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22/02/2015

Le grand cœur

Jean Christophe Rufin occupe à l’académie française le fauteuil 28 qu’occupait avant lui Henri Troyat et comme il se doit, il a dû faire son éloge.

AVT_Henri-Troyat_3856.jpegHenri Troyat a écrit plus de cents romans. En lisant le Grand Cœur de Rufin, je me suis souvenu d’avoir lu, il y a longtemps et avec grand plaisir « La lumière des justes ». C'est une grande fresque qui raconte le mouvement décembriste qui vers les années 1825 met en scène les jeunes officiers aristocrates, retour de Vienne et inspirés de la révolution française, aux prises avec le nouveau tsar Nicolas premier. Cette fresque préfigure certains aspects de la révolution d’Octobre qui aura lieu au début du vingtième siècle. La jeune veuve aristocrate aux idées républicaines et son officier amoureux finissent en Sibérie toujours très amoureux. Un bon souvenir de lecture. On en a tiré une série télé. 

Le grand cœur raconte l’histoire de Jacques Cœur  né dans une famille de la moyenne bourgeoisie de Bourges et qui va devenir un membre influent du conseil de Charles VII, le petit roi de Bourges qui grâce à Jeanne d’Arc et quelque bons conseillers comme Jacques va reconquérir le royaume de France et terminer la guerre de 100 ans.

le-grand-coeur,M90951.jpgRomancé, Le Grand Cœur nous dépeint en Jacques un homme profond en avance sur son temps. Il veut tracer un trait sur la guerre de 100 ans et sur cette chevalerie devenue ringarde pour nous embarquer dans les joies du commerce mondialisé (le monde de la Méditerranée, le seul ou presque). Pour Jacques, finies les querelles stériles, tout le monde va commercer avec tout le monde et la prospérité va régner. Il établit des contacts y compris avec les mécréants du Caire qui nous prennent pour des infidèles.

On pourrait presque se croire à l’aube de la révolution française. Ceci est aussi dû à Charles VII. Un personnage retord, rusé, calculateur mais très habile et qui s’appuie sur des bourgeois pour ne pas se faire bouffer par les princes devenus avides après l’avoir aidé à terminer la guerre de 100 ans.

Rufin recrée habillement l’univers de cette première moitié du XVième siécle dans laquelle se termine le moyen âge et débute la renaissance en particulier en Italie, à Florence, à Gènes, à Rome, renaissance qui mettra encore quelque temps à arriver en France et dont Jacques Cœur serait un grand précurseur selon Rufin. La relation avec Agnès Sorel, la dame de Beauté maîtresse du roi, est inventée mais l’auteur la rend très crédible.

Un bon roman agréable à lire. Lisez-le, surtout si vous aimez les biopiques et l’Histoire

17:05 Publié dans Lecture | Lien permanent | Commentaires (3)

17/12/2014

L'homme

Des nouvelles…

Quel goût peut bien avoir la viande d’homme ? 

41VgJgbiItL._SY344_BO1,204,203,200_.jpgDifficile question. Comment savoir? Eh bien, Yves Paccalet, écologiste savoyard, dans son dernier livre Éloge des mangeurs d’homme, nous dit que non seulement l’homme n’est pas fréquentable, mais qu’en plus c’est à peine s’il est comestible. Il nous dit que « La viande humaine a mauvais goût (…) ; avec des relents acides, amers ou putrides. Elle trahit son élevage industriel et son alimentation mal équilibrée. » Elle est « de qualité inférieure (…), sans structure, écœurante et de fumet nauséabond ; du reste, bourrée de chimie pathogène et de pharmacie inquiétante ».

Merci à Yves d’avoir goûté cette abomination pour nous. Cette amertume de l'homme-sandwich est colportée par Eric Chevillard, autre cannibale à ses heures, dans le Monde.

wschod-u-iext25996570.jpgPour compléter ce portrait gustatif peu ragoutant de l'homme, quelques considérations sur l’homme vivant en meute dans les grandes plaines de l'Est (Wschod), mais pas que là-bas...

...nouvelles trouvées dans Courrier International qui s’est entretenu avec  Andrzej Stasiuk, un écrivain, dramaturge et poète polonais :

Ils (les hommes) se ressemblent tous de plus en plus. Ils poussent les mêmes caddies dans des endroits semblables, vers les mêmes rayons. A quelques différences près : à Och, au Kirghizistan, vous ne trouvez pas d’alcool ; au Kazakhstan, vous pouvez acheter des conserves de viande de cheval ou du koumys, du lait de jument, vendu en berlingots ; en Mongolie, vous voyez des étalages entiers de produits de l’entreprise polonaise Urbanek. Des haut-parleurs déversent des annonces publicitaires en russe ; pourtant, pour nous, le russe a toujours été la langue de l’idéologie communiste. Je me balade dans ces endroits de torpeur globalisée, puis je vais dans un bazar pour vérifier si l’humanité est toujours vivante. 

La surabondance d’objets et la surproduction font penser à un désert. La plupart de ces objets deviennent inutiles aussitôt après l’achat et s’accumulent en une gigantesque décharge. Nous produisons du néant pour remplir le monde, nous le comblons avec des restes jetables, nous fabriquons notre propre désert. Bientôt, il n’y aura plus rien pour susciter en nous un sentiment d’attachement, tout sera disponible et indifférent.

La Chine est incroyable car d’un côté il y a la folie capitaliste, et de l’autre, Mao qui vous regarde sur les portraits officiels, les tee-shirts et les billets de banque… (...)

(CI) As-tu découvert la sagesse légendaire de l’Orient ?

(...) tout comme en Asie, je suis un solitaire ici, en Pologne. Je ne cherche pas de compagnie, mais si elle se présente, je l’accepte. Si un gars arrive à cheval, je lui offre de la bière ou du thé. Quand je pars camper, j’essaie de me rendre invisible. Parfois je vais chez quelqu’un et nous parlons de la vie. La sagesse, dis-tu… Probablement. Mais tout le monde aujourd’hui a une télé, même là où il n’y a pas de ligne électrique, il suffit de brancher un générateur, puis ils regardent la télé russe ou CNN par satellite. Alors, bientôt, nous partagerons tous la même sagesse.

04/10/2014

Camilleri

images?q=tbn:ANd9GcTYSxECfkTxqtTbbtrD3af-G0C_x9PGIyiGwhzv4st0oqt0gKM7tgetgTg9Andrea Camilleri aura 90 ans en septembre prochain. Il est né à Porto Empedocle  (la Vigàta de ses romans), dans la province d'Agrigente, en Sicile. Il connaît un énorme succès en Italie et ailleurs, grâce à ses romans mettant en scène le commissaire Montalbano. Ses livres sont entrés dans la collection des « I Meridiani », la « Pléiade » italienne. Avec cette qualité d'écriture on peut dire comme pour Henning Mankell ou Simenon que le roman policier touche à la grande littérature.

Le personnage de Camilleri est aussi truculent que son héros, c'est une homme vraiment simple, plein d'humour et immensément sympathique. Il continue de fumer comme un pompier.Il a fait rire l'Italie avec ses Consigli ai fumatori. Si vous comprenez un peu d'italien, c'est ici.

Cette consécration est étonnante si l’on considère que La langue de Camilleri est vraiment très particulière. C’est de l’italien truffé d’expressions et de syntaxe sicilienne et même d’un patois particulier de Porto Empédocle, une ville de 17'000 habitants qui s’appellera bientôt Porto Empédocle Vigàta en hommage à Camilleri.

A ma connaissance, il y a peu d’exemples d’un tel détournement de la langue. On peut penser à San Antonio et sa langue argotique ou à Michel Tremblay et son joual, l’argot de Montréal, ou encore à Tolkien inventeur de langue. Si vous avez d’autres références, n’hésitez pas à commenter.

la-peur-de-montalbano-59496-250-400.jpgPour comprendre toute l’originalité de la langue de Camilleri il faut lire ce texte de Serge Quadruppani qui est le traducteur de « La paura di Montalbano » et de deux autres romans disponibles en poche poket et en format Kindle.

Il se trouve qu’il y avait un Camilleri en Anglais dans la pension de Sardaigne, c’était une simple traduction en bon anglais et c’était dommage même si, parfois, certains aspects de la version française irrite on peut dire merci à Quadruppani qui rejoint le club des tous grands traducteurs à qui il faudra bien un jour élever une statue. 

Demain je vous parlerai des livres du maître que j’ai lu et de ceux qu’il me reste à lire en italien (cinq euros (cinque é-ou-ro), faut pas se priver.

Pour ceux que ça intéresse, il existe plusieurs questions à Camilleri sur Dailymotion. Il parle de son père de manière trop savoureuse. La verdura fresca, non coltivata... un gusto irrepetible ! Première question, sauter l'intro...


andrea camilleri question 1 par Mairietremblay

08:13 Publié dans Lecture | Lien permanent | Commentaires (2)

03/10/2014

Héros

Pendant mes vacances sardes, je me suis sérieusement penché sur les livres d’Andrea Camilleri en français et en italien.

J’avais commencé par lire le dernier livre de l’islandais Arnaldur Indriðason et le retour de son commissaire Erlendur Sveinsson dans Étranges rivages. Je déconseille, c’est vraiment trop mou du genou, on sent les fonds de tiroir.

arton40150.jpgLe héros récurrent de Camilleri se nomme Salvo Montalbano. Il est dans pas mal de ses polars mais aussi dans des séries télévisées (image).

Il fait désormais parti des grands noms de la littérature policière au même titre qu’Erlendur ou que Kurt Wallander, San Antonio, Simon Templar, Joe Leaphorn et Jim Chee, Jules Maigret, Sherlock Holmes, Fabio Montale… La liste complète est ici.

Montalbano est un personnage truculent qui est commissaire de police de la bourgade imaginaire de Vigàta en Sicile. Il s'exprime dans un mélange d'italien et de sicilien, inimitable. Par exemple, il se présente en disant en italien Montalbano sono, litt. Montalbano, je suis, en mettant le verbe être à la fin de la phrase comme en syntaxe sicilienne. Ses colères, sa boulimie (pour les plats typiques, en particulier les arancini), son amour contrarié avec la Génoise Livia, ses enquêtes sur la mafia et sur les faits sociaux siciliens (drogue, réfugiés, faits divers) ont conquis le public italien.

Montalbano tire son nom de celui de l'auteur espagnol Manuel Vázquez Montalbán, dont Camilleri apprécie le personnage de Pepe Carvalho.

10:41 Publié dans Lecture | Lien permanent | Commentaires (0)

18/04/2014

Gabo

Garcia_Marquez1.jpg

Hommage à Gabriel Garcia Marquez élevé par sa grand-mère, Doña Tranquilina Iguarán Cotes de Márquez, femme de caractère qui trouvait normal l'anormal, qui côtoyait fantômes et prémonitions, et qu'il dépeindra sous les traits d'Ursula Buendía dans ce fameux roman qui commence comme ça :

Bien des années plus tard, face au peloton d'exécution, le colonel Aureliano Buendia devait se rappeler ce lointain après-midi au cours duquel son père l'avait emmené découvrir la glace. Macondo était alors un village de vingt maisons en glaise et en roseaux, construites au bord d'une rivière dont les eaux diaphanes roulaient sur un lit de pierres polies, blanches, énormes comme des oeufs préhistoriques.

Le monde était si récent que beaucoup de choses n'avaient pas encore de nom et pour les mentionner, il fallait les désigner du doigt.

Tous les ans, vers le mois de mars, une famille de Gitans déguenillés plantait sa tente près du village et, dans un grand tintamarre de fifres et de tambourins , faisait connaîre des nouvelles inventions. D’abord ils apportèrent l'aimant. Un gros Gitan à la barbe broussailleuse et aux mains de moineau, qui répondait au nom de Melquiades, fit une truculente démonstration en public de ce que lui-même appelait la huitième merveille du monde des savants alchimistes de Macédoine. Il passa de maison en maison, traînant derrière lui deux gros lingots de métal, et tout le monde fut saisi d’effroi à voir les chaudrons, les poêles, les tenailles et les chaufferettes tomber tout seuls de la place où ils se trouvaient, le bois craquer à cause des clous et des vis qui essayaient désespérément de s'en arracher, et même les objets perdus depuis longtemps apparaissaient là où on les avait le plus cherchés, et se traînaient en débandade turbulente derrière les fers magiques de Melquiades. "Les choses ont une vie bien à elles, clamait le Gitan avec un accent guttural; il faut réveiller leur âme, toute la question est là". José Arcadio Buendia, dont l'imagination débordante allait toujours plus loin que le génie de la Nature, quand ce n'était pas plus loin que les miracles et la magie, pensa qu'il était possible de se servir de cette invention inutile pour extraire l'or des entrailles de la terre.

12:32 Publié dans Lecture | Lien permanent | Commentaires (8)