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29/12/2015

Sobriété

Bonne résolution : En 2016, je passerai moins de temps à lire des articles déprimants comme celui tiré de The Globalist – Washington. Notez que l’article était facile à éviter avec ce titre

« Il ne fera pas bon être vieux en 2040 »

Mais si on regarde bien le dessin qui illustre l’article publié par CI...

vieux-sondron_2014-07-08-7516_0.jpg?itok=vLfG5-jB

...on peut positiver et se dire que finalement, avec le réchauffement climatique, on pourrait avoir des palmiers à Paris et que, à glander un liquide à la main sous les tropiques ou chez soi, vaut encore mieux être chez soi.

Et ne pas prendre l’avion pour juste boire un verre à 10'000 kilomètres est tout à fait en ligne avec le discours de Noël du pape qui nous appelle à un comportement sobre, c’est-à-dire simple, équilibré, cohérent, capable de saisir et de vivre l’essentiel. »

20/11/2014

Pauvre...

pepe-y-lucia-en-moto2.jpgOn se souvient du discours de Pepe Mujica à Rio+20.

« Nous ne pouvons pas continuer, indéfiniment, à être gouverné par les marchés; nous devons gouverner les marchés. [...] Les anciens penseurs Epicure, Sénèque ou même les Aymaras disaient: Celui qui est pauvre n'est pas celui qui possède peu, mais celui qui a besoin de beaucoup et qui désire toujours en avoir plus. »

Il y a des jours où j’enrage de ne pas parler espagnol. Je lis sur Courrier International un article, avec un peu de retard, sur le discours "poétique" de José à la tribune de l’ONU en 2013, le discours, pour ceux qui le connaissent déjà qui commence par « Soy del SUR, vengo del SUR… » Pas moyen de trouver une traduction.

Heureusement le site Jet d’encre, tribune indépendante pour une pensée plurielle, en parle et je vous livre donc un morceau traduit par les soins de Lisandro Nanzer. Rien de nouveau, me direz-vous. Oui, peut-être mais il faut le dire et le redire encore.

Nous avons sacri­fié les anciens dieux imma­té­riels pour chan­ter les louanges du Dieu Mar­ché. Il se charge d’organiser l’économie, la poli­tique, les habi­tudes et la vie, et va jusqu’à nous finan­cer, par carte ban­caire et à cré­dit, l’apparence du bon­heur. Il sem­ble­rait que nous soyons nés dans le seul but de consom­mer et consom­mer, et lorsque ce n’est plus pos­sible, la frus­tra­tion, la pau­vreté et l’auto-exclusion nous gagnent. Une chose est vraie aujourd’hui. Avec tant de gas­pillage et une telle accu­mu­la­tion de déchets, la mesure de l’empreinte car­bone, ainsi nom­mée par la science, révèle que si l’humanité entière aspi­rait à vivre comme un Nord-américain moyen, nous aurions besoin de trois planètes. (…)

Une civi­li­sa­tion contre la sim­pli­cité, contre la sobriété, contre tous les cycles natu­rels, et, pire encore, une civi­li­sa­tion contre la liberté de dis­po­ser du temps de vivre les rela­tions humaines, l’amour, l’amitié, l’aventure, la soli­da­rité, la famille. Une civi­li­sa­tion contre le temps libre non rému­né­ra­teur dont elle pour­rait pro­fi­ter pour contem­pler la nature. Nous balayons des jungles authen­tiques et replan­tons des jungles ano­nymes en béton. Nous remé­dions à la séden­ta­rité avec des tapis de course, à l’insomnie avec des pilules et à la soli­tude avec de l’électronique. (…)

La marche impé­tueuse de l’homme se pour­suit pour ache­ter et vendre tout ce qui existe. Pour inno­ver et négo­cier ce qui n’est pas négo­ciable. Des cam­pagnes mar­ke­ting font la pro­mo­tion des cime­tières et des pompes funèbres, des mater­ni­tés, des parents, grands-parents, oncles et tantes, en pas­sant par les secré­taires, les voi­tures et les vacances. Tout, abso­lu­ment tout est un marché.

01/10/2014

Croissance

Croissance-Alg%C3%A9rie.jpgLa croissance, tout le monde y croit, enfin presque... Même, semble-t-il, quand elle ne fait pas de sens. On doit croire à la croissance comme on croit aux croissants du dimanche matin avant d'aller prier à la messe. C'est un acte de foi. On croit à la croissance même si la crise de foi nous guette, même si la crise économique s’accroît, et pour sûr elle va s'accroître.

12082748-la-croissance-financiere-et-la-reussite-commerciale-avec-les-meilleurs-choix-d-investissement-de-con.jpgLa croissance a ses limites, parti d’une petite graine l’arbre croît mais il ne monte jamais au ciel sauf, peut-être, dans les chansons de Brassens :

  • Le curé de chez nous, petit saint besogneux
  • Doute que sa fumée, s'élève jusqu'à Dieu
  • Qu'est-ce qu'il en sait le bougre, et qui donc lui a dit
  • Qu'y a pas de chêne en paradis ?

messe2.jpgPour revenir à la croissance économique, dogme religieux que nous croasse tous ses croyants de Hollande à Sarkozy, il faut considérer deux ou trois choses : chez nous, la plupart des gens ont plus que le nécessaire pour vivre. Les laissés pour compte, ceux qui n’ont pas assez pour vivre, n’ont pas d’argent et la plupart ne trouveront plus de travail vu que le travail est presque entièrement effectué par des machines.

D’autre part, on a largement dépassé les ressources utilisables de la planète et il faudra bien arrêter de fabriquer des objets superflus.

Il faut savoir que la croissance exprimée en taux croît de façon exponentielle. Avec un taux chinois de 10%, il faut un peu plus de 7 ans pour doubler la production. Si le taux est de 4% le doublement se fait tous les 17 ans et demi, à 3% il faut 24 ans, à 2% 35 ans, à 1% taux considéré comme calamiteux il faut 70 ans.

Aujourd’hui, on consomme les ressources annuelles de la planète en six mois, en 2084 avec cette croissance calamiteuse de 1% on ne mettra plus que 3 mois. Qui l’eut cru ?  

aven-crue.jpg

A la vue de ces chiffres on comprend qu’il faut faire une croix sur la croissance pour éviter la crue. C’est fini, la croisière ne s’amuse plus. Soyons des incroyants et arrêtons cette manière de penser au plus tôt. Parlons de simplicité volontaire et même de décroissance, et encore, il va falloir croiser les doigts.

Le verbe croître vient du verbe latin crescere qui s'applique à la croissance dans la nature. En grec, la nature se dit phusis qui a donné physique. Phusis est issu du verbe phuein qui veut dire faire pousser, faire naître, croître. Le mot latin natura est associé au participe passé natus qui veut dire né. On peut en conclure que la croissante est naturelle de par sa naissance. Pourtant on ne peut pas en conclure qu’elle soit inexorable vu que, dans la nature, en cas de surpopulation ou de disette la croissance se transforme naturellement en décroissance.

19/05/2014

Jugaad

11a765d8689e0ad8986ca9.L._V388836130_SX200_.jpgÊtes-vous Jugaad ?

Le Jugaad (prononcez jougad) est une concept popularisé par un français né à Pondichéry*, Navi Radjou (en photo) et qui vit aujourd'hui entre l'Inde et la Silicon Valley. Il popularise l'innovation frugale chez Ernst & Young, GM, Hitachi, IBM, Marks & Spencer, Microsoft, Procter & Gamble, SAP, Sprint... Excusez du peu !

*Elle avait elle avait le Pondichéry facile / Elle avait elle avait le Pondichéry accueillant / mais où sont passés les comptoir de l'inde, chantait Guy Béart et Juliette Gréco.

Au départ, le mot jugaad est un mot hindi familier et légèrement péjoratif qui désigne des solutions un peu bricolées. Le mot a pris récemment un sens plus positif de créativité avec peu de moyens, d'innovation frugale et est en train de devenir un système de pensée pour ingénieurs créatifs et surtout conscients des ressources limitées de la planète. Voir cette vidéo.

71wMKqQtmaL.jpgLe livre de Navi Radjou, l'innovation Jugaad, redevenons ingénieux, est déjà un best seller mondial.

La figure qui représente bien le jugaad est sans doute Mac Gyver et son couteau suisse. Avec du tissu et des baguettes de bois, faire un cerf-volant, y attacher le ballon, un poignard métallique et la corde de tissu. Le tout se retrouve dehors à travers la fenêtre où une tempête a lieu. Un éclair est capté par le poignard, l'électricité est transportée par la corde humide, fait exploser la serrure et la réserve de poudre dans le labo. Le tour est joué !

Vocabulaire: En français, on a le système D pour Débrouille, on est les rois de la bricole, on utilise des moyens de fortune, des bouts de chandelles... Les québécois parlent de réparation en « broche à foin », en fil de fer. Les anglais ont « Jack of all trades », le Jacques de tous les métiers et on ajoute « Master of none », qui n'en maîtrise aucun.

07/04/2014

Sacré Victor !

victor-hugo_daumier.jpgVictor Hugo, discours à l'Assemblée nationale, séance du 10 novembre 1848

Eh bien, la grande erreur de notre temps a été de pencher, je dis plus ; de courber l’esprit des hommes vers la recherche du bien-être matériel (…) Il faut relever l'esprit de l'homme, le tourner vers Dieu, vers la conscience, vers le beau, vers le juste et le vrai, vers le désintéressé et le grand. C'est là ; et seulement là, que vous trouverez la paix de l'homme avec lui-même, et par conséquent la paix de l'homme avec la société.

(…) Il faudrait multiplier les écoles, les chaires, les bibliothèques, les musées, les théâtres, les librairies ; il faudrait multiplier les maisons d'études, pour les enfants, les maisons de lecture pour les hommes ; tous les établissements, tous les asiles où l'on médite, où l’on s'instruit, où l’on se recueille, où l'on apprend quelque chose, où l'on devient meilleur, en un mot ; il faudrait faire pénétrer de toutes parts la lumière dans l'esprit du peuple, car c'est par les ténèbres qu'on le perd.

31/10/2013

Pensées Indiennes

 Chef%20sittingbull%20Sioux%20Hunkpapa.jpgRéflexions sur science et spiritualité...

« ... Maintenant, les vieux temps passent ; l'hypertrophie scientifique qui s'accroît depuis la Renaissance commence à apparaître monstrueuse ; et les hommes cherchent avec empressement une nouvelle vision de leur vie, vision dans laquelle on verra sanctionnées toutes les valeurs idéales, les valeurs esthétiques, morales, et religieuses tout autant que celles de la raison et de la science.

« C'est au moment d'une telle crise de la pensée moderne que je demande au lecteur de réfléchir sur les conceptions des Indiens. 

« ... Ce n'est certes pas le moindre des dons que nous aura fait la race indienne si, aux choses matérielles que nous avons reçues d'elle, le maïs, la pomme de terre, le cacao, s'ajoute un dernier don, le don spirituel de l'intuition, qui fera revivre notre sens, depuis longtemps affaibli du symbolisme des choses sensibles et rafraîchira notre entendement de la spiritualité intégrale de cette vie que nous discernons dans le sein d'une Nature maternelle. »

Hartley Burr Alexander, L'art et la philosophie des Indiens d’Amérique du Nord

Quelques pensées des peaux rouges piquées ici :

Chef%20Cochise%20Apache.jpgNous avons toujours eu beaucoup; nos enfants n'ont jamais pleuré de faim, notre peuple n'a jamais manqué de rien... Les rapides de Rock River nous fournissaient un excellent poisson, et la terre très fertile a toujours porté de bonnes récoltes de maïs, de haricots, de citrouilles, de courges... Ici était notre village depuis plus de 100 ans pendant lesquels nous avons tenu la vallée sans qu'elle nous fût jamais disputée. Si un prophète était venu à notre village en ce temps-là nous prédire ce qui allait advenir, et ce qui est advenu, personne dans le village ne l'aurait cru.

Black Hawk, chef indien

Nous aimons la tranquillité; nous laissons la souris jouer en paix; quand les bois frémissent sous le vent, nous n'avons pas peur.

Chef indien au gouverneur de Pennsylvanie en 1796

Chef%20littlehorse%20Sioux%20Oglala.jpgNous le savons: la terre n'appartient pas à l'homme, c'est l'homme qui appartient à la terre. Nous le savons: toutes choses sont liées. Tout ce qui arrive à la terre arrive aux fils de la terre.


L'homme n'a pas tissé la toile de la vie, il n'est qu'un fil de tissu. Tout ce qu'il fait à la toile, il le fait à lui-même."

Seattle, chef indien Suquamish

Chef%20naichez%20Apache%20Chiricahua.jpgSaviez-vous que les arbres parlent? Ils le font pourtant ! Ils se parlent entre eux et vous parleront si vous écoutez. L'ennui avec les Blancs, c'est qu'ils n'écoutent pas ! Ils n'ont jamais écouté les Indiens, aussi je suppose qu'ils n'écouteront pas non plus les autres voix de la nature. Pourtant, les arbres m'ont beaucoup appris: tantôt sur le temps, tantôt sur les animaux, tantôt sur le Grand Esprit."

Tatanga Mani (ou Walking Buffalo), indien Stoney (Canada)

Les illustrations de chefs indiens ne sont pas liées aux textes, je les ai piquée ici.

14/10/2013

Science

logo-sciences-et-democ-opt.jpgCafé philo ce soir avec Alain Gentil. C'est toujours un plaisir d'écouter Alain dans les fauteuils de la salle des 400 coups au rouge et noir. Alain s'attaque ce soir à un sujet difficile "Science et démocratie". Il va le traiter en deux étapes.

Petit rappel de la démarche de Descartes qui fonde la modernité de la science.

Le premier précepte : ne recevoir jamais aucune chose pour vraie, que je ne la connusse évidemment être telle : c’est-à-dire, d’éviter soigneusement la précipitation et la prévention ; et de ne comprendre rien de plus en mes jugements, que ce qui se présenterait si clairement et si distinctement à mon esprit, que je n’eusse aucune occasion de le mettre en doute

Descartes+Drawing.jpgDepuis Descartes la science s'est imposée comme indiscutable et pour certains, entre autre les scientistes du XIX et XXième, elle est devenue une sorte de base unique et indiscutable. Le scientisme veut, selon la formule d'Ernest Renan (1823-1892), organiser scientifiquement l'humanité. Il s'agit donc d'une confiance (mais pas de foi) dans l'application des principes et méthodes de la science expérimentale dans tous les domaines.

Est-ce que cette vision est encore valable au XXI ième siècle ? L'accélération des progrès scientifiques n'est il pas devenu un problème qui rend la science dangereuse. Peu de gens comprennent vraiment les enjeux. Non seulement la physique fondamentale n'est compréhensible que par un petit nombre mais le vulgum pecus peut-il vraiment se prononcer sur le nucléaire civil en connaissance de cause ? Les questions sont sans fin.

hansjonas.jpgAlain Gentil cite aussi un texte de Hans Jonas (1903-1993), philosophe allemand, texte extrait de son livre Le Principe responsabilité. Dans ce livre, Hans Jonas part de la question « pourquoi l'humanité doit exister ? ». Question reprise par Yves Paccalet. L'existence de l'humanité dont l'impératif semble aller de soi, n'est plus du tout un fait assuré de nos jours. Au contraire, par son énorme pouvoir qu'il a avant tout grâce à la technique moderne, l'homme a désormais les capacités de s'autodétruire en peu de temps — c'est pourquoi il y a ici une nouvelle question qui doit entrer dans le domaine des considérations éthiques.

En se référant à sa philosophie de la biologie, Hans Jonas fonde l'impératif que l'homme doit exister, vu qu'il a, comme tout être vivant, une valeur absolue qui lui est inhérente et qu'il s'agit par conséquent de protéger quoi qu'il en coûte.

J'ajouterai que pour expliquer aux scientismes de tous poils les dangers de la science, on peut aligner les mots eugénisme, clonage, organisme génétiquement modifiés, manipulation de virus, zones définitivement irradiées...

Alain mentionne aussi le transhumanisme dont j'ai parlé ici dans 3 notes consécutives sous le titre singularité. Voir aussi Raymond C. Kurzweil. Alain Gentil souligne le fait que pas mal de scientifiques et des philosophes pensent que l'avènement du transhumanisme est ni plus ni moins inévitable.