Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

31/10/2018

Haine

1038542404.jpgPour poursuivre sur ma dernière note pas très optimiste, je découvre un entretien d'Andrea Camilleri à la télé italienne. Camilleri a 90 ans, il a écrit plus de 50 romans, Il est surtout connu pour ses polars (gialli) qui mettent en scène le commissaire Montalbano. Romans écrit dans un italien mêlé d'un peu de patois et qui se passent tous à Vigatà qui est la ville d'Andrea, Port Empédocle en Sicile. Au fait, j'en ai déjà parlé ici. Ecoutez la vidéo sous-titrée, c'est délicieux.

Interrogé dans la cadre d'une commission sénatoriale, il parle du climat de haine en Italie (et ailleurs):  

"En ce moment, c'est une chance d'être aveugle: Ne pas voir certaines figure qui sème la haine, qui sème le vent et récolteront la tempête. Les mots de la sénatrice (contre la haine) je les signe. On est en train de perdre la mesure des choses, le poids des mots, les mots sont des pierres, elles peuvent se transformer en balles. Il faut peser chaque mot que l'on dit et faire cesser ce vent de haine qui est vraiment atroce et que je sens palpable autour de nous. 

Mais pourquoi l'autre serait-il différent de moi ? L'autre n'est pas autre que moi dans la mirroir. La nouvelle de ce fou qui rentre dans une synagogue et tue 11 personnes en hurlant "à mort les juifs !". Est-ce qu'on se rend compte à quel niveau on s'abaisse non seulement quand on dit des choses pareilles mais quand on les pense ? Pire que des animaux qui eux ont la chance de ne pas parler ! On éduque une jeunesse à la haine. Nous avons perdu le sens des valeurs, les vraies valeurs de la vie."

Le père de Montralbano a conclu : "Je ne veux pas mourir avec l'humeur noire du crépuscule. Je veux mourir avec l'espoir que mes neveux et mes petits neveux vivent dans un monde de paix. Il faut que tous les jeunes se prennent en charge car le futur leur appartient. J'espère beaucoup des générations nouvelles. Ne me décevez pas !"

10/09/2018

Mea Culpa

Finalement Gallimard a publié cette année les pamphlets de Céline. Disons les trois pamphlets antisémites. Il y en a un quatrième "Mea Culpa" publié en 1936 avant les trois autres et republié plusieurs fois avec l'accord de sa femme.  

51OBG5pT2ML._SX324_BO1,204,203,200_.jpgMea Culpa est un texte court (21 pages), il est suivi de La Vie et l'Œuvre de Semmelweis, thèse de médecine très originale de l'auteur.

Henri Godard juge Mea Culpa « capital » dans la compréhension de la pensée de Céline. Publié au retour d'URSS de l'écrivain, ce pamphlet témoigne de sa déception. Céline attribue les dérives du communisme à la nature humaine, foncièrement égoïste. Il brosse de celle-ci un tableau très sombre : l'homme ne changera pas, et par conséquent son sort ne s'améliorera jamais. Aussi l'auteur considère-t-il toute vision idéalisée de l'homme et toute spéculation optimiste sur l'avenir comme des impostures ne pouvant conduire qu'à des massacres.

« La grande prétention au bonheur, voilà l’énorme imposture ! C’est elle qui complique toute la vie ! Qui rend les gens si venimeux, crapules, imbuvables. Y a pas de bonheur dans l’existence, y a que des malheurs plus ou moins grands, plus ou moins tardifs, éclatants, secrets, différés, sournois… ” C’est avec des gens heureux qu’on fait les meilleurs damnés. ” Le principe du diable tient bon. Il avait raison comme toujours, en braquant l’Homme sur la matière. Ça n’a pas traîné. En deux siècles, tout fou d’orgueil, dilaté par la mécanique, il est devenu impossible. Tel nous le voyons aujourd’hui, hagard, saturé, ivrogne d’alcool, de gazoline, défiant, prétentieux, l’univers avec un pouvoir en secondes ! Éberlué, démesuré, irrémédiable, mouton et taureau mélangé, hyène aussi. Charmant. Le moindre obstrué trou du cul, se voit Jupiter dans la glace. Voilà le grand miracle moderne. Une fatuité gigantesque, cosmique. L’envie tient la planète en rage, en tétanos, en surfusion. Le contraire de ce qu’on voulait arrive forcément. Tout créateur au premier mot se trouve à présent écrasé de haines, concassé, vaporisé. Le monde entier tourne critique, donc effroyablement médiocre. Critique collective, torve, larbine, bouchée, esclave absolue. »

20:38 Publié dans Lecture | Lien permanent | Commentaires (0)

10/12/2017

Jean d'O

J'avais proposé ici de faire de Jean d'Ormesson un trésor national. 

Jean d'Ormesson était un homme de droite que les gens de gauche aimaient bien. Sans doute son ouverture d'esprit y était pour quelque chose. Je redécouvre qu'i aimait beaucoup Aragon. Aragon était un homme de gauche que je qualifierai de la pire espèce pour ce qui était de ses engagements politiques staliniens mais Aragon était aussi un immense poète. Peut-être le plus grand du XXième siècle. Jean Ferrat et Léo Ferré en ont fait leur plus belles chansons. 

J'aime bien quand la littérature transcende la médiocrité de nos opinions politiques. Céline ou Aragon sont très grands comme écrivains et bien petits comme hommes publics.

Ecoutez ce morceau de bravoure de Jean d'O. le trésor national disparu  

C'est une chose étrange à la fin que le monde
Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit
Ces moments de bonheur ces midis d'incendie
La nuit immense et noire aux déchirures blondes

Rien n'est si précieux peut-être qu'on le croit
D'autres viennent Ils ont le coeur que j'ai moi-même
Ils savent toucher l'herbe et dire je vous aime
Et rêver dans le soir où s'éteignent des voix

Il y aura toujours un couple frémissant
Pour qui ce matin-là sera l'aube première
Il y aura toujours l'eau le vent la lumière
Rien ne passe après tout si ce n'est le passant

C'est une chose au fond que je ne puis comprendre
Cette peur de mourir que les gens ont en eux
Comme si ce n'était pas assez merveilleux
Que le ciel un moment nous ait paru si tendre

Malgré tout je vous dis que cette vie fut telle
Qu'à qui voudra m'entendre à qui je parle ici
N'ayant plus sur la lèvre un seul mot que merci
Je dirai malgré tout que cette vie fut belle

Et un petit dernier d'Aragon dit par Montand

12:40 Publié dans Lecture | Lien permanent | Commentaires (5)

11/11/2017

Chez les Weil

9782283023693.jpgQuand j’ai écrit cette note en août 2006 qui parlait d’André et de Simone Weil, j’ai fortement pensé qu’il faudrait écrire une biographie croisée du frère et de la sœur.

C’est dire avec quel plaisir j’ai découvert qu’il existait un livre, publié en 2009, qui raconte cette histoire. Comme le dit la préface ce n’est pas une biographie, c’est le point de vue de Sylvie Weil qui est la fille d’André sur cette famille hors norme. Un des meilleurs points de vue qui soit pour nous raconter cette histoire. J’ai adoré ! (Notez la même photo)

 

Sylvie raconte ses rapports avec Simone qui s’est laissé mourir de faim à Londres, un an à peine avant sa naissance. Simone s’était converti au christianisme le plus exigeant dans une furieuse quête de charité (dans le sens d’amour de Dieu et du prochain) à la recherche des béatitudes. On peut lire ses pensées dans La Pesanteur et la Grâce, c'est très mystique. Si le pape ne l’a pas béatifié, elle a encore pas mal d'adeptes qui la considèrent tout simplement comme une sainte. Pour Sylvie sa ressemblance avec sa tante était une calamité et elle se décrit comme le tibia de la sainte, une sorte de relique de sa tante, un rôle dont personne ne voudrait.

Elle parle de son père avec beaucoup plus de tendresse même si elle n’épargne pas le « génie ». Sa mère disait à ses deux filles : "Vous êtes les filles d'un génie". Ce peut-être fatiguant parfois de vivre avec un homme conscient de son génie et qui se révèle assez souvent peu amène avec ses congénères ou qui refuse de s’encombrer la mémoire de la position du sucrier et autres détails de l’existence. Elle en parle avec affection quand elle était petite fille au Brésil, elle parle peu de sa désertion en 1939, elle le décrit très âgé recevant une médaille au Japon en compagnie du cinéaste Akira Kurosawa. J’aurais aimé qu’elle en dise un peu plus par exemple sur ses travaux en géométrie algébrique et en théorie des nombres mais ce qu’elle en dit est déjà beaucoup.

Il y a d’autres personnages dans ce roman comme ses grands-parents paternels qui ne se sont jamais remis de la mort de Simone et se sont beaucoup occupés de la petite Sylvie. Un jour, la grand-mère qu’elle adorait est devenue la « mère de la sainte », rôle qui va finir par l’accaparer à plein temps. Pour désigner Simone, sa nièce utilise le terme de trollesse, le mot qu’utilisait sa grand-mère pour parler de sa fille. Je vais faire une note sur ce terme amusant. Il y a aussi des révélations sur cette famille que je vous laisse découvrir.  

Mais le personnage principal reste Sylvie. Pas facile d’être la fille et la nièce de deux génies même si son parcours peut faire envie : Elle gagne le concours général en lettres classiques, prix prestigieux qu’elle reçoit des mains du Général de Gaulle. Elle est agrégée de lettres classiques et enseigne le français dans des universités américaines. Faut dire qu’André avait intégré Normale Sup à 16 ans et passé son doctorat de math à 22. Et que Simone avait le philosophe Alain comme prof de philo à l'Ecole Normale. Alain l'appelait la martienne, ce qui donne une idée de la singularité du personnage.

09:41 Publié dans Lecture | Lien permanent | Commentaires (2)

18/01/2017

Fuck America

Non, ceci n'est pas une note d'humeur anti-Trump, quoique... C'est un petit livre au format "Paysage" lu dans l'avion et laissé à la Gomera en échange d'un pavé dont je parlerai bientôt.

fuck_am_750px.gif

Après avoir vu la pièce « Le nazi et le barbier » à/en Avignon, pièce tirée du roman de l'écrivain juif-allemand Edgar Hilsenrath, roman grotesque sur la Shoah et la judaïté en liaison avec le national-socialisme et la création de l'État d'Israël publié en 1971, je me suis dit qu’il fallait lire ce cher Edgar.

Je m’attendais à un auteur hors norme et je n’ai pas été déçu avec « Fuck America ». Le pitch : « Tout juste débarqué aux Etats-Unis, Jacob Bronsky erre dans le New York miteux des années 1950, parmi les clodos et les putes. L'Américan Way of Life ? Comprend pas. Le rêve américain ? Encore moins. Enchaînant les jobs minables, Jakob Bronsky n'a que deux obsessions : soulager son sexe et écrire un roman (titre prévu : le branleur) sur son expérience des ghettos juifs. Un futur best-seller à coup sûr ! »

Situations loufoques. Dialogues déjantés, humour qui sort de tous les politiquement corrects. Un OLNI, Objet Littéraire non identifié, raconté de manière originale et donc qui bouscule le style et les conventions. Bref, j'ai aimé et cela conforte mon idée qu'il est plus facile de trouver des pépites dans le fond littéraire que dans les livres de la rentrée. Edgar est toujours vivant, il a quitté l'Amérique et vit en Allemagne où il pratique sa langue.

18:04 Publié dans Lecture | Lien permanent | Commentaires (9)