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04/04/2013

Catho zombie

 T%C3%A9l%C3%A9charger-livre-gratuit-Le-Myst%C3%A8re-fran%C3%A7ais-de-Emmanuel-Todd-PDF-EPUB-%E2%80%93-T%C3%A9l%C3%A9chargement-ebook.jpgDans leur ouvrage «Le Mystère français»,

Les deux démographes

Hervé Le Bras

et Emmanuel Todd

évoquent une France qui «ne va pas si mal», comme l'indiquent son niveau d'éducation et son taux de fécondité.

Ils citent en exemple la ville de Toulouse.

Le catholicisme n'a pas su résister à une pensée moderne qui s'est structurée aussi autour de la laïcité, de Gambetta et de Jaurès. Mais la tradition religieuse, ce que nos auteurs appellent le «catholicisme zombie» continue de structurer en profondeur le pays. A travers une riche cartographie, on découvre une France qui vit sur l'héritage d'un passé ancien et toujours vivace. En dépit des migrations, nos traditions, nos valeurs sont toujours là, disent ils.

Ce qui m’a fait marrer, c’est l’expression catholicisme zombie. » Mais qu’est ce qu’un catho zombie ? Un zombie est un mort vivant dans la religion vaudou. (voir Golem juif).

Les auteurs nous parlent donc d’un catholicisme de chez nous cliniquement mort ou presque vu le nombre de pratiquants et le nombre de prêtres. Moins de 100 prêtres ordonnés l’an dernier et la chute devrait continuer. Certains diocèses n’ont ordonné aucun prêtre dans les 10 dernières années. Par comparaison, on ordonnait plus de 6'000 prêtres par an avant la révolution pour une population de moitié inférieure.

La moyenne d’âge est de 75 ans et sera de 80 dans peu de temps.  Les prêtres n’arrivent plus à baptiser, à marier et encore moins à sépulturer dignement leur ouailles. Du coup, les zombies rodent. Faut-il faire des contrats d’avenir dans les diocèses ?


Et pourtant, le mort est encore vivant disent nos auteurs. Vivant dans les valeurs qu’il véhicule. Et cela semble être, pour eux, une des raisons de croire en l'avenir de la France. Etonnant !

10/03/2013

Limonov

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Emmanuel Carrère


Limonov



Edouard Limonov est un sale type. Il est persuadé d'être un génie et que si on ne reconnait pas comme tel, la vie ne vaut rien. En tout cas, il ne fait rien pour devenir un génie adulé des foules sauf peut-être à creuser son trou de sale type, poète, anar, écrivain inclassable, voyou, homo chez les blacks en Amérique, people, chef de parti, guerrier en Bosnie, activiste politique, punk, amateur de lolitas, contre-ce-qui-est-pour et pour-ce-qui-est-contre, communiste avec les capitalistes, fasciste avec les démocrates, démocrate avec les fascistes… bref un sale con mais bien attachant au fil des pages.

Limonov peut être généreux, il est politiquement incorrect, persuadé qu'il a un Destin... né sous Staline, il quitte l'URSS sous Brejnev pour New York, pigiste, clochard, majordome stylé par devant, il a par derrière une haine viscérale des riches. Edité à Paris où il va croiser Emmanuel Carrère. Il devient la coqueluche du milieu avant-gardiste, fréquente le troublion Jean Edern Fou à Lier. Quand l’URSS s'effondre, il retourne dans sa patrie, puis il lutte du côté des Serbes, il devient personna non grata en Occident. Il déteste ce que la Russie est devenue, il fonde le parti national-bolchevik (les Nasbols), il fait de la prison, il s'adonne à la méditation, vit une expérience mystique digne de Pascal...

Comme le dit son biographe Emmanuel Carrère, si ce livre était un livre d’imagination on pourrait dire qu’il est too much, excessif, mal dosé. Le problème, c’est que Limonov existe, qu’il vit aujourd'hui en Russie, il a 70 ans et encore une belle vitalité, récemment il a invité Depardieu à le rejoindre dans son mouvement d’opposition à Poutine…

Carrère a bien choisi son héros donc. Comment faire plus romanesque qu’Edouard ? Emmanuel Carrère aime bien les sujets troubles et là il est servi et nous aussi car il ne se contente pas de nous détailler son héros, il nous le met en perspective dans le contexte de l’Empire éclaté des années 90, comme appelait déjà l’URSS de 1978 sa mère Hélène Carrère d’Encausse. Et c’est passionnant. Gorbatchev, Eltsine puis Poutine et tous les oligarques. On est scotché. On veut en savoir plus sur cette énorme arnaque néo-libérale qui a mis à genoux et dans la rue des millions de gens, qui a fait chuté la population russe de 7 millions d’habitants et l’espérance de vie de plusieurs années depuis le début des années 90.

Carrère est un grand écrivain. Sa plume est précise, son style agréable et parfaitement adapté à une biographie telle que celle-ci. J’avoue qu’un peu sceptique au départ, je me suis laissé embarqué comme dans le meilleur des romans par cette histoire dans l’Histoire et ce personnage flamboyant. Merci monsieur Carrère. Un Renaudot bien mérité.

23:04 Publié dans Lecture | Lien permanent | Commentaires (3)

15/01/2013

Le vieux qui...

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Le mot de l’éditeur :

Alors que tous dans la maison de retraite s'apprêtent à célébrer dignement son centième anniversaire, Allan Karlsson, qui déteste ce genre de pince-fesses, décide de fuguer. Chaussé de ses plus belles charentaises, il saute par la fenêtre de sa chambre et prend ses jambes à son cou.

Débutent alors une improbable cavale à travers la Suède et un voyage décoiffant au coeur de l'histoire du XXe siècle. Car méfiez-vous des apparences ! Derrière ce frêle vieillard en pantoufles se cache un artificier de génie qui a eu la bonne idée de naître au début d'un siècle sanguinaire.

Grâce à son talent pour les explosifs, et avec quelques coups de pouce du destin, Allan Karlsson, individu lambda, apolitique et inculte, s'est ainsi retrouvé mêlé à presque cent ans d'événements majeurs aux côtés des grands de ce monde, de Franco à Staline en passant par Truman et Mao...

Voici un roman de plage / de train / d’avion / de maison de retraite / de canapé du week-end… à dévorer en deux heures trente que devrait apprécier les amateurs d'Arto Paasilinna. On passe un bon moment et l’on se marre du monstre culot de Jonas Jonasson, auteur suedois, qui, entre autre, nous fabrique un frère à Einstein, demi-frère dépressif et un peu debilos mais si sympathique.

12:16 Publié dans Lecture | Lien permanent | Commentaires (0)

09/12/2012

Yersin - Deville

885386.jpegUn livre de Patrick Deville, cela ne promet que du bonheur. En plus, une autobiographie d’un scientifique, d’avance j’adore. On se souvient de ce roman sur Humbolt et Gauss de Daniel Kehlman.

Pour savoir tout le bien que je pense de Patrick Deville, il faut remonter au livre Inter 2006. La tentation des armes à feu était au programme des 10 livres. J’en avais fait, et de loin, mon favori. Nous étions deux sur 24 à l’avoir choisi au premier tour. Il aurait fallu le pouvoir de conviction du libraire de 2012 pour retourner au moins 11 ou 12 membres du jury. Regrets ! Il avait obtenu un lot de consolation.

Dans sa nouvelle oeuvre, Peste & Choléra, Deville fait œuvre de biographe. Il nous raconte la vie d’Alexandre Yersin, le découvreur du bacille de la peste (yersinia pestis). Une vie d’une grande richesse qu’il commence par la fin, comme il se doit. Yersin à 77 ans en 1940 et il quitte Paris, l'hôtel Lutécia, bientôt envahit par les allemands. C'est à bord d’un hydravion transportant de riches exilés, qu'il se rend au Vietnam, à Nha Trang, dont il a fait son chez lui depuis longtemps. C’est là qu’il mourra en 1943. 

    patrickdeville.jpgimmV

Comme son héros (à gauche), Deville (à droite) est un grand voyageur et il a sans doute dû se faire plaisir en suivant Yersin du canton de vaud où il est né jusqu’à Nha Trang en passant par l'Allemagne, Paris, le Vietnam, Hong-Kong, La Chine, Madagascar… Le suisse Yersin après des études en Allemagne, rejoint Pasteur à Paris pour travailler sur la tuberculose et la diphtérie A 22 ans, il découvre la la toxine diphtérique et gagne ses premier gallons de pasteuriens de la première heure et du premier cercle.

FY16498a.jpgYersin n’est pas homme à se sédentariser dans une vie de chercheur. Il part en Extrême-Orient, se fait marin, explore la jungle, voyage en Chine, à Aden, à Madagascar. Le tout entrecoupé de séjours parisiens.

En service commandé par la bande à Pasteur, il découvre le bacille de la peste lors de la grande épidémie de Hong Kong en 1894. En 1896,  à Canton, il est le premier médecin à guérir un pestiféré grâce à un sérum sorti de ses manipulations intuitives. « Dans les champs de l'observation, le hasard ne favorise que les esprits préparés » disait Pasteur. C’est le début de la gloire, mais la gloire, il s’en fout. L'argent aussi, il en gagnera pourtant pas mal.

Deville établit des parallèles avec la vie de Rimbaud parti sur les mers à l’aube d’une immense gloire littéraire. Yersin est bien plus sympathique à mes yeux, que le poète. Yersin est un boulimique de savoir, un touche à tout de génie. S’il s’intéresse à un domaine, il potasse à fond le sujet puis il expérimente, il construit, invente, fabrique… le tout avec ténacité puis, soudain, il passe à autre chose.


Serpolet.jpgIl se lie d'amitié avec Léon Serpollet, un précurseur de l'automobile avant Louis Renault et Armand Peugeot. Il se fera livrer deux modèles de Serpollet à Saïgon. Yersin est alors le seul automobiliste de la ville.


Dans son domaine chéri de Nha Trang, il va cultiver l’hévéa car il a pressenti, avec Michelin, l’avenir du pneu et du caoutchouc. Il cultive aussi la coca et fabrique une boisson à base de coca. Il fait pousser l’arbre à quinquina qui permet de soigner le paludisme, une maladie dont on est toujours pas venu à bout. Bref un vie riche menée de main de maitre comme l'est, sans conteste, le livre de Patrick Deville.

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30/11/2012

Le grand cahier

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Je n’ai pas mis ici de notes sur Agota Krystof, si on excepte une brève nécrologie, extrait :

« Agota Krystof, hongroise émigrée à Neuchatel à l’age de 20 ans, est devenue, comme Samuel Becket ou Eugène Ionesco, un grand écrivain de langue française. Elle s’est illustrée avec une trilogie qui commence par Le Grand Cahier, un petit livre étonnant. Un regret : ne pas avoir réussi à la faire venir à St Julien au café littéraire. En remplacement, on avait eu Valérie Petitpierre qui a écrit sa thèse sur la trilogie. Un bon souvenir. »

On ne sort pas indemne du Grand Cahier et on se précipite sur les deux suites qui constituent « la trilogie des jumeaux ». Plus on avance, plus on est embrouillé. L’histoire nous trotte dans la tête des années plus tard. Des petits chapitres de deux ou trois pages. Une écriture sèche à la première personne du pluriel, le nous des deux jumeaux, Klaus et Lukas (anagramme). C’est la guerre, le monde est cruel… Bref lisez-le.

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Mais, on peut faire mieux, le voir au théâtre. Monté par Paula Giusti, une metteuse en scène argentine, élève de Mouchkine, ce roman inoubliable devient un moment d’art dramatique comme on en voit vraiment très peu. Paula a eu l’idée de dédoubler les personnages du roman. Les jumeaux sont joués par deux actrices, les deux grand-mères par deux acteurs. De plus, les jumeaux, dont le lecteur se demande s’ils sont vraiment deux, apparaissent comme des marionnettes actionnées par un troisième acteur.

Ceci semble compliqué mais Paula en a fait une sorte d’opéra très rythmé avec des sons et des pas de danse. Les paires de jumeaux fonctionnent à merveilles, qu’ils parlent ensemble ou séparément, on ne voit pas les ficelles, idem pour les marionettes... On est sous le charme. Du grand art ! Franchement, le plus beau travail de mise en scène que l’on peut voir. Par contre, je ne sais pas où on peut le voir. Pour Divonne, c’est rapé. Il y aura Bienne le 6 décembre, Noisy le Sec le 25 janvier… Je n’ai pas trouvé le site de la troupe. Juste un extrait sur Youtube pour donner une petite idée...