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09/01/2019

spoiler

Mon amie Pascale de la Route du Cinéma fait très attention de ne jamais dévoiler la fin d’un film. Démarche que l’on nomme d’un mot anglais spoiler*, elle ne spoile pas. Certains blogs n’ont pas cette précaution. On dit que Pierre Murat, critique à Télérama, est spécialiste de la révélation de la fin des films au Masque.

antarctique-bases.jpg?u=https%3A%2F%2Fwww.populationdata.net%2Fwp-content%2Fuploads%2Fantarctique-bases.jpg&q=0&b=1&p=0&a=1C’est un jeu dangereux. Pour preuve le premier meurtre jamais commis sur le 6ième continent. 

Il y a là-bas des bases éparses sur des montagnes de glace. Une des bases russes s’appelle Vostok, c’est la plus proche du pôle sud non loin du 80ième parallèle mais l'histoire se passe sur l'île du Roi-George.  On s’ennuie sur ces bases, pas de piscine, pas de WIFi, rien et il est donc conseillé d’emmener quelques livres et d’ailleurs on peut penser que seuls les grands lecteurs acceptent de passer plusieurs mois là-bas.

Le problème de Serge Savitsky, chercheur, c’est d’être arrivé à la base après Oleg Beloguzov, un soudeur de 52 ans qui avait lu tous les livres de la base et qui est animé d’un esprit foncièrement sadique. A chaque fois que Serge était au milieu d’un bouquin, Oleg lui racontait la fin. « Oleg arrête, la ferme, tais-toi ! » Une fois, deux fois… quinze fois, la moutarde commençait à monter au nez de Serge jusqu'à ce qu’un jour où, ce qui devait arriver arriva... Serge s’empare d’un couteau de cuisine et poignarde Oleg.

157948_640_360.jpg?u=http%3A%2F%2Fwww.radioscoop.com%2Fimgs%2F157948_640_360.jpg&q=0&b=1&p=0&a=1Oleg a été évacué vers le Chili, admis aux soins intensifs, son état de santé serait stable.

Serge, en revanche a été renvoyé de la base alors qu'il n'avait pas lu tous les livre et envoyé à Saint-Petersbourg et emprisonné. On espère que quelqu’un a pu l’approvisionner en bons bouquins.

Personnellement, j’aimerais que quand il sera rétabli Oleg soit jugé et condamné sévèrement comme spoiler quant à Serge il devrait être acquitté pour légitime défense. Mais je ne suis pas sûr que les autorités russes soient de mon avis.  

* spoiler, dévoiler, déflorer, divulguer, gâter, découvrir (la fin)… est un verbe anglais to spoil qui signifie gâcher, gâter. Du latin spoliar ruiner, piller. Donc spoiler est un autre exemple d’emprunt au français spolier qui veut dire dépouiller, déposséder, détrousser.

Un spoiler réduit (détruit) la portance d’une aile.

16:40 Publié dans Lecture | Lien permanent | Commentaires (1)

04/01/2019

Anonyme

54423848_p.jpgJe ne sais pas s’il faut y voir un message mais mon ami Dan me raconte l’histoire d’un gars qui a écrit un roman qu’on ne lira jamais. Ses essais précédents s’étant soldés par des refus. Il fait imprimer le suivant à compte d'auteur.

Et il le perd sur les rayons de la bibliothèque de la ville. Un bibliothécaire le trouve, l’enregistre, l’étiquette. C’est ainsi que des lecteurs curieux se mirent à lire son bouquin… Bouquin, qui circula dans les prêts de livre que se font les bibliothèques entre elle. Comment est-il sorti de l’anonymat ?

Anonyme-Couleurs-Primaires-Livre-741157730_L.jpg?u=https%3A%2F%2Fpmcdn.priceminister.com%2Fphoto%2FAnonyme-Couleurs-Primaires-Livre-741157730_L.jpg&q=0&b=1&p=0&a=1

Soudain les gens se l’arrachent… des impatients veulent des exemplaires supplémentaires… mais… on ne retrouve pas l’auteur. Un mécène offre un tirage de milliers d’exemplaires… Mais où est l’auteur ? Le livre se balade ainsi 35 années. Ah oui, j’oubliais… son titre :

‘Biographie d’un inexistant’.

Dan ajoute : On comprend pourquoi cela était si difficile de trouver cette personne !!!

Anonyme%2Best%2Bla%2Bmort%2B-%2BTome%2B1.jpg?u=http%3A%2F%2F2.bp.blogspot.com%2F-pCTU6p8H-3E%2FVerZT3fIdoI%2FAAAAAAAAHJo%2FyFqdQGZepig%2Fs1600%2FAnonyme%252Best%252Bla%252Bmort%252B-%252BTome%252B1.jpg&q=0&b=1&p=0&a=1Finalement quelqu'un trouve l’auteur, son grand père décédé depuis longtemps. En triant des affaires de famille il a mis la main sur un carnet de route que le grand père tenait. Sur ce carnet sont notés les dates et noms des personnes qui ont emprunté le bouquin ainsi que ses voyages d’une bibliothèque à une autre.

Cette histoire me ramène à la mienne. Je n'ai jamais eu de prix littéraire, jamais écrit de best-seller, de moyen-seller ni de petit-seller, je n'ai tué personne, je ne suis pas marié à une star du cinéma, je n’ai jamais congelé de bébé, je ne cause pas sur Europe1 ni me pavane sur BFMtv. Je ne suis pas ministre de l’économie, ni pute ni soumis et même pas insoumis... en conséquence, mon livre ne se vendra pas. Il n'existera même pas, alors à quoi bon écrire ? Voilà le dilemme et il y a deux m à dilemme comme à femme ou à homme… Mais je m’égare.

Oui, je sais, la vraie question est : Est-ce que j’ai le talent pour écrire un bon livre ? Peut-être pas. Pourtant mon niveau de sérotonine dans le cerveau est assez bon mais est-ce suffisant ?

Je terminerai par une autre remarque de Dan: "Comment créer une histoire originale avec le monde des médias qui nous arrose 24 sur 24 de nouvelles stupéfiantes ? Et Trump qui nous sort une nouvelle déjantée cinq fois par jour ? La littérature adore la nouvelle stupéfiante, déjantée, rare, baroque, foutraque, farfelue, bizarre, cocasse, fantaisiste, extravagante, singulière, grotesque, saugrenue, curieuse, extravagante, fantaisiste ou même abracadabrantesque…

Avec Donald on est servi et c'est en direct sur twitter. Stay tuned !

12:24 Publié dans Lecture | Lien permanent | Commentaires (3)

31/10/2018

Haine

1038542404.jpgPour poursuivre sur ma dernière note pas très optimiste, je découvre un entretien d'Andrea Camilleri à la télé italienne. Camilleri a 90 ans, il a écrit plus de 50 romans, Il est surtout connu pour ses polars (gialli) qui mettent en scène le commissaire Montalbano. Romans écrit dans un italien mêlé d'un peu de patois et qui se passent tous à Vigatà qui est la ville d'Andrea, Port Empédocle en Sicile. Au fait, j'en ai déjà parlé ici. Ecoutez la vidéo sous-titrée, c'est délicieux.

Interrogé dans la cadre d'une commission sénatoriale, il parle du climat de haine en Italie (et ailleurs):  

"En ce moment, c'est une chance d'être aveugle: Ne pas voir certaines figure qui sème la haine, qui sème le vent et récolteront la tempête. Les mots de la sénatrice (contre la haine) je les signe. On est en train de perdre la mesure des choses, le poids des mots, les mots sont des pierres, elles peuvent se transformer en balles. Il faut peser chaque mot que l'on dit et faire cesser ce vent de haine qui est vraiment atroce et que je sens palpable autour de nous. 

Mais pourquoi l'autre serait-il différent de moi ? L'autre n'est pas autre que moi dans la mirroir. La nouvelle de ce fou qui rentre dans une synagogue et tue 11 personnes en hurlant "à mort les juifs !". Est-ce qu'on se rend compte à quel niveau on s'abaisse non seulement quand on dit des choses pareilles mais quand on les pense ? Pire que des animaux qui eux ont la chance de ne pas parler ! On éduque une jeunesse à la haine. Nous avons perdu le sens des valeurs, les vraies valeurs de la vie."

Le père de Montralbano a conclu : "Je ne veux pas mourir avec l'humeur noire du crépuscule. Je veux mourir avec l'espoir que mes neveux et mes petits neveux vivent dans un monde de paix. Il faut que tous les jeunes se prennent en charge car le futur leur appartient. J'espère beaucoup des générations nouvelles. Ne me décevez pas !"

10/09/2018

Mea Culpa

Finalement Gallimard a publié cette année les pamphlets de Céline. Disons les trois pamphlets antisémites. Il y en a un quatrième "Mea Culpa" publié en 1936 avant les trois autres et republié plusieurs fois avec l'accord de sa femme.  

51OBG5pT2ML._SX324_BO1,204,203,200_.jpgMea Culpa est un texte court (21 pages), il est suivi de La Vie et l'Œuvre de Semmelweis, thèse de médecine très originale de l'auteur.

Henri Godard juge Mea Culpa « capital » dans la compréhension de la pensée de Céline. Publié au retour d'URSS de l'écrivain, ce pamphlet témoigne de sa déception. Céline attribue les dérives du communisme à la nature humaine, foncièrement égoïste. Il brosse de celle-ci un tableau très sombre : l'homme ne changera pas, et par conséquent son sort ne s'améliorera jamais. Aussi l'auteur considère-t-il toute vision idéalisée de l'homme et toute spéculation optimiste sur l'avenir comme des impostures ne pouvant conduire qu'à des massacres.

« La grande prétention au bonheur, voilà l’énorme imposture ! C’est elle qui complique toute la vie ! Qui rend les gens si venimeux, crapules, imbuvables. Y a pas de bonheur dans l’existence, y a que des malheurs plus ou moins grands, plus ou moins tardifs, éclatants, secrets, différés, sournois… ” C’est avec des gens heureux qu’on fait les meilleurs damnés. ” Le principe du diable tient bon. Il avait raison comme toujours, en braquant l’Homme sur la matière. Ça n’a pas traîné. En deux siècles, tout fou d’orgueil, dilaté par la mécanique, il est devenu impossible. Tel nous le voyons aujourd’hui, hagard, saturé, ivrogne d’alcool, de gazoline, défiant, prétentieux, l’univers avec un pouvoir en secondes ! Éberlué, démesuré, irrémédiable, mouton et taureau mélangé, hyène aussi. Charmant. Le moindre obstrué trou du cul, se voit Jupiter dans la glace. Voilà le grand miracle moderne. Une fatuité gigantesque, cosmique. L’envie tient la planète en rage, en tétanos, en surfusion. Le contraire de ce qu’on voulait arrive forcément. Tout créateur au premier mot se trouve à présent écrasé de haines, concassé, vaporisé. Le monde entier tourne critique, donc effroyablement médiocre. Critique collective, torve, larbine, bouchée, esclave absolue. »

20:38 Publié dans Lecture | Lien permanent | Commentaires (0)

10/12/2017

Jean d'O

J'avais proposé ici de faire de Jean d'Ormesson un trésor national. 

Jean d'Ormesson était un homme de droite que les gens de gauche aimaient bien. Sans doute son ouverture d'esprit y était pour quelque chose. Je redécouvre qu'i aimait beaucoup Aragon. Aragon était un homme de gauche que je qualifierai de la pire espèce pour ce qui était de ses engagements politiques staliniens mais Aragon était aussi un immense poète. Peut-être le plus grand du XXième siècle. Jean Ferrat et Léo Ferré en ont fait leur plus belles chansons. 

J'aime bien quand la littérature transcende la médiocrité de nos opinions politiques. Céline ou Aragon sont très grands comme écrivains et bien petits comme hommes publics.

Ecoutez ce morceau de bravoure de Jean d'O. le trésor national disparu  

C'est une chose étrange à la fin que le monde
Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit
Ces moments de bonheur ces midis d'incendie
La nuit immense et noire aux déchirures blondes

Rien n'est si précieux peut-être qu'on le croit
D'autres viennent Ils ont le coeur que j'ai moi-même
Ils savent toucher l'herbe et dire je vous aime
Et rêver dans le soir où s'éteignent des voix

Il y aura toujours un couple frémissant
Pour qui ce matin-là sera l'aube première
Il y aura toujours l'eau le vent la lumière
Rien ne passe après tout si ce n'est le passant

C'est une chose au fond que je ne puis comprendre
Cette peur de mourir que les gens ont en eux
Comme si ce n'était pas assez merveilleux
Que le ciel un moment nous ait paru si tendre

Malgré tout je vous dis que cette vie fut telle
Qu'à qui voudra m'entendre à qui je parle ici
N'ayant plus sur la lèvre un seul mot que merci
Je dirai malgré tout que cette vie fut belle

Et un petit dernier d'Aragon dit par Montand

12:40 Publié dans Lecture | Lien permanent | Commentaires (5)