02.02.2012

L'éléphant s'évapore

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Pour Vialatte, l’éléphant est irréfutable, chez Murakami, il s’évapore. C’est le titre d’un recueil de nouvelles publié il y a 20 ans au Japon et que je n’avais pas lu.

C’est un bonheur rare de découvrir un Murakami point encore lu. En plus j’aime particulièrement les nouvelles.

Celles-ci ne sont pas toutes du même niveau mais celles qui sont bonnes, sont superbes et il y en a pas mal sur les 17 du recueil.


Cela commence par une nouvelle qui a sans doute servi d’esquisse pour l’oiseau à ressort. On y retrouve le chat Noboru Watanabe nommé ainsi parce qu’il « ressemble » à son beau-frère, pas vraiment un compliment. D'ailleurs dans la nouvelle Family affair, on découvre ce fameux beau frère pas trop sympathique au narrateur.

Toutes les nouvelles sont racontées à la première personne, ce qui fait surgir souvent des récits étranges comme ce préposé aux lettres de réclamations dans une entreprise qui se met à répondre à une cliente en lui faisant d'étranges digressions sur les kangourous... La force de Murakami, c’est de nous décrire des chose banales, boire une bière, peler des oignons… et de passer soudain dans une autre dimension, on adore la bière et on prend son pied avec le bizarre qui lui succède. Un écrivain ! Un grand. Il se dit admirateur de John Irving, j’espère juste qu’Irving se dit admirateur de Murakami. Ils se ressemblent, ce sont des tous grands.

Même si tous les personnages ne sont pas déjantés, ils sont souvent en phase de déstabilisation: hommes au chômage au foyer, femmes seules noyant leur mélancolie en contemplant leur jardin, femme qui n'arrive plus à dormir, homme mono maniaque dont le passe-temps favori est de brûler des granges abandonnées. Cela donne des nouvelles au bord du vertige, très poétiques, comme cet homme "obsédé" par les chinois et qui s'assoit sur le port et attend à l'horizon, en vain, un cargo pour la Chine.

Des coups de coeur pour quelques nouvelles comme les granges brûlées ou ce nain qui danse, raconté par un "fabricant d'éléphant" ! En effet, les éléphants ne se reproduisent que tous les cinq ans ; des adorateurs pressés fondent une société d'approvisionnement en éléphants pour pallier à ce handicap ! Dans cette usine, un nain qui danse merveilleusement bien passe un pacte avec l'ouvrier pour qu'il puisse séduire une jeune ouvrière... Je crois qu’il n’y a que Murakami pour me faire avaler un truc pareil en me donnant autant de plaisir de la lecture.

Une nouvelle un peu décevante les TV people.

22.11.2009

Danse, danse

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Ce roman est annoncé comme la suite de La Course au mouton sauvage. Si je ne m’étais pas donné pour mission de lire tout Murakami, l’annonce de ce lien avec « La Course… » ne m’aurait peut-être pas incité à lire « Danse, danse, danse » Et cela aurait été une grave erreur !

En fait nul besoin d’avoir lu « La Course… » pour apprécier ce livre que j’ai lu en y prenant beaucoup de plaisir.

Le narrateur est effectivement celui de La course au mouton sauvage, un publicitaire de trente-quatre ans, branché filles, bouffe, scotch, musique… et qui a décidé de s’accorder un répit pour retourner à Sapporo, à l'Hôtel du Dauphin, le petit hôtel familial de La Course où il avait séjourné avec Kiki, une fille mystérieuse. L’hôtel est devenu un immense palace.

Un brin désœuvré, notre héros va draguer une réceptionniste, voir un film de série B dans lequel joue Gotanda, un homme parfait qu’il a connu au collège. Sur les indications de la réceptionniste, il va aussi revoir au dernier étage de l’hôtel, une sorte de passage vers l’au-delà, l’homme mouton le médiateur de ce passage. Et nous voilà embarqué dans le désœuvrement de notre narrateur qui va renouer avec Gotanda, l’idole des femmes. Il se lie aussi d’amitié avec une adolescente un peu paumée Yuki / Neige qui n’est pas sans rappeler May Kasahara, la june fille effrontée et si attachante de l’oiseau à ressort.

Par certains côtés le personnage rappelle un peu les héros de Philippe Djian. Mais si les narrateurs de Djan ont quelque chose d’agressif, d’un peu macho, le héros/narrateur de Murakami est dessiné à la mine douce avec une grande douceur de trait. Un héros qui a ses entrées dérobées dans des ultramondes ésotériques mondes où son vieil ami Gotanda, sous un air de perfection, cache de drôles de perversions. Pas d’agressivité chez Murakami, simplement une narration qui vous embarque où elle veut. C’est magique. Impossible de dire tout le bien que je pense ce livre. Du grand Murakami : style, fraîcheur, simplicité, limpidité, transparence, musique et plaisir de lire. Un autre avis / et encore un

29.04.2009

Après le tremblement de terre

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Ce petit livre est un recueil de nouvelles. Le rapport avec le tremblement de terre de Kobe est plutôt ténu mais dans chaque nouvelle il y a un lien. Je l’ai déjà dit Murakami est un immense écrivain.

Des nouvelles qui sont un précis de ce que peut faire Murakami. Dans la première intitulée « un ovni a atterri à Kushiro », on retrouve la situation de l’oiseau à ressort. Le narrateur, la trentaine, mène une vie tranquille, il est marié. Un jour, alors qu’il rentre de son travail, il trouve sa femme sur le divan, hypnotisée par la télévision. A l’écran, un reportage brûlant sur le tremblement de terre de Kobe. Sa femme reste des heures devant le petit écran, à absorber le flot continu d’informations concernant la catastrophe. La journée, la nuit, et ce tous les jours depuis le séisme, elle reste face à l’écran, ne dormant plus, ne s’alimentant plus, ne parlant plus à son époux. Et puis un jour elle le quitte. En rentrant du travail Komura trouve un mot laconique sur la table de la cuisine. Sa femme, ses effets personnels, tout a disparu, comme si son mariage n’avait été qu’une parenthèse.

On découvre à chaque nouvelle des personnages attachants qui ne sont pas sans rappeler certains de ses romans. Un jeune couple fait des feux sur plage… Une spécialiste en endocrinologie part en vacances en Thaïlande, un jeune orphelin à la recherche de son père, un écrivain solitaire amoureux d’une ancienne amie de fac. La plupart du temps, le ton de ces textes est grave. Murakami décrit la banalité du quotidien et expose la mélancolie. On se retrouve confronté à ce vide existentiel qui taraude toute personne qui réfléchit.

L’auteur passe du registre assez réaliste au plus fantaisiste et humoristique. Dans la nouvelle intitulée « Crapaudin sauve Tokyo », il imagine une grenouille géante qui demande à un simple employé de banque une aide pour se battre contre Lelombric, un ver géant qui menace les fondations de la ville de Tokyo. Un texte burlesque, fantastique et inclassable.

27.04.2009

Savoir

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En poursuivant ma lecture systématique de l’œuvre de Murakami et je tombe sur un truc étonnant…

Une encyclopédie sur une branche de saule.

 

 

 

 

L’idée est simple. Si on veut stocker un texte disons « ABC. » On peut le convertir en chiffre, méthode assez connue. On pourrait prendre le codage ASCII bien connu des ordinateurs, on peut aussi décider de prendre 01 pour A, 02 pour B, 03 pour, 00 pour l’espace, 40 pour la virgule… Notre texte devient 010203 on en fait un nombre 0,010203. Chaque point de la branche représente un chiffre entre 0 et 1 (il y en a une infinité OK ?). Disons 0.5 pour le milieu, 0.3333… pour le tiers, 0.6666… pour les deux tiers etc… On fait une encoche sur la branche de saule à 0.010203 Cette coche représente de manière unique notre texte ABC.

On peut faire la même chose avec un livre, avec des images numérisées, avec une encyclopédie et même avec tous le contenu de l’Internet (disons écrit avec des caractères latin) à un instant t.

Ensuite bien sûr il faut un bon double décimètre pour encocher au bon endroit et pour relire l’information… N’empêche qu’une encoche sur une branche de saule (ou de boulot d'ailleurs) pourrait enregistrer n’importe quelle information aussi longue qu’on peut l’imaginer. Fascinant non ?

Si vous n'avez pas compris, protestez et je tenterai un meilleure explication.

 

03.04.2009

Oiseau à Ressort

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Chroniques

de l'oiseau

à ressort

J’ai décidé de lire tout Murakami et de créer une catégorie dans laquelle vous trouverez cinq notes sur les cinq romans de lui que j’ai lu pour l’instant.

 

Le chant de l'oiseau à ressort fait ki kii kiii et Toru Okada, le héros et narrateur de cette histoire, pense que l’univers, la branloire pérenne de Montaigne, repose sur le chant de cet oiseau qui remonte la marche du temps et fait tourner le monde. On est en plein Murakami, si vous n’aimez pas quand la réalité bascule dans le bizarre abstenez-vous. Si vous arrivez à le supporter, vous allez trouvez ici un gigantesque écrivain.

Ca-vient.jpg[crédit image]Quand sa femme le quitte, sans raison apparente, le monde de Toru Okada déraille gentiment. Il reçoit de coup de fil d’une mystérieuse séductrice, il descend dans un puits à sec d'une maison voisine, il navigue dans la finance et dans la politique entourée de manifestations surnaturelles. Les séjours répétés dans ce puits désaffecté pour y vivre des rêves prémonitoires, lui donne un pouvoir de guérison qui le met en contact avec une riche créatrice de mode et son fils muet, non moins étranges personnages, dont le passé au Mandchoukuo chinois resurgit en leitmotivs obsessionnels.

Toru entre en contact, via la mort d’un drôle de marabout, avec un lieutenant à la retraite, dont le passé en Chine occupée et dans les camps de travail soviétiques a également changé le cours de l'existence - son séjour dans un puits à sec des plaines de Mongolie, entre la vie et la mort - accentue la trame fantastique du récit.

Pour les âmes sensibles, à noter, à la frontière mongole, une page forte à la limite du supportable, digne des pires films gores. Effroi garanti ! Murakami nous amène vers l’exceptionnel avec génie.

Ne vous fiez pas trop à ce que j’en dis ici ni à ce que vous pourrez en lire par ailleurs. Ce livre fait 850 pages et contient énormément de situations et de personnages qui passionnent. Murakami décroche gentiment du réel très banal vers l'imaginaire et le fantastique. Vous allez adorer le personnage de May Kasahara, une adolescente qui entre dans la vie de Toru et observe ces péripéties fantastico-burlesques avec un œil critique. Pour moi, Murakami est un écrivain magique.