18/04/2014

Gabriel

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Hommage à Gabriel Garcia Marquez élevé par sa grand-mère, Doña Tranquilina Iguarán Cotes de Márquez, femme de caractère qui trouvait normal l'anormal, qui côtoyait fantômes et prémonitions, et qu'il dépeindra sous les traits d'Ursula Buendía dans ce fameux roman qui commence comme ça :

Bien des années plus tard, face au peloton d'exécution, le colonel Aureliano Buendia devait se rappeler ce lointain après-midi au cours duquel son père l'avait emmené découvrir la glace. Macondo était alors un village de vingt maisons en glaise et en roseaux, construites au bord d'une rivière dont les eaux diaphanes roulaient sur un lit de pierres polies, blanches, énormes comme des oeufs préhistoriques.

Le monde était si récent que beaucoup de choses n'avaient pas encore de nom et pour les mentionner, il fallait les désigner du doigt.

Tous les ans, vers le mois de mars, une famille de Gitans déguenillés plantait sa tente près du village et, dans un grand tintamarre de fifres et de tambourins , faisait connaîre des nouvelles inventions. D’abord ils apportèrent l'aimant. Un gros Gitan à la barbe broussailleuse et aux mains de moineau, qui répondait au nom de Melquiades, fit une truculente démonstration en public de ce que lui-même appelait la huitième merveille du monde des savants alchimistes de Macédoine. Il passa de maison en maison, traînant derrière lui deux gros lingots de métal, et tout le monde fut saisi d’effroi à voir les chaudrons, les poêles, les tenailles et les chaufferettes tomber tout seuls de la place où ils se trouvaient, le bois craquer à cause des clous et des vis qui essayaient désespérément de s'en arracher, et même les objets perdus depuis longtemps apparaissaient là où on les avait le plus cherchés, et se traînaient en débandade turbulente derrière les fers magiques de Melquiades. "Les choses ont une vie bien à elles, clamait le Gitan avec un accent guttural; il faut réveiller leur âme, toute la question est là". José Arcadio Buendia, dont l'imagination débordante allait toujours plus loin que le génie de la Nature, quand ce n'était pas plus loin que les miracles et la magie, pensa qu'il était possible de se servir de cette invention inutile pour extraire l'or des entrailles de la terre.

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10/04/2014

Khieu Samphân

81KZH8adsUL._SL1500_.jpgBien que j’aie fini le livre depuis quelque temps, j’en suis toujours dans ma tête au Kampuchéa de Patrick Deville qui a attiré mon attention sur le personnage de Khieu Samphân.

 

Samphân fut le chef d’état du Cambodge de 76 à 79 pendant la triste période des kmers rouges. C’était le visage du Cambodge que mettait en avant Pol Pot, frère numéro 1 et les frères 2, 3, 4… qui eux agissaient dans l’ombre. Quasi tous étaient des anciens universitaires parisiens. A son procès en 2009, Khieu Samphân prétendra ne pas avoir été au courant des massacres.

 Sur Wikipedia, je lis une bio de Samphân qui démontre que les Saint-Just sont bien plus à craindre que les Danton. Il faut se méfier des leaders intègres mais sans chaleur, inaptes au bonheur. L’observateur est un journal cambodgien en français qu’il avait fondé.

800px-Khieu_Samphan_-_5_December_2011.jpgAu fil du temps, il avait gagné une réputation d’homme austère et intègre, deux qualités peu répandues sur les bancs de l’Assemblée et dans les ministères. Samphân vivait alors avec sa mère, veuve, et consacrait ses soirées à la lecture. Des personnes proches de lui à l’époque confirmaient ses hautes qualités morales, mais ne se rappelaient pas l’avoir vu rire et le présentaient comme quelqu’un semblant souffrir d’une sorte d’« inaptitude à être heureux ». Ses articles dans l'Observateur montraient une certaine sècheresse et une sérieuse intransigeance dans les propos, mais contrebalancées par une empathie qui semblait sincère pour les plus pauvres de ses compatriotes. Après son élection, sa situation de famille, sa réserve et l’intolérance des autres parlementaires à son égard incita certains députés à laisser entendre qu’il était au choix impuissant ou homosexuel. Son aspect studieux, solitaire et son dévouement sans faille à une cause – le communisme dans son cas – étaient si peu répandus dans le Cambodge des années 1960 qu’il était magnifié par les uns et voué aux gémonies* par les autres.

Pour ma part, je préfère les gémonies, cela aurait évité plus d’un million de mort, 20% de la population cambodgienne.

* L'escalier des Gémonies était un escalier, dans la Rome impériale, où les corps des suppliciés étaient exposés publiquement avant d’être jetés dans le Tibre.

Une étonnante photo du couple Ceauşescu avec Pol Pot et Khieu Samphân

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12/03/2014

Voyages

 220px-Patrick_Deville_001.jpgEn ce moment pour me changer les idées et ne plus penser à ce politicien de métier qui utilise tous les arguments possibles pour être élu à tous prix, et qui le sera peut-être car souvent la démagogie paie, je voyage dans les livres avec Cendrars, Conrad, Pierre Loti, Grahame Green, Malraux…

En Afrique la semaine derrière aux basques de Savorgnan de Brazza, de Livingstone, de Stanley, d'Albert Schweitzer... sur le lac Tanganika, le Congo, l’Ogoué et tous les affluents de ces fleuves à l’échelle d’un continent au cœur d'une Afrique encore vierge sur les cartes de la seconde moitié du XIX ième siècle.

Je suis au Cambodge cette semaine pendant le procès de Douch, ce petit fonctionnaire de la mort du régime de Pol Pot, l’Angkar. Et aussi au Vietnam dans la cité du Caodaïsme. En Thaïllande avec ce grand voyageur qu'est Patrick Deville.

Coïncidence, lundi matin, Patrick Deville était à Saint-Nazaire invité de la matinale de France-Inter. Je le lis depuis le prix du Livre Inter. J’avais soutenu sa tentation des armes à feu sans convaincre les autres jurés, malheureusement. Et puis bien sûr, il y a eu Peste et Choléra. Par chance, j'en ai encore quelques uns à lire. Pur plaisir en vue.

12/12/2013

Cossery

mendiants-orgueilleux-1447997-616x0.jpgA la mort d'Albert Cossery, en 2008, il fut beaucoup question de Mendiants et Orgueilleux, son chef-d’œuvre. Ce livre réédité récemment raconte une histoire qui se passe au Caire. Gohar, philosophe devenu mendiant, part à la recherche de son ami et admirateur, le laid et heureux Yéghen, pour obtenir sa dose de hachisch. Il rencontre Set Amina, la mère maquerelle et Nour El Dine, policier homosexuel, qui enquête sur le meurtre d'une jeune prostituée...

Gohar s'est fait mendiant pour mieux stigmatiser l'hypocrisie et les bassesses d'une société injuste et brutale. 

724107.gifPour adapter en BD le livre culte de Cossery, le dessinateur Golo s'est plongé dans les rues du Caire. Il fait vivre des personnages qui résistent par la dérision, où se mêlent la verve poétique du langage et la truculence des postures. Dans Mes mille et une nuits au Caire (éd. Futuropolis), Golo donne les clés du jeune homme qu'il était en 1974, qui, après avoir lu Mendiants et orgueilleux, est parti vivre au Caire et n'en est jamais revenu.

Albert Cossery vécut une vie de dilettante. Il vivait à l'hôtel, préservait la sieste, ­parcourait chaque jour le même circuit parisien, et, de temps à autre, écrivait une phrase toujours parfaitement ciselée. Profil aigu comme son ironie, mèche rebelle, cravate délicatement nouée. Albert Cossery est mort dans son sommeil fidèle à ses principes de farniente. 

Un reportage passionnant de la télé suisse en 1991 :

Si vous avez l'eau à la bouche, allez voir le reportage en entier ici.

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11/12/2013

Sobriété

Albert Cossery et Paul Erdös avait deux points en commun : Il sont nés il y a un siècle, en 1913, et ils ont tous deux vécu dans la plus grande sobriété.

Essays_NoDoubt_Cossery1-383x556.jpgAlbert Cossery est né au Caire dans un famille syro-libanaise d’origine grec. A 18 ans, il écrit en français  « Les hommes oubliés de Dieu » qui sera publié par Henry Miller aux Etats-Unis. En plus de soixante ans d’écriture, il publie très peu de livres tous habités par d’êtres marginaux, voleurs ou fainéants philosophes qui cultivent l'humour comme la dérision.  

À la question : « Pourquoi écrivez-vous ? », Albert Cossery répond : « Pour que quelqu'un qui vient de me lire n'aille pas travailler le lendemain »… Il vivra 60 ans à Paris à l’hôtel Louisiane dans une pauvreté revendiquée et une joie de vivre chaque jour renouvelée. C’est là qu’il meure en 2008.

erdos32.jpgPaul Erdös est né à Budapest, hongrois, d'origine juive, célèbre pour son excentricité, le nombre de ses publications scientifiques (environ 1 500) et de ses collaborateurs (plus de 500). La vie de Paul Erdős a été tout entière consacrée à ses travaux de recherche.

Célibataire endurci, comme Cossery, vivant dans un grand dénuement, il possédait une vieille valise et un sac plastique orange de supermarché ; sa seule possession importante à ses yeux était son petit calepin.

Chercheur très prolifique, toutes disciplines confondues. Il touche à tout, théorie des graphes, théorie des nombres, combinatoire... et améliore sans cesse l'élégance de ses démonstrations. 

Dans sa chambre, en plus de ses livres, Cossery était riche de ses idées et de ses relations dans le monde des lettres, JP Sartre, Albert Camus, Boris Vian, Henry Miller, les surréalistes, des peintres, Picasso, Cézanne, Man Ray… En plus de sa valise, Erdöss, quant à lui, était riche de ses solutions mathématiques et de ses collaborateurs, plus de 500 signeront au moins un papier avec lui.

220px-Erdosnumber.pngCe sont les nombres 1 de Erdös, autre fantaisie mathématique…



Citations de Paul Erdös:

Peut-être bien que Dieu ne joue pas au dés avec l'univers, mais bon sang, il y a quelque chose d'étrange avec les nombres premiers.

Il y a trois stades à quoi on reconnait qu'un mathématicien devient sénile. Le premier, il oublie son théorème, le second, il oublie de fermer sa braguette, le troisième, il oublie d'ouvrir sa braguette.

Le télévision a été inventée par les russes pour détruire l'éducation américaine.