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04/04/2015

Pennac

430597_Pennac-Daniel-8742.jpgUne leçon d’ignorance.

Leçon doctorale prononcée par Daniel Penac en mars 2013 (en italien je crois) lors de son intronisation comme  docteur honoris causa en pédagogie de l'université de Bologne, la plus vieille université du monde (1088).

Intellectuels, Pédagogues et Démagogues. Extrait:

[Suite à l’échec scolaire] …tous se lancent dans toutes sortes de stratégies pour s’offrir le réconfort d’une identité : addictions diverses, consommation tous azimuts, constitution de bandes, de communautés en tout genre – y compris aujourd’hui sur la Toile, histoire d’être accepté par un groupe, quel qu’il soit. 

Or, la particularité commune à ces groupes est le mépris des "intellectuels". Je souligne le mot intellectuels, parce que je l’entends de plus en plus souvent prononcé comme une insulte. D’abord par bon nombre d’adolescents pour lesquels l’adjectif « intellectuel » suggère je ne sais quel déficit de virilité et d’adaptabilité au monde réel. Ensuite par les plus populaires de nos médias dans lesquels l’adjectif « intellectuel » est associé à l’ennui le plus profond, l’ergotage vain et le snobisme. Enfin, à l’échelle européenne, par nombre d’hommes politiques qui présentent l’intellectuel comme le prototype de l’idéaliste irresponsable, du privilégié arrogant, de l’ennemi de l’entreprise, voire de l’intelligence corrompue.

Ainsi bruit l’air de notre temps. Et, ce que nous dit ce bruissement, c’est la victoire, de plus en plus fréquente, du démagogue sur le pédagogue.

À y regarder de près, le démagogue est l’exact antonyme du pédagogue. Pourtant, tous deux s’adressent au sentiment de solitude propre à l’être humain. Le pédagogue nourrit notre solitude ontologique d’un savoir protéiforme, il ouvre notre curiosité, éveille notre appétit de recherche, stimule notre aptitude critique, exerce sur notre esprit une influence qui se refuse à la domination, bref, contribue à faire de nous des individualités réfléchies, ouvertes et tolérantes, dont l’addition constitue une communauté humaine démocratiquement viable. 

Le démagogue, lui, confisque à son profit le sentiment de solitude suscité par nos échecs, nos manques, nos frustrations, nos malheurs, nos peurs et nos ressentiments. Il substitue le dogme à l’esprit critique, le slogan au raisonnement, la rumeur aux faits établis, les convictions aveugles aux doutes éclairés, les croyances aux savoirs, le diktat indiscutable aux institutions mesurées, et, surtout, surtout, il désigne le coupable en se posant lui-même comme le vengeur providentiel. Ce faisant, il a du charme*, au sens le plus archaïque du terme, et il l’exerce: il est le joueur de flûte qui nous arrache à notre solitude, et nous sommes les enfants perdus qui le suivons en masse vers le fleuve qui nous noiera.

* Charme au sens archaïque veut dire "formule magique". En italien c'est fascino, que l'on peut aussi traduire par fascination. 

23/03/2015

Yéti

latest?cb=20120327181431J’ai toujours été fasciné par les animaux mystérieux comme le yéti ou Bigfoot, le monstre du Loch Ness, le loup de Tasmanie, la pieuvre géante qui engloutit les bateaux... voire des animaux plus mythiques encore comme le Bunyp [photo] et le Yowie des aborigènes ou les yahoos* gulliveriens de Jonathan Swift.

A propos du Yéti, que l’on soupçonnait fortement d’être un homme de Neandertal qui aurait quitté sa vallée allemande pour l’Himalaya, je découvre le projet Colateral Humanoid qui se proposait de décrypter le génome du grand singe, lancé en 2012. Des scientifiques ont demandé à toutes les personnes détenant des échantillons de yétis de se faire connaître.

Les conclusions de leur étude publiées en juillet 2014 dans Proceedings of The Royal Society, s’il vous plait, rapportent que les analyses de 36 échantillons, essentiellement des touffes de poils détenues par des particuliers, ne révèlent presque aucun animal inconnu : coyote, chèvre, grizzli, tapir, raton laveur, humain, chien, etc.

yeti.jpg...A l’exception de deux fragments provenant, l’un d’un animal tué dans les années 1970 à Ladakh en Inde et l’autre, d’un prétendu nid de yétis dans une forêt de bambous au Bhoutan. Ils appartiennent à la même espèce : un ours préhistorique que l’on croyait disparu depuis 40’000 ans. L’ADN de ces poils est très proche de celui du  fossile d’un ancêtre de l’ours polaire du Pléistocène découvert bien loin de là, au Svalbard, un archipel situé à l’est du Groenland, à la limite de l’océan arctique et de l’Atlantique.

Grâce à Vialatte, on savait que, comme l'homme, l’ours datait de la plus haute antiquité mais que venait-il faire dans l’Himalaya ? Et comment Hergé a-t-il pu confondre un ours avec un abominable homme des neiges ?  

* Le nom de société Yahoo vient du nom d’une tribu dans les voyages de Gulliver, ce sont des créatures sauvages et immondes, des humains dégénérés d’une saleté infecte et aux coutumes répugnantes, l’opposé des Houyhnhnms qui sont de braves types très rationnels. On comprend que les fondateurs de yahoo aient choisi yahoo plutôt que huyhnhnms comme nom de leur société.

Le pire défaut des yahoos est l'orgueil. En anglais yahoo veut dire abruti comme lilliputien veut dire de petite taille.

Et dire que j'ai mon mail chez eux !

06/03/2015

Diversité

xpoesie-du-gerondif.pagespeed.ic.-uMurEDguf.jpgUn beau texte sur l'enrichissement qu’entraîne la diversité, texte extrait de la poésie du gérondif de Jean-Pierre Minaudier.
 
Chomskyens: Noam Chomsky est un linguiste américain qui a pris la grosse tête depuis qu'on l'a gratifié du titre pompeux de "plus grand intellectuel vivant". Il est un défenseur de l'idée d'une grammaire universelle des langues et en bon américain il ne comprend même pas la mentalité française, il l'a prouvé plusieurs fois.
 
La diversité des langues. dont la lecture de chaque grammaire révèle une facette inédite, remet en cause non seulement la grammaire universelle des chomskyens, mais tous les universalismes, qui ne sont généralement que des occidentalocentrisines, des provincialismes aveuglés par l’arrogance et l’ignorance de l'autre.
 
L’inépuisable variété des manières de mettre le réel en mots renvoie à leur profonde inexistence intellectuelle tous les cornichons persuadés que la seule manière digne d’intérêt de penser et d’exprimer le monde est celle en vigueur dans leur village natal, et ignorant ou méprisant tout ce qu’ils ne distinguent pas du haut de leur clocher: philosophes qui confondent les préjugés de leur siècle et de leur société avec des universels intemporels, littéraires figés dans un dialogue millénaire avec une tradition ‘classique» prise pour le centre du monde parce qu’elle se trouve être à l’origine de notre patois, nationalistes assez obtus pour oublier que la richesse des nations réside dans leur pluralité ?
 
Je suis de ceux que ces gens exaspèrent, de ceux aussi que passionne non ce qui se ressemble mais ce qui diffère, non l’unité, les centres, les métropoles, l’ordonnancement régulier des grandes avenues symétriques et des palais classiques, la pureté géométrique et transparente du cristal, mais les périphéries et les minorités, les ruelles torves et les placettes que nul architecte n’a dessinées, l’infinie variété de formes du corail ; de ceux qui pensent que nous avons autant à apprendre de la structure de l’urarina que du théâtre de Shakespeare et de la grammaire du mosetén que de la chapelle Sixtine - il ne s’agit pas de mépriser en retour cet héritage, mais de ne pas s'y enfermer).
 
L'urarina est une langue amérindienne isolée parlée au Pérou par 2 000 personnes.
Le mosetén est la langue des mosetén une ethnie amérindienne de l'Amazonie bolivienne. Elle appartient à la famille mosetenane, qui est linguistiquement isolée.

10:10 Publié dans Lecture, Mots | Lien permanent | Commentaires (2)

22/02/2015

Le grand cœur

Jean Christophe Rufin occupe à l’académie française le fauteuil 28 qu’occupait avant lui Henri Troyat et comme il se doit, il a dû faire son éloge.

AVT_Henri-Troyat_3856.jpegHenri Troyat a écrit plus de cents romans. En lisant le Grand Cœur de Rufin, je me suis souvenu d’avoir lu, il y a longtemps et avec grand plaisir « La lumière des justes ». C'est une grande fresque qui raconte le mouvement décembriste qui vers les années 1825 met en scène les jeunes officiers aristocrates, retour de Vienne et inspirés de la révolution française, aux prises avec le nouveau tsar Nicolas premier. Cette fresque préfigure certains aspects de la révolution d’Octobre qui aura lieu au début du vingtième siècle. La jeune veuve aristocrate aux idées républicaines et son officier amoureux finissent en Sibérie toujours très amoureux. Un bon souvenir de lecture. On en a tiré une série télé. 

Le grand cœur raconte l’histoire de Jacques Cœur  né dans une famille de la moyenne bourgeoisie de Bourges et qui va devenir un membre influent du conseil de Charles VII, le petit roi de Bourges qui grâce à Jeanne d’Arc et quelque bons conseillers comme Jacques va reconquérir le royaume de France et terminer la guerre de 100 ans.

le-grand-coeur,M90951.jpgRomancé, Le Grand Cœur nous dépeint en Jacques un homme profond en avance sur son temps. Il veut tracer un trait sur la guerre de 100 ans et sur cette chevalerie devenue ringarde pour nous embarquer dans les joies du commerce mondialisé (le monde de la Méditerranée, le seul ou presque). Pour Jacques, finies les querelles stériles, tout le monde va commercer avec tout le monde et la prospérité va régner. Il établit des contacts y compris avec les mécréants du Caire qui nous prennent pour des infidèles.

On pourrait presque se croire à l’aube de la révolution française. Ceci est aussi dû à Charles VII. Un personnage retord, rusé, calculateur mais très habile et qui s’appuie sur des bourgeois pour ne pas se faire bouffer par les princes devenus avides après l’avoir aidé à terminer la guerre de 100 ans.

Rufin recrée habillement l’univers de cette première moitié du XVième siécle dans laquelle se termine le moyen âge et débute la renaissance en particulier en Italie, à Florence, à Gènes, à Rome, renaissance qui mettra encore quelque temps à arriver en France et dont Jacques Cœur serait un grand précurseur selon Rufin. La relation avec Agnès Sorel, la dame de Beauté maîtresse du roi, est inventée mais l’auteur la rend très crédible.

Un bon roman agréable à lire. Lisez-le, surtout si vous aimez les biopiques et l’Histoire

17:05 Publié dans Lecture | Lien permanent | Commentaires (3)

17/12/2014

L'homme

Des nouvelles…

Quel goût peut bien avoir la viande d’homme ? 

41VgJgbiItL._SY344_BO1,204,203,200_.jpgDifficile question. Comment savoir? Eh bien, Yves Paccalet, écologiste savoyard, dans son dernier livre Éloge des mangeurs d’homme, nous dit que non seulement l’homme n’est pas fréquentable, mais qu’en plus c’est à peine s’il est comestible. Il nous dit que « La viande humaine a mauvais goût (…) ; avec des relents acides, amers ou putrides. Elle trahit son élevage industriel et son alimentation mal équilibrée. » Elle est « de qualité inférieure (…), sans structure, écœurante et de fumet nauséabond ; du reste, bourrée de chimie pathogène et de pharmacie inquiétante ».

Merci à Yves d’avoir goûté cette abomination pour nous. Cette amertume de l'homme-sandwich est colportée par Eric Chevillard, autre cannibale à ses heures, dans le Monde.

wschod-u-iext25996570.jpgPour compléter ce portrait gustatif peu ragoutant de l'homme, quelques considérations sur l’homme vivant en meute dans les grandes plaines de l'Est (Wschod), mais pas que là-bas...

...nouvelles trouvées dans Courrier International qui s’est entretenu avec  Andrzej Stasiuk, un écrivain, dramaturge et poète polonais :

Ils (les hommes) se ressemblent tous de plus en plus. Ils poussent les mêmes caddies dans des endroits semblables, vers les mêmes rayons. A quelques différences près : à Och, au Kirghizistan, vous ne trouvez pas d’alcool ; au Kazakhstan, vous pouvez acheter des conserves de viande de cheval ou du koumys, du lait de jument, vendu en berlingots ; en Mongolie, vous voyez des étalages entiers de produits de l’entreprise polonaise Urbanek. Des haut-parleurs déversent des annonces publicitaires en russe ; pourtant, pour nous, le russe a toujours été la langue de l’idéologie communiste. Je me balade dans ces endroits de torpeur globalisée, puis je vais dans un bazar pour vérifier si l’humanité est toujours vivante. 

La surabondance d’objets et la surproduction font penser à un désert. La plupart de ces objets deviennent inutiles aussitôt après l’achat et s’accumulent en une gigantesque décharge. Nous produisons du néant pour remplir le monde, nous le comblons avec des restes jetables, nous fabriquons notre propre désert. Bientôt, il n’y aura plus rien pour susciter en nous un sentiment d’attachement, tout sera disponible et indifférent.

La Chine est incroyable car d’un côté il y a la folie capitaliste, et de l’autre, Mao qui vous regarde sur les portraits officiels, les tee-shirts et les billets de banque… (...)

(CI) As-tu découvert la sagesse légendaire de l’Orient ?

(...) tout comme en Asie, je suis un solitaire ici, en Pologne. Je ne cherche pas de compagnie, mais si elle se présente, je l’accepte. Si un gars arrive à cheval, je lui offre de la bière ou du thé. Quand je pars camper, j’essaie de me rendre invisible. Parfois je vais chez quelqu’un et nous parlons de la vie. La sagesse, dis-tu… Probablement. Mais tout le monde aujourd’hui a une télé, même là où il n’y a pas de ligne électrique, il suffit de brancher un générateur, puis ils regardent la télé russe ou CNN par satellite. Alors, bientôt, nous partagerons tous la même sagesse.