvier est comme ça. Comme un Breughel ; les enfants qui patinent, la vapeur qui leur sort du nez, le ciel noir, la terre blanche, les peupliers tout nus ; le schlitteur* en bonnet de fourrure ; rien de plus charmant que les images de l’hiver.
Surtout quand on les voit de l’auberge, à travers une petite fenêtre devant un grog fumant où nage un citron pâle. Quand on a eu bien froid et qu’on aura bien chaud.

(…)

Les astrologues sont montés sur leurs toits pour savoir les secrets des étoiles et lire dans la main de la Grande Ourse

(…)

Après ils ont prophétisé. A l’aide de sesquiquadratures* de conjonction des astres. Et ils n’ont pas caché que l’année serait pleine de choses. Les unes, les autres et bien d’autres encore. Que ce serait une année shakespearienne. Que les hommes naîtraient tout nus en cent endroits du globe

(…)

Quant à l’homme, il restera le même, tel que donne à le juger dans sa médiocrité cette constatation d’un élève : « Le lapin s’arrache les poils du ventre pour faire un nid à sa famille. Combien de pères en feraient autant ? » Donc, un peu inférieur au lapin, il loge sa famille dans des nids en ciment.

(…)

 La poésie, c’est le lapin qui bâtit son nid en s’arrachant les poils du ventre.

Et c’est ainsi qu’allah est grand.
(Vialatte La Montagne – 9 janvier 1964)

Admirez le vocabulaire de Vialatte :

schlitte.jpg* Le sclitteur conduit la schlitte qui est une grosse luge alsacienne utilisée pour transporter su bois ou du foin.

* La sesquiquadrature est un terme d’astrologie qui désigne un angle de 135° que fait un astre. Si vos astres sont sesquiquadrés, c’est plutôt mauvais signe, signes de frustration ou de déception probablement dus à une mauvaise prise en compte des évènements de votre part ou de celle de vos proches. Il faut vous relaxer et développer votre patience et votre endurance et éviter les situations de stress.

11:07 Publié dans Vialatte | Lien permanent | Commentaires (0)

28/10/2015

Botte-cul

20070915.FIG000000891_12705_1.jpgCélébration de la Suisse paisible, celle d'avant les banques, l'UDC rayonnante et la peur de l'étranger... Une Suisse modeste et heureuse que reprend Vialatte après... Victor Hugo :

« Le Suisse trait sa vache et vit paisiblement. »

(Qu’on le veuille ou qu’on ne le veuille pas, c’est de Victor Hugo, dans La légende des siècles. Et il faut avouer qu’on ne s’y attendait pas.)

C’est qu’il a attaché sa chaise à son derrière, ce qui facilite beaucoup de choses. C’est une « commodité de la conversation ». Il se sert pour cela d’une énorme ceinture. Il peut ainsi passer d’une vache à l’autre sans voiturer lourdement son fauteuil, qui se compose d’ailleurs d’une simple sellette à un seul pied, le tout d’un bloc, mal dégrossi ; ce qui explique que le pied ne se rentre pas comme la vis du tabouret du piano, et qu’on le taille comme un crayon, pour qu’il enfonce mieux dans la terre. Cet aiguillon abdominal prête au Suisse l’apparence d’un prodigieux insecte. S’il avait le ventre rayé de jaune, on le prendrait pour une abeille.

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Il vit sa vie assis sur ce clou* ingénieux, coiffé d’une calotte d’enfant de chœur, brodée de myosotis, en paille fine. Il va vite, il ne se fatigue pas. Ensuite il chante une tyrolienne. Et c’est pourquoi il vit paisiblement.
(Honneur à M. Veillon – La Montagne – 3 mars 1953)

La version de Totor : 

La Suisse dans l’histoire aura le dernier mot
Puisqu’elle est deux fois grandeétant pauvreet -haut ;
Puisqu’elle a sa montagne et qu’elle a sa cabane.
La houlette de Schwitz qu’une vierge enrubanne,
Fièreetquand il le fautse hérissant de clous,
Chasse les rois ainsi qu’elle chasse les loups.
Gloire au chaste pays que le Léman arrose !
À l’ombre de Melchthalà l’ombre du Mont-Rose,
La Suisse trait sa vache et vit paisiblement.
Sa blanche liberté s’adosse au firmament.

Le soleilquand il vient dorer une chaumière,
Fait que le toit de paille est un toit de lumière ;
Telle est la Suisseayant l’honneur dans ses prés verts,
Et de son indigence éclairant l’univers.

* Le clou en question s'appelle un botte-cul.

Ne pas confondre avec un gode-ceinture.

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08:47 Publié dans Vialatte | Lien permanent | Commentaires (0)

06/09/2015

La fin de l'empire

110px-Vexilloid_of_the_Roman_Empire.svg.pngJe voudrais revenir sur les barbares. Les nouveaux barbares. En fait si les premiers barbares ont détruit l’empire romain, on peut se demander ce que vont détruire les nouveaux. Ana prétend qu’ils vont détruire le monde gentil, le monde solidaire... Si ce monde a jamais existé, cela commence à faire quelques temps qu’il a été remplacé par le monde du fric, de la compétition. Mais combien de temps, exactement ?

Je sens que, comme pour l’empire romain, il va être difficile de donner une date marquerait la fin d'un monde et le début de la nouvelle invasion barbare. C’est sans doute avant 2003 et le film de Denys Arcand (film qui était une suite au déclin de l’empire américain de 1986). On pourrait prendre 1973 et la première crise du pétrole, peut-être… Pour éviter les débats stérile et mettre tout le monde d’accord, je propose de prendre le 3 Mai 1971.

1808Tres.jpg

Comme chacun sait, ce funeste tres de mayo 1971 est le jour de la mort d’Alexandre Vialatte. Vialatte avait le don de nous resituer les événements, les gens et les choses dans un ordre quasi logique, si on adoptait sa logique, évidemment. Une logique qui datait de la plus haute antiquité et qui prenait comme base le fait qu’Allah est grand. Il savait classer les fleuves, parler de grammaire, expliquer les nouvelles de l'homme et les mettre à leur juste place entre le beurre et la confiture ou entre la Puy de Dôme et le Cantal, suivant leur taille bien sûr. Il avait une vision universelle de l'ordre du monde et rien de ce qui était humain ne lui était étranger.

 

Voilà ! Et nous on est en deuil et on va devoir essayé de comprendre un monde dominé par des barbares.