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04/08/2013

Le lion

  C'est les vacances, alors je vialattise un peu...

alexandre-vialatte_8898465_0.jpgqu'est-ce donc qu'Alexandre essaye de dessiner...

un lapin ?

un kangourou peut-être ?

un chameau ?

ou encore le fameux colin de Virginie

à moins qu'il ne croquasse un Lion :

C’est un vertébré d’un beau roux qui a la couleur du lièvre, avec l’oreille plus courte et la crinière plus forte, et le seul mammifère qui naisse les yeux ouverts. Il marche obliquement et lentement, comme le homard, mais légèrement, et en portant la tête plus haut, ce qui lui confère plus de majesté. Le Dictionnaire de Dupiney de Vorepierre ajoute qu’ « il ne monte pas aux arbres pour attraper le cynocéphale » : on voit par là que les recherches pourront se limiter au sol quand le lion s’échappe des ménageries.


François Marthouret - Lecture - Lion par Alexandre_Vialattess

22:21 Publié dans Vialatte | Lien permanent | Commentaires (1)

02/08/2013

Locoboeuf

A propos de Kaeppelin, Vialatte ajoute:

"On pense souvent à Jérôme Bosch. A cause d’un alliage de l’humain, de l’animal, du zoologique, avec la forme industrielle. Kaeppelin a des brochets bâtis comme des espèces de sous-marins, ou plutôt de contre-torpilleurs, avec des ponts et des coursives. Gris comme du plomb. Mais avec un oeil morne, en je ne sais quoi ; en émail ? en chair ? ou peut-être en bouton de bottine ? Des automates, et une locomotive à tête de boeuf et à cuisses de poulet, qui actionne elle-même ses roues au moyen de bras si grêles quon songe à des pattes daraignée.

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Des bras de faucheux. Et la queue en l’air. Une queue de boeuf finie en pompon, comme un accessoire de tapisserie, une embrasse de rideau, ou quelque bonnet grec sorti d’une comédie de Labiche. En tirant dessus, on amène un tiroir où se trouve une lampe à alcool. On allume, ça chauffe une chaudière. Le boeuf tousse et part droit devant lui.

Une fumée noire lui sort de la cervelle. Par la che­minée. Elle se répand sur le public. Le boeuf s’affole et part en arrière. Puis à droite, puis à gauche. Dans toutes les directions. Il agite ses petits bras qui font tourner les roues. Ses cuisses de poulet ne bougent jamais. Elles sont terminées en tampon. Pour le tender. (C’est le contraire du pédalo, sur lequel les jambes de l’homme s’agitent ridiculement, tandis que le buste reste cérémo­nieux.) La tête demeure majestueuse ; et même stupide ; avec une barbe en cuivre. Et des yeux de monstre mythi­que ; d’ogre congestionné ; de patron de bar alcoolique ; de bistrot de banlieue qui a de la tension. Toute l’assistance est noire de suie.

Sur quoi le boeuf s'arrête, épuisé. Trois soubresauts le secouent encore. Après ça, c'est fini. Il fait un peu pipi. On essuie avec une éponge. Et on continue à regarder.

08:09 Publié dans Vialatte | Lien permanent | Commentaires (1)

31/07/2013

P. Kaeppelin

683250-834593.jpgPhilippe Kaeppelin (1918-2011) était un sculpteur dont les oeuvres majeures se trouvent dans des églises. Il est aussi l'auteur d'oeuvres profanes, en particulier d'un abondant bestiaire.

Il n'a pas sa note sur Wikipedia et c'est bien dommage, mais pas question que je m'y colle, la police de Wiki est bien trop dure avec le modeste contributeur.

L'important, c'est qu'il était un ami de Vialatte qui a donc parlé de lui :

G-02--Small-.jpg« Kaeppelin est sculpteur jusqu’à l’os. Il n’imagine que par volumes. Il ne voit jamais qu’avec ses doigts. Il refait la réalité… La réalité frappe son regard, puis sort de ses doigts, réinventée comme une plaisanterie monstrueuse. Ironique, caricaturale, bouffonne, cocasse et tourmentée. C’est pourtant elle, à n’en pas douter. Poétique, lyrique, compliquée : simplifiée en même temps. Synthétique et charmante. Elle tient du cauchemar, de Daumier, de l’humour noir, et du rire d’enfant. »

Ses corbeaux sont des ph6a00d8341c80d353ef0191025ef354970c-500wiilosophes, ses oiseaux des notaires, des magistrats rêveurs, des conseillers municipaux d’on ne sait quelle province étrangère aux atlas : disons des maires de Poldavie. Des farauds de Sommerland. Cruels et rêvassiers. Parfois même diaboliques. Il fait des femmes à la Max Ernst. Une tout en long, coiffée d’on ne sait quel croissant de lune, de fer de hache, ou plutôt de pertuisane, avec la queue et les ailes pareilles ; et des ergots ; tranchant, féroce ; un vrai malaise."

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EXPOSITION VIALATTE - KAEPPELIN - UN BESTIAIRE... par Alexandre_Vialatte

11:08 Publié dans Vialatte | Lien permanent | Commentaires (2)

30/07/2013

Colin de Virginie

290px-Virginiawachtel_2007-06-16_065.jpgPetit et trapu, le Colin de Virginie (Colinus virginianus), qui mesure de 24 à 27 cm environ, est un oiseau galliforme (comme le poulet de Bresse).

Il appartient à la famille des Odontophoridae. C'est du moins ce que prétend Wikipedia qui ajoute qu'il présente un dimorphisme sexuel. Le mâle a la gorge et des marques blanches tandis que la femelle a une gorge jaune clair, des stries crème à beige clair et des dessins moins contrastés.

Vialatte nous explique qu'il ne doit pas être confondu avec un autre colin plus ichthyomorphe (comme la carpe de la Dombe) dans ce petit texte sympa dit par François Marthouret.


François Marthouret - Lecture - Le colin par Alexandre_Vialatte

10:35 Publié dans Vialatte | Lien permanent | Commentaires (1)

17/04/2013

Myrmécophages

Un grand morceau de la chronique 490 qui nous parle de l’oryctérope mais aussi d’autres myrmécophages. Étymologie: du grec murmêkès, fourmi. Lire la note savante de feu le Gardes Mots sur le mot myrmidon.

(…) Cette chronique a toujours fait le plus grand cas de l’oryctérope et de son caractère rêveur. (…) jamais ici nous ne sommes passés devant lui sans lui tirer l'oreille ou lui flatter le museau. L’oryctérope et le vrai premier homme se sont toujours trouvés au coeur de nos soucis.

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Tamanoir (Myrmecophaga tridactyla)

Pourquoi ? parce qu'ils sont admirables. Et scientifiques. Presque incroyables. Regardez l’homme changer de chaussettes ou faire la queue devant un cinéma de quartier. C’est un spectacle magnifique. Mais que dire de l’oryctérope. « Il faut le prendre tel qu'il est », écrit M. Leloup dans un grand magazine. Il a raison : tel qu‘il n‘est pas, l’oryctérope serait moins beau. Il a un groin de cochon et des pieds de kangourou, des oreilles d‘âne et une mâchoire de crocodile. Sa chair sent la fourmi. Sa nature est timide profondément méditative. I1 mérite 1'amitié de toutes les personnes sensées. Il vit sa vie dans des terriers profonds. Il s‘y livre à des songes informes, des songes d’oryctérope. Il sort au crépuscule et sautille en Afrique du Sud. Dans la forêt. Parmi les ombres. De termitière en termitière. Elles sont dures comme la céramique.

I1 vit de cadavres au fond d‘un noir terrier et grogne quand on le contrarie. Citons aussi tous les myrmécophages qui posent le pied sur le coté, parce qu‘ils marchent les poings fermés, si bien qu‘ils avancent très lentement.

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(Tamandua mexicana)

Ainsi le fourmilier à crinière, appelé aussi tamanoir, qui se sert de sa queue majestueuse comme d'un balai et d‘une ombrelle, d'un parapluie, d‘une ramasse-miettes et le tamandua à queue prenante qu’on dénomme aussi « frère prêcheur » parce qu’à la moindre alarme il ouvre ses deux bras, en position de « Dominus Vobiscum ». Ainsi le fourmilier didactyle ; ainsi le pangolin à grosse queue, qui est doux, qui pousse de faibles cris, qui est myope, pas plus gros qu‘un gros chien et peut traîner, sans ralentir sa marche lente, dix hommes attaches à un câble.

Fourmillier didactiles en haut - Tamanoir en bas     et pangolin à droite

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Tels sont les songeurs myopes qui tuent les fourmilières.

Mais le plus beau est l'oryctérope, parce que nul ne sait d'ou il vient. Il a dû sortir d’un oeuf d'ange. Inclassable. Tombé de la Lune. C‘est la plus grande aventure de Dieu.

Résumons-nous : l’oryctérope fourmille ; et, guidé par un songe informe qu‘il a fait au fond de son terrier, il assassine les fourmilières. Nul ne sait d‘où il vient mais on voit où il va. Craignez ses rêves et sa myopie. Regardez-le, et vous aurez peur. Sa petite tête de lézard géant, son groin de porc et ses oreilles d‘âne ornent d‘effrayants crépuscules.

 

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11:28 Publié dans Vialatte | Lien permanent | Commentaires (2)