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07/10/2018

Châteaux

1200px-Chateau_de_Landreville_-_Mai_2007_-_facade_sud-ouest_-_piccola.jpgVialatte connaissait bien la vie de château au moyen-âge. Après avoir vanté les avantage de vivre dans un châteac : beaucoup de place, panorama sans fin, potager immense, une cheminée pour se chauffer les pieds en écoutant les ménestrels etc...

En quelques lignes il en récapitule les inconvénients qui feraient regretter son HLM. 

Tout n'y était pas également rose: il fallait rendre la justice, attendrir la viande du faucon, tuer Jean sans Peur, faire chauffer l'huile bouillante pour arroser les assaillants, nounir les perroquets, réparer les échelles, se coiffer de plumes d'autruche certains jours de tournoi, manger du cygne (qui est très dur), et faire taire les grenouilles qui criaient dans les douves, souvent même boire avec excès. Les armures, par temps de pluie, se rouillaient sur le corps. Leurs articulations grippaient. Il fallait les ouvrir avec des tournevis, des leviers, des coins, des clefs anglaises. Dans des endroits mal éclairés, par des vitraux de couleur foncée, rares et peu efficaces dans ces murs de trois mètres. Si bien qu'une grande partie du temps les hommes les plus considérables vivaient, dans un jour glauque, comme dans un aquarium, une espèce de vie de poissons rouges, ornés, par leurs vêtements de l'époque, de nageoires, de crêtes d'urodèles, de queues de lézard, d'oreilles de caniche, d'uniformes de batracien. Ces ténèbres du Moyen Âge ne permettaient que de vivre à tâtons. Ce fut ainsi que le roi Dagobert fut amené par I'obscurité à mettre sa culotte à l'envers. Sans le grand saint Éloi, qui veillait à toute chose, il se fût couvert de ridicule.

La Montagne, 29 octobre 1963

08:17 Publié dans Vialatte | Lien permanent | Commentaires (2)

14/09/2018

Le point

11.05.28.Chaval-questions-lune.jpgChaval bien sûr !

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Ce blog est intitulé "Dernières Nouvelles de l'Homme en hommage à Vialatte. Alexandre fait le point de notre situation dans Les Champignons du détroit de Behring.

 

LA SITUATION

Tout homme habite une île déserte, et les bateaux n'y passent qu'à l'horizon. L'homme meurt seul, ayant vécu seul. Son dernier mot, c'est la solitude. Car rien n'est plus semblable à l'homme qu'un autre homme, mais rien n'en est plus différent. Et c'est pourquoi Henri Pourrat prêche l'amitié, les chrétiens préconisent l'amour et les républicains chantent la fraternité. C'est pourquoi les célibataires ont imaginé le mariage, qui est une idée de célibataire. C'est pourquoi le sous-préfet invite les fonctionnaires à danser parmi les plantes vertes avec des dames aux épaules nues. C'est pourquoi les messieurs se laissent pousser la moustache, pour chatouiller l'oreille des dames quand ils leur font des confidences (la moustache est un trait d'union). C'est pourquoi on ne peut plus circuler dans Paris. C'est pourquoi tout, ou presque tout. [...].
Les portes de la solitude sont des portes monumentales. Il y en a une à Ghardaïa, en plein désert. C'est une flèche ripolinée. Avec cette inscription parfaite : "Ghardaïa, trois kilomètres, Tombouctou, cinq mille kilomètres". Ca dit très bien ce que ça veut dire. On ne saurait mieux s'exprimer. Il y en a une autre à Font-d'Hurle (c'est un haut plateau, dans les Vercors); elle est en bois, à claire-voie, longue, basse, encastrée dans rien. Il n'y a rien à droite, rien à gauche, pas un mur, pas un fil de fer, rien par-devant, rien par-derrière, si loin que s'étende la vue; seulement cette inscription grandiose : "Prière aux visiteurs de refermer derrière eux". On ne saurait mieux dire à l'homme que, d'où qu'il vienne et où qu'il aille, il ne peut jamais ouvrir ou fermer que sur soi. [...].
On y trouve la Solitude. Le solitaire la personnifie. Le solitaire vit seul au sommet des montagnes, en présence de Dieu et de quelque coquille d’œuf oublié par le prédécesseur (car il est peu de solitudes inviolées où la main de l'homme n'ait déjà posé culotte). Il connaît le nom des étoiles, vit des restes du repas de midi et se retrouve en suivant les fleuves. Il mange dans une cuvette d'émail, qui lui sert à des tas d'autres choses, des nouilles mal cuites et du mouton qui sent le bouc; son chien la nettoie d'un coup de langue. C'est un homme extraordinaire. Il mouille son doigt pour savoir d'où vient le vent.

Vialatte inLes Champignons du détroit de Behring

06:08 Publié dans Vialatte | Lien permanent | Commentaires (0)

12/09/2018

Vistemboire 2

Inutile de me redemander la définition du vistemboire, je l'ai déjà donnée en novembre 2012. 

Bon, OK. Pour les fainéants qui n'ont pas la force de cliquer, je réitère.

D'abord, le texte de Vialatte :

Dans le domaine de la littérature, nous nous devons de signaler l'apparition du vistemboire et du gnagna. Je dis bien vistemboire avec un e muet. Jacques Perret l'écrit autrement. Tant pis pour lui, c'est lui qui se trompe. («Vistemboires que tout cela», écrit Mme de Sévigné.) Et Furetière, dans "Le Roman bourgeois": «Je vous paierai à la Saint-Vistemboire.» Le "Petit Chosier", de Duhamont et Patrouillot, donne encore vistemboir, sans e, en 1674, mais le "Chosier universel" de Fromagnol dit que cette forme a vielli: même dans Corneille on ne la trouve pas. [...] Mais n'en faisons pas une maladie. On trouvera le vistemboire dans "Le Machin", de Jacques Perret (où trouverait-on un vistemboire si ce n'était dans un "machin"?), et je n'en dirai pas davantage.

hache%20de%20guerre.jpg J’ai regardé dans l’Alain Rey, ma bible, et... pas de vistemboire. Donc, je me dois de vous donner l’étymologie du mot. Cela viendrait du burgonde ou peut-être du goth (ostro ou wisi, allez savoir) wistenbach (pronocez vistembarre) qui désigne une hache à deux tranchants. Les burgondes (j’en ai déjà parlé ici)  et entre autre leur roi Gondebaud avaient coutume de dire « Si tu te calmes pas vite fait, je te coupe le machin avec mon wistembach. » Madame de Sévigné qui connaissait bien les burgondes en avait sans doute entendu parler.

Quant à Jacques Perret... Cherchez le Machin

Le Machin

Collection Blanche, Gallimard
Parution : 03-03-1955

06:11 Publié dans Mots, Vialatte | Lien permanent | Commentaires (0)

02/09/2018

Gaulois

Ces gaulois  réfractaires, Alexandre en parlait au siècle passé:

Résultat de recherche d'images pour "gaulois macron"29 janvier 1967

« Les Gaulois datent de la plus haute antiquité. Ils existaient déjà à l’époque de César. Ce n’étaient qu’Arvernes et Bituriges, Bellovaques, Eduens, Mandubiens, que sais-je, Allobroges, Atrébates, Eburons, Voconces et Pictons. Il y avait la Gaule chauve et la Gaule chevelue où les guerriers portaient des nattes comme des écolières. La Gaule moustachue était partout. César vainquit par la ruse et le coup bas ces guerriers qui s’entendaient mal et les courba sur la grammaire latine. Il leur apprit le plus gros des verbes déponents. C’est depuis cette pénible époque que le collégien français est nourri dès l’enfance des lois de l’ablatif absolu et de grands gros plats de haricots bien farineux.
Les Gaulois, nous assure Michelet, avaient de grands corps mous et blancs. Ils s’en servaient pour faire des prodiges d’héroïsme. S’enchaînant tous ensemble avec des chaînes de fer, ils chargeaient la mer en furie au moment de la marée montante. Leurs druides cueillaient le gui sur les arbres en chantant la chanson de Roland. Ils enfermaient leurs prisonniers dans de grandes cages d’osier, comme des oiseaux des îles, et les rôtissaient sur le feu. Ils vivaient de saucisson et de cuisseau de marcassin, fabriquaient du vin résiné et buvaient de l’hydromel aux grandes cérémonies. C’est ce qui prouve que le cognac n’était pas inventé. Ils menaient, en un mot, une vie si pittoresque que Goscinny et Uderzo en remplissent des albums entiers, dans lesquels la jeunesse française découvre avec stupéfaction qu’elle ne descend pas des Peaux-Rouges, du shérif et de Davy Crockett, mais d’Astérix, d’Avoranfix, de Vercingétorix et d’Assuranstourix, qu’on vend aussi sous formes de poupées, de statuettes, de gadgets dans tous les magasins. On y voit ces guerriers avec des cheveux de beatniks, une longue lance et un casque à cornes. Pour tenir plus aisément leur lance, ils passent le bras à travers leurs cheveux qui les couvrent comme un manteau. On dirait des pucerons hirsutes, nés de Zazie et du hérisson.

(...)

vercingetorix-gaulois-afad1539-799e-41e4-a834-fccbd22ead71.jpegC’est pourquoi le lancement de l’ouvrage (le Vercingétorix préfacé pas Gosciny) a été fêté en pleine Lutèce, dans un décor irréprochablement arverne. Un vrai Gaulois servait des truites au bout de sa lance et le sanglier au creux de son immense bouclier. Ses moustaches trempaient dans la sauce, ses nattes balayaient les hors-d’œuvre. L’hydromel était sans défaut. Faute de crânes d’ennemis morts, on le buvait dans des verres, qui sont encore bien plus pratiques. Il y avait là Uderzo, Goscinny, les plus belles poétesses de Gaule, les critiques les plus impartiaux, deux Mandubiens et trois Nitrobroges."

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30/06/2018

L'été

QUIZ_Au-soleil-soleil_2983.jpeg... l'été sévit.

Le soleil tombe d'aplomb.

Le ruisseau tarit, la vipère se dessèche.

Le porc-épic rôde autour des campings, avide de sel pour fixer l'eau dans le sang. Il ronge les selles, les mocassins, les manches de pioche, tout ce qu'imprègne la sueur humaine, qui est riche en chlorure de sodium.

Aux terrasses des cafés, on voit des hommes superbes, gras et massifs, les cheveux coupés en brosse, la chemise ouverte sur la poitrine, boire sans fin des demis de bière dorée que leur apportent incessamment, sur des plateaux qui passent en l'air au-dessus des têtes, des garçons surveillés par le maître d'hôtel qui a une tête de grand éditeur.

le-brasseur-du-mont-saleve-mickael-novo-age-de-37-ans-a-cree-sa-micro-brasserie-a-l-ete-2010-chaque-ete-il-explore-de-nouvelles-recettes-inedites-cette-annee-la-biere-ephemere-de-la-brasserie-du-mont-saleve-est-la-oyster-beer-une-biere-noire-brassee-avec-des-huitres-elevees-dans-les-parcs-de-l-ile-d-oleron-photo-dl-v-b-g-1508313090.jpg

Les brasseurs édifient des fortunes incroyables. Ils ne voyagent plus qu'en première dans le métro. Leurs enfants, gâtés par l'argent, prennent des habitudes désastreuses. Ils se suicident du haut du rocher de Monaco. La mer les jette sur le rivage à marée haute et les remporte à marée basse. La lune brille sur les vagues sinistres comme dans un poème de Hugo.

C’est pourquoi l'homme part en vacances à la recherche de la fraîcheur.

Les vacances datent de la plus haute antiquité. Elles se composent régulièrement de pluies fines coupées d'orages plus importants. Ils attaquent à la mitraillette. La foudre tombe sur le clocher du village ; elle enflamme les toits de chaume, elle affole les taureaux qui se répandent dans les rues et chargent les hôtels où ils se prennent souvent dans le tambour de la porte, ce qui empêche tous les clients de sortir. Les clients sont furieux, on retarde le dîner. La flamme, les fauves, les portiers hébétés, le vieux berger foudroyé sous un chêne composent un tableau shakespearien.

Il arrive même parfois qu’il ne pleuve pas du tout. On aime citer sur les côtes de la Manche, le cas fameux de M. Mac Corner qui, venu d’Édimbourg par gros temps. mourut d`insolation sur la plage de ses rêves. Le syndicat d`initiative reconnaissant lui fit élever une statue de bronze au moyen d`une taxe spéciale.

Ce monument enseigne au touriste sceptique qu`il peut faire beau même pendant les vacances et au touriste raisonnable que la chose n'est pas à souhaiter. Il représente M. Mac Corner presque nu, coiffé dune casquette plate, armé d'une vaine ombrelle et entouré d'un jupon de bronze qui rappelle son pays natal. Il est étendu sur le sable. À côté de lui. sa valise en fibrine répand des produits écossais ; un médecin en jaquette, accroupi soucieusement, agite sans résultat une grande serviette éponge. Sur le socle un bas-relief de marbre représente d'un côté La défaite d'Esculape et de l'autre Le triomphe du soleil.

La Montagne, 19 juillet 1966.

 

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