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02/06/2017

Le Lavoir

Pour son atelier théâtre de Ferney-Voltaire, Marie-Laure nous a habitué à un choix de pièces plutôt sombres posant des questions existentielles. On se souvient de « Lettres croisées » en 2008, des « Tortues viennent toutes seules », du NON d’Anna », de « Au Bois Lacté » d’après Dylan Thomas et encore de « Où vas-tu Pedro » l’année dernière et "La résistante" dans une autre cadre. Cette fois, avec "Le lavoir", le ton est plus enjoué même si derrière le rire pointe la souffrance.

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Comme son titre l’indique, la pièce se passe dans un lavoir le 2 août 1914 soit deux jours après l’assassinat de Jaurès, le jour de la mobilisation et un jour avant la déclaration de guerre. Au milieu de la scène trône un lavoir à deux grands bassins que l’on doit à Benoit Fontaine, décorateur attitré et émérite. Sont là une vieille dame en fauteuil et sa fille qui gèrent le lavoir et s’occupent des accessoires, battoirs, savons…

Puis, les lavandières arrivent à tour de rôle. En premier Gervaise puis deux jeunes sœurs, elles seront 11 à la fin en comptant la mère et la fille. « Il y a les plus jeunes, les plus âgées, les naïves, les revenues de tout, les légères, les syndiquées, les moralistes, les écorchées. Unies par leurs difficiles conditions de vie, elles parlent franc et quand elles rient, c’est pour parer au malheur. » L'arrivée des lavandières se fait dans l’allégresse et la vivacité, les dialogues fusent à un rythme soutenu lors des entrées successives. Nous voilà plongé dans un monde ouvrier et féminin plutôt dur où les femmes n’ont pas le beau rôle mais où la joie n'est pas absente.

On repère de suite la syndicaliste dont les propos ne sont pas accueillis avec sympathie par les autres. On sent peser le poids de la société et de la religion en ce début de siècle. La mère rappelle à l’ordre « Ici pas de politique et pas de religion. » Difficile pourtant de ne pas revenir sur le sujet.

Le spectacle enchaîne des tableaux vivants. On passe de la joie à la peine, du rire aux larmes, du battage aux pas de danse, des querelles aux embrassades. Le spectateur ne sait où donner de la tête et assiste à de purs moments d’émotion. Parmi les femmes on repère la belle qui bien sûr fait la belle, parle de ses succès avec les hommes et suscite jalousies et crêpages de chignons. Mais elle chante bien, alors on reprend le refrain en chœur. Il y a la jeune qui est enceinte, son tombeur tiendra-t-il promesse de l’épouser ? Gervaise rappelle comment sont les hommes, vraiment pas fiables. L’une raconte son travail chez les bourgeois comme nourrice et bonne à tout faire, maltraitée, violée. Une autre parle de son mari décédé très jeune. Elle parle aussi de son enfance au ghetto de Varsovie, de l'espoir déçu qu'avait suscité la France pour son père. L’antisémitisme pointe vite rabroué par la majorité et on en profite pour chanter ce très beau chant de paix en hébreu.

Bref, de tableaux en tableaux on assiste à ce qu’on aime au théâtre, être pris dans l’action, être ému, attentif, émoustillé et oublier la chaleur ou la clim’ qui ne marche pas trop bien. Je vais encore me répéter et dire que Marie-Laure Berchtold est une magicienne en nous offrant à une telle qualité de spectacle avec des comédiens débutants, enfin pas tous car certains ont redoublé, triplé voire plus pour leur plaisir et pour le notre.

11:15 Publié dans Théatre | Lien permanent | Commentaires (3)

02/06/2016

Où vas-tu Pedro ?

Où vas-tu Pedro ? Au théâtre à Ferney-Voltaire

Adaptation et mise en scène : Marie-Laure Berchtold

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Où vas-tu Pedro ? C’est la question posée par un enfant tapi dans un buisson à un soldat républicain prisonnier des fascistes, un matin de 1937. Sur scène, des Pyrénées à la Galice, c’est la quête des petits-enfants de républicains espagnols pour ouvrir les fosses communes et refermer les blessures de la mémoire.

A travers les témoignages recueillis auprès des derniers républicains espagnols, la pièce raconte une Espagne qu’on a voulu effacer pendant plus de 70 ans, une Espagne qui parle et qui chante, transformant le silence en mots, tissant des liens entre le passé et le présent, entre l’intime et le collectif, entre l’Espagne et le reste du monde. Une histoire reconstituée et soudain présente, une histoire universelle.

Si vous habitez loin de Ferney, tant pis pour vous. Sinon vous pouvez encore tenter votre chance jusqu’à dimanche pour voir la pièce montée par Marie-Laure Berchtold avec son atelier théâtre. Si vous n’êtes pas dispo ou qu’il n’y a plus de place, demandez lui de jouer les prolongations cet automne.

Une note de plus pour vous dire tout le bien que je pense du travail de Marie-Laure comme metteur en scène. Je l’ai déjà dit ici entre autre, avec les élèves de son atelier, elle monte des spectacles d’une qualité exceptionnelle dans un style bien à elle : des sujets forts, traités dans l’émotion et la poésie.

Cette évocation de la guerre civile qui opposa les républicains aux phalangistes fascistes et aux troupes de ce cabrón de Franco, se situe en 2006 lorsque la recherche des corps des républicains massacrés par les phalangistes fut enfin autorisée. Manon Moreau en tira une pièce de théâtre. Marie-Laure l'a fait jouer par ses élèves. Et nous, on est ému par la scène de ces trois femmes qui fuient le pays pour se réfugier en France et chantent une berceuse galicienne pour oublier la guerre et se souvenir des jours heureux.

Franck Janura chante et accompagne à la guitare des mélodies nostalgiques reprises par la troupe ce qui ajoute une belle note musicale à cette prestation théâtrale portée par 12 comédiens passionnés et troublants de vérité. Ils sont les passeurs de mémoire, du berger à la jeune fille en colère, du commandant anarchiste aux femmes sur la route de l’exil, des petits-enfants des républicains espagnols à cette vieille femme qui veille sur le vieux châtaignier comme sur un trésor. Personne n’a oublié Pedro. On s’en souviendra longtemps.

10:02 Publié dans Théatre | Lien permanent | Commentaires (0)

04/03/2016

Hôtel Paradiso

C’est la deuxième fois que l’on va au théâtre de l’Esplanade à Divonne sur les conseils de Marie-Laure. La première fois, c’était pour Le grand cahier d’Agota Krystof. Une grande réussite commentée ici. 

hotel-paradiso-lst172258.jpgLa deuxième fois,

c’était encore mieux avec

Hotel Paradiso.

 

 

 

Il se passe des choses étranges à l'Hotel Paradiso, un respectable petit hôtel de famille désuet, au cœur des montagnes, qu'une vieille dame et ses enfants tentent de maintenir en activité. Brille au-dessus de l'entrée la promesse d'un quatre étoiles et d'une source minérale qui soulage les douleurs physiques et psychiques. Malgré cela, l'horizon s'obscurcit. Le fils rêve du grand amour tout en se disputant avec sa soeur la direction de l'hôtel, la femme de chambre vole les clients et le cuisinier ne débite pas que du cochon avec sa  scie...
Un premier corps apparaît, qui déclenche une avalanche d'événements compromettant l'avenir de l'hôtel. Il est vrai que les cadavres, ce n'est jamais bon pour les affaires.

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Une production de FAMILIE FLÖZ, Theaterhaus Stuttgart, Theater Duisburg
Créateurs : Anna KISTEL, Sebastian KAUTZ, Thomas RASCHER, Frederik
ROHN, Hajo SCHÜLER, Michael VOGEL, Nicolas WITTE 

Interprètes : Anna KISTEL ou Marina RODRIGUEZ LLORENTE, Sebastian KAUTZ, Daniel MATHEUS, Nicolas WITTE

Une pure merveille ! A voir absolument.

Actuellement en tournée en France.

17:15 Publié dans Théatre | Lien permanent | Commentaires (1)

05/11/2015

La résistante

327La résistante de Pietro Pizzuti à La Comédie de Ferney-Voltaire.

Encore une belle pièce montée, mise en scène et jouée par Marie-Laure Berchtold. 

 

La Résistante nous parle des atrocités de la guerre ainsi que de la nécessité du témoignage par l’écriture.

Trois acteurs :

L’auteure (Marie-Laure)

La survivante (Marie Cavalli)

L’enfant soldat (Corentin Lecoq)

 

Au départ, les deux acteurs s’insurgent contre l’auteure qu’ils accusent de lâcheté, de vouloir se faire mousser tout en soulageant sa conscience en racontant leurs malheurs. L’auteure malgré tout résiste. Elle continue d’écrire ce que les personnages nous racontent de ce qu'ils ont vécu, les atrocités de la guerre.

Une fois de plus Marie-Laure, tragédienne avant tout, nous entraîne avec passion dans le drame et quoi de plus dramatique que la guerre, sa barbarie, sa bestialité.

J’ai beaucoup aimé le jeu des acteurs, Marie et Corentin se défoncent sur scène pour incarner ces deux personnages qui ont vécu la guerre de chaque côté de la barbarie, celui des victimes et celui des bourreaux mais finalement tous victimes. 

La magie du théâtre fonctionne à plein, elle nous emporte loin de nos préoccupations du jour. Elle surgit sans cesse dans cette pièce noire mise en scène avec beaucoup de recherche et de finesse. Décor, effets visuels et surtout la musique concourent à la beauté de cette mise en scène de grande classe.

Allez-y !

Cette semaine, jeudi, vendredi, samedi à 20:30 Dimanche à 17:00

Du mardi 10 au samedi 14 à 20:30 et dimanche 15 à 17:00

11:54 Publié dans Théatre | Lien permanent | Commentaires (0)

05/06/2015

Au bois lacté

photo_mlb_portrait04.gif&sa=X&ei=QG1xVZvgAcj3Uqz8gJAF&ved=0CAkQ8wc&usg=AFQjCNEh_hZA7-oFQAsgQA40EDdNVsDZCgAprès « Lettres croisées. » en 2008

« Les tortues viennent toutes seules » en 2010

« Le NON d’Anna » en 2014

pour ne parler que de celles dont j’ai parlé dans ce blog, comme chaque année, l’atelier théâtre de Ferney dirigé par Marie-Laure Berchtold  a récidivé avec « Au Bois Lacté » d’après Dylan Thomas.

J’ai déjà dit tout le bien que je pense du travail de Marie-Laure comme metteur en scène. En ce qui concerne l’atelier, elle arrive avec des gens venus pour s’initier au jeu théâtral à monter des spectacles d’une qualité exceptionnelle. Et cette année, c’était encore un cran en dessus.

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Au bois lacté, c’est 24 heures de la vie d’un village. A l’ombre du bois lacté, le petit village portuaire gallois de Llareggub s’endort au crépuscule sans lune. Saisies au cœur de leurs songes, les voix de ses habitants s’élèvent et tissent une danse lyrique, nous conviant dans leurs délires les plus intimes jusqu’à ce que pointe l’aurore. Dès lors, le petit bourg en folie s’agite en cette journée de printemps et nous fait vivre les espérances, les obsessions et les convoitises de ses villageois ordinaires encore imprégnés de leurs rêves nocturnes, rêves d’amour, de mariage, de sexe, de poison et de mort où s’exprime la beauté fragile du monde.

Quatorze comédiens se partagent la cinquantaine de personnages de la pièce Dylan Thomas (1914-1953). Ils traduisent à merveille la beauté luxuriante et sensuelle du texte, mettant en scène d’humbles personnages débordant de passions. La langue de Dylan Thomas est savoureuse, poétique, pleine d’ironie et tumultueuse comme un torrent. Ils nous entraînent avec brio dans une ronde folle teintée de rêves, d’émotions et de burlesque, à laquelle il est impossible de résister.

Un signe de réussite qui ne trompe pas, Marie-Laure habituellement très pointilleuse pour parler des petits défauts de ses comédiens en herbe, a reconnu que cette fois, le résultat était à la hauteur de ses espérances. Ils transmettent à merveille la poésie d’un texte exceptionnel adapté avec toute la sensibilité et la finesse de Marie-Laure. Dommage que ce type de spectacle soit si difficile à rejouer.      

11:40 Publié dans Théatre | Lien permanent | Commentaires (0)