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11/11/2017

Chez les Weil

9782283023693.jpgQuand j’ai écrit cette note en août 2006 qui parlait d’André et de Simone Weil, j’ai fortement pensé qu’il faudrait écrire une biographie croisée du frère et de la sœur.

C’est dire avec quel plaisir j’ai découvert qu’il existait un livre, publié en 2009, qui raconte cette histoire. Comme le dit la préface ce n’est pas une biographie, c’est le point de vue de Sylvie Weil qui est la fille d’André sur cette famille hors norme. Un des meilleurs points de vue qui soit pour nous raconter cette histoire. J’ai adoré ! (Notez la même photo)

 

Sylvie raconte ses rapports avec Simone qui s’est laissé mourir de faim à Londres, un an à peine avant sa naissance. Simone s’était converti au christianisme le plus exigeant dans une furieuse quête de charité (dans le sens d’amour de Dieu et du prochain) à la recherche des béatitudes. On peut lire ses pensées dans La Pesanteur et la Grâce, c'est très mystique. Si le pape ne l’a pas béatifié, elle a encore pas mal d'adeptes qui la considèrent tout simplement comme une sainte. Pour Sylvie sa ressemblance avec sa tante était une calamité et elle se décrit comme le tibia de la sainte, une sorte de relique de sa tante, un rôle dont personne ne voudrait.

Elle parle de son père avec beaucoup plus de tendresse même si elle n’épargne pas le « génie ». Sa mère disait à ses deux filles : "Vous êtes les filles d'un génie". Ce peut-être fatiguant parfois de vivre avec un homme conscient de son génie et qui se révèle assez souvent peu amène avec ses congénères ou qui refuse de s’encombrer la mémoire de la position du sucrier et autres détails de l’existence. Elle en parle avec affection quand elle était petite fille au Brésil, elle parle peu de sa désertion en 1939, elle le décrit très âgé recevant une médaille au Japon en compagnie du cinéaste Akira Kurosawa. J’aurais aimé qu’elle en dise un peu plus par exemple sur ses travaux en géométrie algébrique et en théorie des nombres mais ce qu’elle en dit est déjà beaucoup.

Il y a d’autres personnages dans ce roman comme ses grands-parents paternels qui ne se sont jamais remis de la mort de Simone et se sont beaucoup occupés de la petite Sylvie. Un jour, la grand-mère qu’elle adorait est devenue la « mère de la sainte », rôle qui va finir par l’accaparer à plein temps. Pour désigner Simone, sa nièce utilise le terme de trollesse, le mot qu’utilisait sa grand-mère pour parler de sa fille. Je vais faire une note sur ce terme amusant. Il y a aussi des révélations sur cette famille que je vous laisse découvrir.  

Mais le personnage principal reste Sylvie. Pas facile d’être la fille et la nièce de deux génies même si son parcours peut faire envie : Elle gagne le concours général en lettres classiques, prix prestigieux qu’elle reçoit des mains du Général de Gaulle. Elle est agrégée de lettres classiques et enseigne le français dans des universités américaines. Faut dire qu’André avait intégré Normale Sup à 16 ans et passé son doctorat de math à 22. Et que Simone avait le philosophe Alain comme prof de philo à l'Ecole Normale. Alain l'appelait la martienne, ce qui donne une idée de la singularité du personnage.

09:41 Publié dans Lecture | Lien permanent | Commentaires (2)

18/01/2017

Fuck America

Non, ceci n'est pas une note d'humeur anti-Trump, quoique... C'est un petit livre au format "Paysage" lu dans l'avion et laissé à la Gomera en échange d'un pavé dont je parlerai bientôt.

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Après avoir vu la pièce « Le nazi et le barbier » à/en Avignon, pièce tirée du roman de l'écrivain juif-allemand Edgar Hilsenrath, roman grotesque sur la Shoah et la judaïté en liaison avec le national-socialisme et la création de l'État d'Israël publié en 1971, je me suis dit qu’il fallait lire ce cher Edgar.

Je m’attendais à un auteur hors norme et je n’ai pas été déçu avec « Fuck America ». Le pitch : « Tout juste débarqué aux Etats-Unis, Jacob Bronsky erre dans le New York miteux des années 1950, parmi les clodos et les putes. L'Américan Way of Life ? Comprend pas. Le rêve américain ? Encore moins. Enchaînant les jobs minables, Jakob Bronsky n'a que deux obsessions : soulager son sexe et écrire un roman (titre prévu : le branleur) sur son expérience des ghettos juifs. Un futur best-seller à coup sûr ! »

Situations loufoques. Dialogues déjantés, humour qui sort de tous les politiquement corrects. Un OLNI, Objet Littéraire non identifié, raconté de manière originale et donc qui bouscule le style et les conventions. Bref, j'ai aimé et cela conforte mon idée qu'il est plus facile de trouver des pépites dans le fond littéraire que dans les livres de la rentrée. Edgar est toujours vivant, il a quitté l'Amérique et vit en Allemagne où il pratique sa langue.

18:04 Publié dans Lecture | Lien permanent | Commentaires (9)

24/04/2016

Passé pas simple

Suite à ces vacances à Jard sur mer, on a passé deux jours en camping-car à Noirmoutier. Vélo à Noirmoutier en l’île puis au passage du Gois, 40 ans après :-) Un peu de lecture en retard :

51q8XdSK1eL.jpgIl n'y a pas de passé simple.

de François-Henri Soulié

Prix du premier roman du Festival de Beaune 2016

Résumé : Journaliste stagiaire au Courrier du Sud-Ouest, le jeune Skander Corsaro réalise un reportage culturel sur l’abbaye cistercienne de Morlan. Quarante-huit heures après la parution de son article, un cadavre est retrouvé au pied d’un échafaudage, dans la grande nef. Skander Corsaro est alors pris dans un engrenage infernal dont le premier rouage remonte à l’Occupation nazie… À moins que tout n’ait commencé encore bien plus tôt, en 1789, par l’assassinat du dernier prieur de l’abbaye ? Peut-être que Blb, le poisson jaune de Skander, connaît la solution. Ce serait tellement rassurant si les poissons savaient tout comme dans la chanson d’Iggy Pop… Il n’y a pas de passé simple est le premier volet d’une série d’aventures trépidantes dont Skander Corsaro est le héros. C’est ce que nous a confirmé François-Henri dans la librairie où il dédicaçait son livre.

Excellent titre !

Excellent polar très drôle, très bien écrit. Je me suis régalé. Une histoire à rebondissement. Vocabulaire riche, savant parfois. Au hasard :

L’adjectif melliflue (qui coule le miel). Péjoratif. Mièvre. Doucereux.

« Son éloquence melliflue et doucereuse ressemblait à un discours de Robespierre passé à l’eau bénite »

rubalise.jpgLes rubalises : un mot valise pour ruban et balise. Film plastifié pour délimiter une zone, un chantier.

 

16:43 Publié dans Lecture | Lien permanent | Commentaires (3)

15/12/2015

Pléonexie

51candKimoL._UY250_.jpgJe n’ai pas lu le livre de la canadienne Naomi Klein, « Tout peut changer: Capitalisme et changement climatique. »

Mauvaise traduction qui aurait dû être : « Ceci change tout : Le capitalisme contre le climat ».

Je ne l’ai pas lu mais je vous le résume ci-dessous :-) Blague à part, je le lirais sans doute un jour. Il semble que Naomi ait mené une enquête très serrée sur le climat et ses premiers lecteurs français l’ont trouvé très bien.

 dessin-8-14827.jpg 

Dessin pris dans Reporterre d'après le Christian Science Monitor. 

Résumé : Le capitalisme est un système basé sur la pléonexie générale. C'est-à-dire que tout le monde pense qu’il peut avoir plus que ses voisins et fait tout pour gagner plus... mais à la fin c’est toujours le plus gros qui triomphe. L’aboutissement du capitalisme c’est quand un seul possède tout.

Pendant ce temps, tout le monde essaie de se faire plus gros, achète une grosse voiture, des meubles en bois exotique, prend l’avion, ne mange que les bons morceaux du bœuf… le climat se détériore. L’habitabilité de la planète est en jeu.   

Donc il faut à transformer nos manières de penser et apprendre à réfléchir sur cette pléonexie anthropocentrique et égoïste (pléonasme).

*Pléonéxie : du grec pleonexia : désir d'avoir plus que les autres en toute chose.

Même origine que pléonasme de pléonasmos, surabondance, excès.

Et même pléistocène, de pléistos : nombreux, très nombreux. C'est la période où les archéologues trouvent le plus d’os.

Est-ce que dans mille ans, on retrouvera beaucoup d’os de ces milliards d’individus qui vivaient au XXI ième siècle ?

10/11/2015

Apostophes

CPB87012422.jpegJ’adore Bernard Pivot que l’on a eu la chance de voir en spectacle à Nancy au Livre sur le Place dans un grand numéro, « Les mots m’ont mangé »  Le récit de la vie héroïque, navrante, loufoque mais glorieuse, d’un écrivain dévoré par les mots.

 Merci à Pierre Assouline d’avoir fait ce documentaire sur Apostrophes en Replay ici. Merci à Aredius sans qui je l’eusse ratée. Précipitez-vous ! Les jours sont comptés.  Vous allez retrouver de grands écrivains, Yourcenar, Soljenitsyne, Nabokov. Des débats historiques comme celui sur les nouveaux philosophes avec André Glucksman qui vient de nous quitter...  

A l'occasion des quarante ans de l'émission, pour en ressusciter les grandes heures et les rencontres historiques, Pierre Assouline a composé un florilège des meilleurs extraits, présenté sous forme d'abécédaire, qu’il a fait commenter par un Bernard Pivot surpris, heureux, nostalgique et généreux en anecdotes inédites.

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Cette émission nous permet de constater à quel point Pivot est un homme exceptionnel qui a vécu une vie passionnante et passionnée avec un amour de la littérature énorme et communicatif. Sans compter qu’ensuite il y eu Bouillon de culture, Double Je… Vraiment, un grand bonhomme.

11:19 Publié dans Lecture, Mots | Lien permanent | Commentaires (1)