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14/02/2012

Chroniques d'Al-Quds

Je commence parfois mes notes géographiques par « il n’a a pas que la Palestine sur la terre. ». Je le fais pour protester contre l’ampleur qu’a prise ce territoire dans les "news of the world". Eh bien figurez-vous que je viens de lire un truc sur la Palestine et que j’ai adoré.

couv-big.jpgC'est cette BD que m’ont passée Inès et Xav qui vient d'avoir un prix à Angoulème. J’avoue que je suis difficile en matière de BD et particulièrement de BD reportage. J’ai aimé Persépolis de Majanne Satrapi, mais il m’est arrivé de penser que parfois le dessin limitait mon imagination. Ce n’a pas été le cas avec ces chroniques de Jérusalem de Guy Delisle.

Guy est canadien. Il s’est fait connaître avec un album intitulé Pyongyang et que je me promets de lire très bientôt. Il est donc parti vivre à Jérusalem pour suivre sa femme en mission pour MSF. Guy arrive avec ses enfants et va loger à Jérusalem Est. Il nous décrit son séjour en Palestine. Les visites des sites historiques, le pays n’en manque pas, s’intercalent avec les petits incidents de la vie quotidienne. Sur la question palestinienne, Guy ne prend pas parti mais le récit et les dessins prennent parti tous seuls.

Ce territoire est un gruyère parsemé de check-points qui créent des embouteillages entre les colonies juives et le zones où vivent les arabes. Les israéliens en prennent pour leur grade mais les arabes ne sont pas épargnés comme dans cette visite de l’université arabe de Jérusalem (Al-Quds le nom arabe de la ville) ou la désorganisation et le manque de sérieux dominent.

Un humour subtil qui, entre autre, montre, sans y toucher, les religions sous leur jour le plus ridicule et absurde. Chrétiens, juifs, musulmans de toutes obédiences, et Di-u sait s’il y en a dans ce coin de terre, sont montrés sous leur jour le plus sinistre. Cela ne m’a pas donné envie de vivre dans un tel lieu sur les décombres de tant de bagarres imbéciles.

Après ça, la phrase de notre président au dîner du CRIF prend un relief particulier : Israël est un miracle. Sur les décombres, cette démocratie est née. C’est un symbole considérable qui va au-delà de ce qu’est ce petit pays par le nombre d’habitants et par le nombre de kilomètres carrés. Israël, c’est un miracle !

On se demande quelle idée il peut bien se faire de la démocratie notre président. Sans doute pas la même que cette fiction rationelle, dont le but est d'assurer la liberté, l'égalité et la paix, déclinée hier soir au café philo de Saint Julien par l'excellent Alain Gentil.

Petite animation de Delisle pour Méline et Lilian:

25/01/2012

Manchot

9782020477819.jpgAndreï Kourkov préside l’union des écrivains ukrainiens bien qu’il écrive en russe. Le pingouin est le roman qui l’a fait connaître dans le monde entier. Le titre original est Пикник на льду Pique-nique sur la glace.

Victor a recueilli Micha un pingouin du Zoo de Kiev qui n’avait plus les moyens d’entretenir ses… manchots. (En fait, on appelle improprement pingouin les manchots empereurs ou pas empereur de l’Antarctique (au sud). Les vrais grands pingouins, eux, ont disparus de l’Artique (au nord bien sûr) au milieu du XIXième et reposent avec les dodos au cimetière des conneries humaines).

Victor et Micha deviennent amis, même si Micha semble souvent triste... Il doit regretter sa banquise (au sud) pense Victor. 

Victor est une écrivain raté, incapable d’écrire de longues histoires. Un jour pourtant, il est contacté par un grand journal qui lui propose un travail bien payé. Il doit écrire des "petites croix", des nécrologies percutantes d'hommes importants. Ces hommes ne sont pas morts, mais on prépare leurs nécrologies afin de ne pas être pris au dépourvu. Victor s’en tire à merveille.

Le malaise s'installe, lorsqu’on apprend que parfois les hommes nécrologisés par Victor meurent, sitôt leur nécrologie écrite. Un homme nommé Micha, vient réclamer à Victor une nécrologie pour son meilleur ennemi. Victor et Micha (pas le pingouin, l’autre) sympathisent. Mais Micha (pas le pingouin, l’autre) va mourir lui aussi et lègue à Victor sa fille Sonia.

Bref, une histoire un peu absurde qui dépeint bien Kiev, les bord du Dniepr en hiver, et la corruption qui règne dans le pays. D’ailleurs, les commanditaires des nécros et les tueurs cachés semblent bien lutter, à leur manière, contre la corruption. On passe un bon moment mais je n’ai pas trouvé le livre à la hauteur de sa réputation. A lire la suite « Les pingouins n’ont jamais froid » qui nous emmène avec Victor en Tchétchénie.

01:06 Publié dans Lecture | Lien permanent | Commentaires (2)

16/01/2012

L'olympe des infortunes

Je ne suis pas un grand lecteur de Yasmina Kadhra que je connais mal. J’étais parti en vacances avec un de ses livres qu’il a publié en 2010, « L’olympe des infortunes ». Joli titre pour une fable philosophique.

L’histoire se passe dans une décharge en bord de mer, on ne sait ni quand, ni où. Un terrain vague peuplé de vagabonds et de laissés-pour-compte ayant choisi de tourner le dos à la société. Des personnages attachant : Ach le borgne, Junior le pas malin,  le Pacha, petit chef tyranique et sa cour de soûlards…

C'est un pays de mirages et de grande solitude où toutes les hontes sont bues comme sont tus les secrets les plus terribles. Ach le Borgne, compose des chansons pas terribles et joue du banjo. Il chante pour Junior qui lui voue une admiration sans limites. Ach explique à Junior la philosophie des Horr. Un horr est un clochard volontaire qui a choisi de vivre en marge de la ville en rejetant toutes ses valeurs : argent, travail, famille. Il refuse même la mendicité. Le Horr se dit libre de toute attache.

 

Soudain débarque un drôle de personnage Ben Adam. Il est l’humanisme incarné. Une figure christique. Une sorte de Bouddha qui a vécu 1000 vies de réincarnation. Il semble venu pour sortir ces SDF de leur conditions, pour provoquer un sursaut dans leur vie. Junior va devenir son disciple ce qui ne plaît pas du tout à Ach qui se sent dépossédé. Du coup, Ach manœuvre pour faire virer Ben Adam du terrain vague. Celui-ci part mais ses idées ont déjà percolées, en particulier dans l’esprit de Ach.

Je ne vous raconte pas la fin. Ce livre est un peu déroutant. Kadhra est très fort. Il écrit dans un style plaisant et surtout il sait à merveille incarner des personnages même si ceux-ci sont un peu atypiques. Je ne me suis pas ennuyé à la lecture de ce petit livre qui fait pensé au voyage d’Anna Blume de Paul Auster ou encore à Siddhârta de Herman Hesse. S’il rivalise avec le premier, il est très loin du second à mon avis. Le conte philosophique est un exercice difficile et celui-ci n’est pas totalement abouti.

22:12 Publié dans Lecture | Lien permanent | Commentaires (1)

28/12/2011

La bataille

 

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Je viens de finir la bataille de Patrick Rambaud, prix Goncourt 97. J’aime beine lire les romans primés avec un peu de retard.

Ce roman de 280 pages transporte le lecteur au cœur de la bataille d’Essling, près de Vienne en 1809 opposant les autrichiens de l'archiduc aux troupes de Napoléon. Rambaud nous raconte la laborieuse construction d’un pont de fortune pour franchir le Danube en crue. Nous vivons l'atmosphère fiévreuse de la bataille.

Un hussard, un voltigeur, de très jeunes colonels, les maréchaux Lannes, Masséna, Berthier ou l'empereur nous font vivre une bataille qui dure deux jours, faite d'attaques et de replis successifs. Les Français attendent de l'approvisionnement et des renforts qui viennent par le pont incertain.

Une écriture très agréable qui nous faire vivre cette bataille parmi les soldats et les officiers. Une tuerie sans merci. En arrière plan, on se retrouve à Vienne qui continue de vivre comme si de rien n’était ou presque. Stendhal, jeune y est installé pendant la bataille, son ami le colonel Lejeune, agent de liaison important de l’empereur et artiste, lui a confié Anna, un jeune autrichienne dont il est amoureux fou.

Ecrit le plus souvent au côté des soldats, La Bataille nous décrit l'absurdité de mourir pour la gloire d’un tyran. Les Autrichiens chargent au nom d'un archiduc pas très affûté. Les viennois sont au théâtre. Un théâtre de 40 mille morts pour rien. Les maréchaux, couverts de gloire ne désirent plus que jouir de leur fortune acquise sur les terrains militaires. Le petit corse ne l'entend pas de cette oreille, il relance la bataille et assiste à la mort de Lannes, vieillard de 40 ans, amputé des deux jambes. Il secoue Massena. On s’y croit et on espère ne pas connaître une telle connerie.

La guerre est faite par des gens qui ne se connaissent pas pour régler les conflits de gens qui se connaissent trop bien mais ne se battent pas, disait Paul Valéry.


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23/08/2011

Question de sens


« Ils veulent étaler leur instruction… et parlent toujours de sujets incompréhensibles! » A. Tchekhov 

 

 

En route pour la Russie, j’avais aussi pris un livre de ce cher Boulgakov. Un recueil de nouvelles intitulé « La locomotive ivre » Des textes un peu inégaux mais qui se passent tous dans le monde absurde de la Russie soviétique. Des nouvelles vécues de l’intérieur donc.


J’ai particulièrement aimé la nouvelle intitulée « Ils veulent étaler leur instruction… » (Table des matières ci-dessous). Elle pose la question de la langue de bois et de la manière de la brûler par des questions sur le vrai sens des mots. Aujourd’hui, il faudrait écrire sur la langue de velours des puissants, des ministères, des publicitaires ou des marqueteux qui nous inventent des formules creuses et douces bien plus sophistiquées que les apparatchiks soviétiques ne savaient le faire.

 

Bonne lecture de la Vendée capitaliste et des valets de chambre de la IIième Internationale. 

 

16:36 Publié dans Lecture | Lien permanent | Commentaires (2)