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03/09/2019

Hellébores

220px-Head_Karneades_Glyptothek_Munich.jpgConnaissez-vous Carnéade ?  Il fut nous dit Wikipedia "le plus grand philosophe de la Nouvelle Académie, probabiliste. Il fut le dixième scolarque de l'Académie en 186 av. J.-C." Un homme important donc et qui vécu 90 ans. Il ne connaissait pas l'homéopathie mais il avait un secret.

 

Cathartique, l’hellébore était autrefois utilisée contre les… accès de folie ! © F. Le Driant/FloreAlpes.comSelon Aulu-Gelle, Carnéade se purgeait avec de l'ellébore avant d'écrire contre la doctrine du stoïcien Zénon de Kition.

Nature et vertu de l'ellébore* blanc et de l'ellébore noir : L'académicien Carnéade, avant d'écrire contre la doctrine du stoïcien Zénon, se purgea la partie supérieure du corps avec de l'ellébore blanc, pour que les humeurs corrompues dans son estomac, en remontant jusqu'au siège de l'âme, n'altérassent pas la vigueur et la fermeté de son esprit.

Hellébore noir (Helleborus niger) Schneerose | Phytotheque ...C'est ainsi que ce puissant génie se préparait à combattre les écrits de Zénon. Quand je lus ce trait dans une histoire de la Grèce, avec ces mots ellébore blanc, je cherchai ce que c'était. Alors je trouvai qu'il y a deux espèces d'ellébore, l'un blanc et l'autre noir. Cette différence de couleur ne se rencontre ni dans la graine ni dans la tige, mais seulement dans la racine. L'ellébore blanc*  est un vomitif qui purge l'estomac et la partie supérieure du ventre ; l'ellébore noir*  nettoie le bas-ventre : l'un et l'autre ont la propriété de chasser les humeurs nuisibles, principes des maladies. Il est cependant à craindre qu'avec les principes des maladies, toutes les voies du corps ainsi ouvertes ne laissent échapper les principes de vie : l'homme à qui manquerait le soutien de la substance animale périrait d'épuisement.

« Tous les vivants, humains et animaux, n'ont d'autre règle de conduite que leur intérêt" (Cicéron inspiré de Carnéade dans De la République, III). »

Carnéade avait parait-il une doxographie de la beauté. Il disait "La beauté est une royauté sans gardes du corps". Un sujet de bac pas fastoche.

*Oui hellébore peut s'écrire sans hache.

*Blanc photo 1- le vératre très toxique qui ressemble à la gentiane jaune et a le même habitat.

*Noir photo 2 - On l'appelle aussi rose de Noël. Elle a généralement des fleurs blanche. Voici une version à fleur noire: 

L'hellébore noir en phytothérapie - Therapeutes magazine

 

06/08/2019

Les amants d'Hasanlu

Cette photo de restes humains date de 1972. 

Image associée

Mais les personnages sont bien plus vieux. Les squelettes ont été découverts par l'équipe de Robert Dyson, un archéologue américains sur le site de Teppe Hasanlu situé dans la vallée de Solduz dans  l'Azerbaïdjan occidental en Iran. Leur mort est datée d'environ 800 ans avant Jésus-Christ, lors de la destruction de la citadelle de Teppe Hasanlu. Ils sont probablement morts d'asphyxie.

Certains identifiaient dès les années 70 les squelettes comme étant tous deux de sexe masculin ! HORREUR ! Mais la grande majorité des experts se rejoignaient pour affirmer que celui de gauche était celui d'une femme et celui de droite celui d'un homme. Ouf ! Une vision plus conforme à l'Islam. La morale était sauve.

Mais, mais... Des analyses génétiques modernes entreprises par David Reich à l'université de Harvard confirment hors de tout doute que le squelette de gauche était lui aussi celui d'un homme ! La morale en a pris un sacré coup. 

27/05/2019

Sobriété

Sobriete-heureuse.jpgC'est très clair, il ne suffit pas de mettre un bulletin écolo dans l'urne, la seule solution pour sortir la planète de ses problèmes c'est la sobriété.

Il va falloir enseigner et pratiquer la sobriété et si nécessaire l'imposer de force.

On pourrait prendre exemple sur l'oncle d'Alexandre qui se prénommait Jules : 

C'était un homme de peu de bruit. Il parlait doucement et vivait à voix basse, de la vente de trois cravates qui étaient pendues dans la vitrine de son petit magasin à devanture bordeaux. La plus belle était au milieu, c'était la bleue. Des dessins jaunes, qui avaient le contour d'un œil ou d'une carpe japonaise, enrichissaient ses moires profondes : nous l'appelions la cravate aux yeux d'or. Je l'ai toujours vue là, un peu plus grise chaque année, un peu plus jaune à l'endroit de la tringle ; on ne pouvait pas savoir d'ailleurs s'il valait mieux qu'elle se garde ou se vende : c'était l'honneur de la vitrine. Une fois cette cravate vendue, on n'aurait plus eu goût à rien. Heureusement, elle ne se vendait pas. L'oncle Jules vivait donc de ne pas vendre cette cravate, et ce commerce l'absorbait peu.

Tous les matins, rasé de frais, il descendait au magasin, prenait sur le comptoir un crayon non taillé, faisait semblant de chercher un canif dans sa poche, n'en trouvait pas, posait son index sur son front comme pour y chercher une idée, et disait à sa femme, illuminé soudain : « Garde le magasin une minute, je vais faire tailler le crayon chinois chez Ferdinand... » C'était le voisin, le coiffeur, l'ami sincère. On le voyait entrer à neuf heures du matin, il revenait à la nuit tombante. En passant devant la cravate bleue, il s'arrêtait toujours un peu d'un air flatté : « Cette cravate est vraiment jolie ! », disait-il d'un air connaisseur. « D'où reviens-tu ? » lui demandait ma tante. « Ferdinand n'avait pas de canif », expliquait-il laconiquement. 
(Badonce et les créatures, p.159)

07/02/2019

Exprimer un désaccord

J’aime bien les échelles mais aussi tous les modèles qui cherchent à nous aider à mieux appréhender la réalité. En matière de pyramide on connaît celle des besoins, dite de Maslow, j’en ai parlé jadis.  

Je viens de découvrir sur twitter la Pyramide de Graham (ou pyramide du désaccord) théorisée par Paul Graham en 2008 dans son essai "How to disagree". Elle permet d'illustrer une hiérarchisation de la manière dont on argumente ou dont on débat. Le but étant évidemment de se tirer vers le sommet. On peut trouver un développement en anglais par Paul Graham lui-même ici. J’ai trouvé du Twitter un développement plus court pas Omar El Hamoui. On peut aussi lire l’art de toujours avoir raison.

 

400px-Graham%27s_Hierarchy_of_Disagreement-fr.svg.png

Insulte : c'est le niveau ultime de bassesse en argumentation, et sûrement le plus courant. Et ça peut être de la forme "Espèce de connard" mais également plus élaborée du style "Vous vous complaisez dans votre ignorance et votre incompétence". Mais c'est du même acabit.

Ad hominem : même niveau que l'insulte, l'ad hominem ne réfute rien. On le croise souvent en débat politique : "oui fin normal que tu dises ça vu que t'es de gauche/droite". Ou bien "en même temps c'est Monsanto, donc normal de ne pas faire confiance". Voltaire en était victime.

Attaque sur la forme : là on ne s'intéresse plus à la personne mais à la forme de son argument, et c'est pas forcément mieux. Plutôt que de pointer ce qui est faux, on souligne comment c'est dit, où avec quel ton. Si l'auteur est grossier et ce qu'il dit est vrai, bah on accepte.

Contradiction : là on s'oppose au fond avec du fond, mais sans réfuter ce qu'a dit le contradicteur. Une contradiction peut avoir du sens, mais ne justifie rien. "Vous dites que le glyphosate est cancérigène. Alors que c'est faux, scientifiquement parlant". ne suffit pas. 

Contre-argument : ici on devient un peu plus convaincant. C'est une forme de contradiction mais avec un raisonnement. Sauf qu'ici on sort (ou dévie) souvent du sujet central à chaque contre-argument qui s'oppose et ça donne souvent lieu à un mille-feuille argumentatif. 

Réfutation : là c'est du lourd. Car on va citer un passage spécifique de l'argument contradicteur, qui semble erroné, qu'on tente de réfuter à travers un raisonnement et des preuves. C'est un cas d'argumentation qu'on retrouve rarement car il demande du travail. 

Réfuter le point central : niveau ultime. Si l'objet à réfuter est le point central de l'argumentaire contradicteur, alors on tente ici de réfuter ce point central, en l'explicitant citation à l'appui. "Votre point central semble être X car vous dites «...». Sauf que..."

... et bien évidemment, on use d'un raisonnement, de preuves et également de diplomatie (dans la mesure du possible). 

Un tel classement ne permettra pas forcément un bon débat ou d'avoir tout le temps raison. Un niveau de réfutation au sommet de cette pyramide peut s'avérer faux. La différence est que l'insulte et l'ad hominem seront TOUJOURS mauvais.

Le but est d'identifier le niveau d'argumentation de ce qu'on peut lire ou ce qu'on peut entendre, pour trier entre les bons argumentateurs et les démagogues. Un excellent tribun peut être convaincant, mais peut se contenter d'attaques sur la forme de son opposant ou ad hominem (pas mal d'exemple en ce moment et pas unique chez la France Insoumise). 

En ce sens, on aiguise notre esprit critique en déterminant les formes des arguments qu'on retrouve, souvent sur des sujets polémiques, et ce qui s'apparente à de la malhonnêteté. Par ailleurs, ça nous permet de faire l'effort nous-même d'améliorer nos arguments. Et surtout, ça nous rend moins virulents face à la malhonnêteté. Bien sûr cette dernière peut nous énerver et nous attrister, mais s'efforcer d'être moins méchants (base de la pyramide) nous rend plus heureux et fiers.

Finalement, c'est un outil, comme les armes données par l'ensemble de la communauté sceptique à travers leurs vidéos sur la zététique (et de deux) ou les formations, afin de déceler les biais cognitifs. Le but est de s'en prémunir en sachant qu'ils existent. Sauf qu'ici c'est plus général.

 

11/01/2019

La vie

Peut-on repousser la mort ?

4219%20DESPROGES.jpgJe vais tenter de répondre à cette question dans les notes suivantes mais en attendant voici un texte de Desproges dans un livre dont l’incipit est :

« "Adieu l'âge vert, je suis dans l'âge mûr. Et l'âge mûr, par définition, c'est celui qui précède l'âge pourri."

Après m'avoir ausculté de fond en comble avec minutie, il a dit:

- Pierre, mon vieux... Mon pauvre vieux.

- Je vous en prie, docteur. Soyez franc. Je veux toute la vérité. J'ai besoin de savoir.

- Eh bien, j'ai une mauvaise nouvelle. De toute évidence vous êtes atteint d'une... D'un... D'une maladie à évolution lente, caractérisée par... par une dégénérescence des cellules et...

- Ecoutez. Soyez clair : j'ai un cancer ?

- C'est-à-dire que non. Je ne dis pas cela.

- Vous dites "irréversible". C'est mortel. C'est donc bien un cancer. Parlez-moi franchement. Il... il me reste combien de temps ?

- Eh bien oui. Vos jours sont comptés. A mon avis, dans le meilleur des cas, vous en avez encore pour trente à quarante ans. Maximum.

- Mais si ce n'est pas un cancer, comment s'appelle cette maladie ?

- C'est la vie.

- La vie ? Vous voulez dire que je suis...

- vivant, oui, hélas.

- Mais où est-ce que j'ai pu attraper une pareille saloperie ?

(…)

"Moralement, de très nombreuses personnes parviennent cependant à supporter assez bien la vie en s'agitant pour oublier. C'est ainsi que certains sont champions de course à pied, président de la République, alcooliques ou choeurs de l'armée Rouge. Autant d'occupations qui ne débouchent évidemment sur rien d'autre que sur la mort, mais qui peuvent apporter chez le malade une euphorie passagère, ou même permanente, chez les imbéciles notamment.

- Et vous n'avez pas d'autre médication à me suggérer ?

- Il y a bien la religion : c'est une défense naturelle qui permet à ceux qui la possèdent de supporter relativement bien la vie en s'autosuggérant qu'elle a un sens et qu'ils sont immortels.

- Soyons sérieux...

- Alors, je ne vois plus qu'un remède pour guérir de la vie. C'est le suicide.

- ça fait mal ?

- Non, mais c'est mortel... Voilà, voilà. C'est deux cents francs.

- Deux cents francs ? C'est cher !

- C'est la vie.