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02/09/2018

Gaulois

Ces gaulois  réfractaires, Alexandre en parlait au siècle passé:

Résultat de recherche d'images pour "gaulois macron"29 janvier 1967

« Les Gaulois datent de la plus haute antiquité. Ils existaient déjà à l’époque de César. Ce n’étaient qu’Arvernes et Bituriges, Bellovaques, Eduens, Mandubiens, que sais-je, Allobroges, Atrébates, Eburons, Voconces et Pictons. Il y avait la Gaule chauve et la Gaule chevelue où les guerriers portaient des nattes comme des écolières. La Gaule moustachue était partout. César vainquit par la ruse et le coup bas ces guerriers qui s’entendaient mal et les courba sur la grammaire latine. Il leur apprit le plus gros des verbes déponents. C’est depuis cette pénible époque que le collégien français est nourri dès l’enfance des lois de l’ablatif absolu et de grands gros plats de haricots bien farineux.
Les Gaulois, nous assure Michelet, avaient de grands corps mous et blancs. Ils s’en servaient pour faire des prodiges d’héroïsme. S’enchaînant tous ensemble avec des chaînes de fer, ils chargeaient la mer en furie au moment de la marée montante. Leurs druides cueillaient le gui sur les arbres en chantant la chanson de Roland. Ils enfermaient leurs prisonniers dans de grandes cages d’osier, comme des oiseaux des îles, et les rôtissaient sur le feu. Ils vivaient de saucisson et de cuisseau de marcassin, fabriquaient du vin résiné et buvaient de l’hydromel aux grandes cérémonies. C’est ce qui prouve que le cognac n’était pas inventé. Ils menaient, en un mot, une vie si pittoresque que Goscinny et Uderzo en remplissent des albums entiers, dans lesquels la jeunesse française découvre avec stupéfaction qu’elle ne descend pas des Peaux-Rouges, du shérif et de Davy Crockett, mais d’Astérix, d’Avoranfix, de Vercingétorix et d’Assuranstourix, qu’on vend aussi sous formes de poupées, de statuettes, de gadgets dans tous les magasins. On y voit ces guerriers avec des cheveux de beatniks, une longue lance et un casque à cornes. Pour tenir plus aisément leur lance, ils passent le bras à travers leurs cheveux qui les couvrent comme un manteau. On dirait des pucerons hirsutes, nés de Zazie et du hérisson.

(...)

vercingetorix-gaulois-afad1539-799e-41e4-a834-fccbd22ead71.jpegC’est pourquoi le lancement de l’ouvrage (le Vercingétorix préfacé pas Gosciny) a été fêté en pleine Lutèce, dans un décor irréprochablement arverne. Un vrai Gaulois servait des truites au bout de sa lance et le sanglier au creux de son immense bouclier. Ses moustaches trempaient dans la sauce, ses nattes balayaient les hors-d’œuvre. L’hydromel était sans défaut. Faute de crânes d’ennemis morts, on le buvait dans des verres, qui sont encore bien plus pratiques. Il y avait là Uderzo, Goscinny, les plus belles poétesses de Gaule, les critiques les plus impartiaux, deux Mandubiens et trois Nitrobroges."

12:26 Publié dans Blog, Vialatte | Lien permanent | Commentaires (0)

30/06/2018

L'été

QUIZ_Au-soleil-soleil_2983.jpeg... l'été sévit.

Le soleil tombe d'aplomb.

Le ruisseau tarit, la vipère se dessèche.

Le porc-épic rôde autour des campings, avide de sel pour fixer l'eau dans le sang. Il ronge les selles, les mocassins, les manches de pioche, tout ce qu'imprègne la sueur humaine, qui est riche en chlorure de sodium.

Aux terrasses des cafés, on voit des hommes superbes, gras et massifs, les cheveux coupés en brosse, la chemise ouverte sur la poitrine, boire sans fin des demis de bière dorée que leur apportent incessamment, sur des plateaux qui passent en l'air au-dessus des têtes, des garçons surveillés par le maître d'hôtel qui a une tête de grand éditeur.

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Les brasseurs édifient des fortunes incroyables. Ils ne voyagent plus qu'en première dans le métro. Leurs enfants, gâtés par l'argent, prennent des habitudes désastreuses. Ils se suicident du haut du rocher de Monaco. La mer les jette sur le rivage à marée haute et les remporte à marée basse. La lune brille sur les vagues sinistres comme dans un poème de Hugo.

C’est pourquoi l'homme part en vacances à la recherche de la fraîcheur.

Les vacances datent de la plus haute antiquité. Elles se composent régulièrement de pluies fines coupées d'orages plus importants. Ils attaquent à la mitraillette. La foudre tombe sur le clocher du village ; elle enflamme les toits de chaume, elle affole les taureaux qui se répandent dans les rues et chargent les hôtels où ils se prennent souvent dans le tambour de la porte, ce qui empêche tous les clients de sortir. Les clients sont furieux, on retarde le dîner. La flamme, les fauves, les portiers hébétés, le vieux berger foudroyé sous un chêne composent un tableau shakespearien.

Il arrive même parfois qu’il ne pleuve pas du tout. On aime citer sur les côtes de la Manche, le cas fameux de M. Mac Corner qui, venu d’Édimbourg par gros temps. mourut d`insolation sur la plage de ses rêves. Le syndicat d`initiative reconnaissant lui fit élever une statue de bronze au moyen d`une taxe spéciale.

Ce monument enseigne au touriste sceptique qu`il peut faire beau même pendant les vacances et au touriste raisonnable que la chose n'est pas à souhaiter. Il représente M. Mac Corner presque nu, coiffé dune casquette plate, armé d'une vaine ombrelle et entouré d'un jupon de bronze qui rappelle son pays natal. Il est étendu sur le sable. À côté de lui. sa valise en fibrine répand des produits écossais ; un médecin en jaquette, accroupi soucieusement, agite sans résultat une grande serviette éponge. Sur le socle un bas-relief de marbre représente d'un côté La défaite d'Esculape et de l'autre Le triomphe du soleil.

La Montagne, 19 juillet 1966.

 

10:41 Publié dans Vialatte | Lien permanent | Commentaires (3)

26/10/2017

Square

L’homme ne vit réellement sa vie que dans la paix végétale des squares municipaux, devant le canard de Barbarie.

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L’eau est noire sous les frondaisons, lisse comme une dalle, pailletée de feuilles jaunes et de plumes de cygne.

nuxia_verticillata_4sb1_reference.jpgDes troncs horizontaux la frôlent, qui ont des ondulations de serpent, des peaux craquelées de vieil éléphant, des formes animales, des enlacements de boas, parfois des reptations qui les font glisser sur les eaux comme des couleuvres gigantesques.
On ne sait si la tête du canard à col vert, quand il traverse une zone ensoleillée, est une émeraude ou un saphir. Son crâne étroit surmonte des yeux étranges. Il a des pattes en plastique orangé.

 

cygne-tubercule-3.jpgLe cygne, idiot et sévère tant qu’il tient son cou raide au-dessus de sa masse neigeuse, ressemble à un manche de parapluie acrimonieux. Il glisse en faisant des V sur l’eau.
Dans les ténèbres végétales, de l’autre côté de la vasque, un pull-over d’un rouge éclatant brille comme une fleur de forêt vierge, une de ces fleurs indiennes qui éclosent tous les cent ans.


(La Montagne – 29 septembre 1964)

11:28 Publié dans Vialatte | Lien permanent | Commentaires (1)

09/11/2016

Novembre

stormy-day-illustration-id594453310?s=170667aNovembre déroule ses bourrasques de pluie poussées par un vent du nord très froid que Météo France s'obstine à nous faire venir du nord-ouest. Un vent froid vient du nord, point. Chez nous c'est la bise, si le ciel est noir, c'est la bise noire, s'il pleut en plus c'est le mois de novembre.

Commencé par les saints puis suivis des morts, il continue par l'armistice de la grande guerre le 11 et par la mort du général de Gaulle le 22. Non, Brassens a eu le bon goût de mourir en octobre, j'ai vérifié. S'il avait été sûr d'éviter novembre, nul doute qu'il en aurait fait un addendum à Supplique.

On aurait pu penser que ce mois propice à la déprime nous débarrasserait du grand cornac, de l'éléphant et de sa trompe. Il n'en sera rien hélas.

On peut encore espérer qu'il nous soulagera du petit Naboléon, l'ex-président à talonnette, avant la fin du mois. Hier, sur la base des sondages, j'aurais dit oui, ce matin je n'en suis plus très sûr. J'ai comme un coup de blues. Si ça se trouve, il va se déclarer contre l'élite, pour la défense des petits fonctionnaires et le revoilou à la fin du mois, comme un sou neuf, prêt pour deux ou trois mandats de plus avec Hollande quasi seul pour lui faire barrage de son corps. La poisse !

Pour nous consoler, rien de tel qu'un plat chaud. Je vous propose de revenir à une recette sûre, l'omelette de novembre aux champignons selon Vialatte :

1658301-la-tele-des-inconnus-les-sketchs-les-plus-vus-sur-internet.jpgPour faire l'omelette aux champignons, achetez une grande maison rustique exposée aux vents de la tempête, rassemblez les chasseurs dans la cuisine obscure, immense, dallée et tournée vers le nord, sur deux bancs de chêne autour d'une table pesante (on en trouve chez les antiquaires entre mille et quinze cents francs). Éclairez avec une chandelle afin de dramatiser les ombres et posez sur la table une bouteille de vin noir. Le premier chasseur est barbu, le deuxième édenté, le troisième longiforme, le quatrième a des sourcils terribles, le cinquième sait chanter O Sole mio, le sixième a l'air assez idiot mais il n'en est pas moins vorace ; le septième ressemble à Fernandel, le huitième à une tête de mule, le neuvième au troisième, le dixième au premier, et le onzième à tous les autres ; les autres à des figurants. Allumez un grand feu de sarments, mélangez dans la poêle la trompette de la mort, l'oreille d'ours et la tête-de-nègre et versez dessus des œufs battus dans un saladier à fleurettes. Servez très chaud tant que l'omelette bave encore. Faites circuler ensuite de grands bols de faïence, des aiguières de vermeil ou des cuvettes d'émail dans lesquels vous aurez dissous à l'eau bouillante deux grosses cuillerées de savon noir acidulées d'un jus de citron, pour permettre aux chasseurs de nettoyer leur barbe. On peut aussi se servir d'écuelles en plastique bleu. Tremper la barbe par trois fois, gratter le jaune d'œuf coagulé, tordre et rincer dans une eau claire, éponger soigneusement avec un chiffon sec.


Desservez, après, d'un seul coup. D'un revers de bras. Jetez sur la table les perdreaux, les cerfs, les faisans, la bécasse, les sangliers, le hérisson. Réservez l'ennemi de la famille. Ajoutez du lard et du poivre. Deux truffes, sel, thym, laurier, trois bouteilles d'armagnac. Hachez menu. Cuisez au four dans des pots de terre. Mettez ce qui reste en saucisson. Profitez du temps de la cuisson pour enterrer rapidement dans le jardin, sous le lilas, l'ennemi de la famille. Pendez ensuite les saucissons aux poutres et mettez les pots sur l'armoire en plaçant les plus grands derrière, ils seront plus faciles à compter. Si par hasard vous avez oublié de réserver l'ennemi de la famille en jetant le gibier sur la table, ne recommencez pas à zéro, mais faites pour lui une petite prière quand vous mangerez les saucissons.

N'oubliez surtout pas que beaucoup de champignons sont vénéneux et que vous risquez d'empoisonner un invité par imprudence. Essayez-les sur un cousin pauvre avant de servir. Il y a toujours dans les immenses maisons de province un cousin pauvre qui est resté sur votre insistance hypocrite, à la suite d'un banquet de baptême, parce qu'il ne sait jamais dire non, et qui loge au grenier dans la chambre de bonne. Il aime rendre de petits services. Il se fera une vraie joie de goûter aux champignons.

Tels sont les plaisirs de novembre.

Almanach des quatre saisons, p.180-181

17:30 Publié dans Blog, Vialatte | Lien permanent | Commentaires (3)

18/06/2016

Actualité

« L’homme descend du songe » a écrit Antoine Blondin. Face à l’inconsistance du monde et à la souffrance qui en résulte il existe, selon moi, deux manières de se soigner qui sont apparemment antinomiques : La pleine conscience et la fiction.

pleine%20conscience.jpg.pngLa pleine conscience est inspirée du bouddhisme et consiste à vivre à fond l’instant présent en chassant toutes ces pensées parasites qui nous éloignent de l’instant présent. Il faut donc se concentrer sur ce que l’on est en train de faire, sur sa respiration par exemple car la respiration est un minimum que l’on ne peut pas arrêter très longtemps sans risque sévère.

Attention ne pas confondre l'instant présent et l'actualité. Voir plus loin.

S%C3%A9lim-Niederhoffer-f%C3%AAte-de-la-musique-alcool.jpgLa fiction au contraire consiste à imaginer des mondes différents, donc à laisser la place aux songes. On en oublie pas de respirer mais on peut oublier qu’on respire ou aussi que l’on a mal quelque part. On peut en imaginer soi-même ou profiter des poètes, des écrivains, des cinéastes...

Ces deux approches ne sont pas forcément incompatibles.

Mais qu'en est-t-il de l’actualité telle que la délivre les journaux ou pire, les télés telles BFMtv, iTélé voire les réseaux sociaux… L’actualité n’a rien à voir avec l’instant présent c’est juste l’écume des choses, le dernier vice qui reste à l’homme moderne confronté au vide de son existence. D'ailleurs, l'actualité existe-t-elle ? Vialatte se posait la question :

L’actualité existe-t-elle ? Elle est du jour et elle meurt à peine née. Sa nature est d’être éphémère. Son caractère est de passer vite. Son essence est d’être inactuelle dans la minute même qui la suit. Rien de plus arbitraire également : elle est composée de faits triés par les journaux. Sans eux elle n’existerait pas. Et les journaux ne peuvent rendre compte, pour cent raisons, que d’une partie infinitésimale de tout ce qui arrive : ils ont laissé passer (quel oubli !) la ...naissance de Napoléon.

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L’actualité la plus répandue est celle dont ils parlent le moins : le solstice, la neige, la Saint-Sylvestre, les saisons, la première fleur, la dernière feuille. Où est le journal qui parle de l’aube ? L’aube, suprême curiosité de l’homme. Car, cela ils l’ont compris (la Bible aussi, relisez la Genèse, relisez l’histoire du pommier), l’homme vit surtout de curiosité. C’est le dernier vice qui lui reste. Toutes ses curiosités sont blasées, il garde celles de son décor. Il a vu le jour. Il ne cesse de vouloir le revoir. Au bout du compte l’homme de la grande actualité, ce n’est peut-être pas le journaliste, mais le poète. Son actualité ne se fane pas.

(...)On voit par là que l'actualité est faite du songe des hommes. Ils durent peu  mais le songe leur survit. Leurs songes les enterre un par un. L'actualité se compose de morts plus que de vivants. (...)

(Chronique des longues actualités – La Montagne – 11 décembre 1962)