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11/08/2015

Août

Un petit texte du grand Alexandre pour le mois d'août

La Montagne – 22 août 1961

Tels sont les plaisirs du mois d’août, l’un des mois les plus nécessaires à la géoponie française (géoponie est dans le dictionnaire, vous n’avez qu’à le chercher vous-même*) parce que la chaleur étouffante procure au moissonneur les grosses transpirations qui lui sont tellement nécessaires pour éliminer rapidement les immenses quantités de boisson que la température l’oblige à absorber dans cette période de gros travaux.


Les Romains le célébraient en faisant mille folies, fêtaient Bacchus et tuaient des chiens pour les punir de n’avoir pas aboyé quand les Gaulois avaient assiégé le Capitole. Ils allaient jusqu’à couronner une tête de cheval noir de petits pains.

Aujourd’hui, on mange les petits pains, on se réfugie dans sa baignoire, on visite les expositions. L’homme s’agite, la femme se démène. Elle brille sur les plages à la mode d’un éclat emprunté au masque à la tomate et à la brosse conique qui rend le bouffant des cheveux. Le cheveu lui-même est nourri de « crèmes coiffantes » ; on ne voit plus que « nus améliorés » ; bref la vieillesse est devenue un mythe, je dirai même l’un des pires témoignages d’une mauvaise éducation.

Ensuite il nous fait part de la difficulté de nourrir le porc normand qui a de trop grandes oreilles et ne peut pas voir ce qu'il mange. Du coup, ils gémit et pleure ce qui est mauvais pour son engraissement...

* Comme je suis sympa, je vous mâche le boulot. Ne googlisez pas géoponie, c' est un terme savant pour agriculture. Du grec Gé la terre et poneis travailler. Nos paysans font tous de la géoponie sans le savoir.

Pensée de Jacques Siberfeld, un copain Vialatte :

Les crocodiles vivent cent ans ; les roses trois jours. Et pourtant, on offre des roses.

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11/04/2015

Faune

tigre-du-mazandaran.jpgPour amuser le peuple, les empereurs romains avaient inventé les jeux du cirque. C’était moins perfectionné que les tirages et grattages de la Française des Jeux, cela rapportait moins au trésor public, mais c’était assez distrayant.

Pourrait-on refaire ces jeux ? Et bien non. Les lions de l’Atlas ont disparus. Le dernier spécimen sauvage fut vraisemblablement abattu en 1942 à Taddert. L’auroch aussi. Le dernier aurochs vivant connu, une femelle, est morte en 1627 dans la forêt de Jaktorów, en Pologne. Plus non plus de tigres de la Caspienne, la dernière trace a été vue en 1972.

auroch-1-philippe-wall-cg79.jpgBien sûr la race des vrais gladiateurs a aussi disparu. On ne peut pas appelé gladiateurs les derniers survivants de Koh-Lanta à l’estomac si fragile.

J’ai conscience que l'annonce de ces disparitions est bien triste.

Heureusement il nous reste pour nous distraire le canard madarin et colin de Virginie : Le colin de Virginie est une sorte de huppe. Affectueux de nature, fidèle et monogame, il bavarde dès sa naissance, vole les grains de blé, jacasse, remue, ne tient pas en place, marche les mains derrière le dos, crie à  tue-tête et jure en mexicain. C’est ce qui le distingue nettement du colin mayonnaise (d’ailleurs plus lourd, plus taciturne, qui ne vole pas les grains de blé et ignore l’espagnol). C'est du moins ce que nous dit Vialatte.

01/04/2015

Avril

Piqué sur le Facebook des amis de Vialatte, deux textes du maître publiés par Maurits Van Overbeke:

N’OUBLIONS PAS LE POISSON D’AVRIL

L'homme, autrefois, s'intéressait à l'homme. Il se passionnait pour son voisin. Il l'étudiait à fond, il connaissait ses vices, son casier judiciaire et son état de fortune. Il lui prêtait de l'argent à 80%. Il lui écrivait des lettres anonymes. Il l'y accusait d'avoir tué son vieux père pour lui voler un saucisson pur porc. Et d'être trompé par sa femme. Il lui accrochait dans le dos un poisson en papier : c'était la loi du Ier avril. Aujourd'hui, c'est l'indifférence : on laisse traîner un garagiste accidenté par une auto pendant huit heures dans un fossé plein d'escargots ; on n'accroche plus de poisson en papier peint aux basques de son chef de bureau. Bref, il semble que l'homme ait perdu tout esprit, tout altruisme et toute initiative.

La Montagne, 20 mars 1963.

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L’HOMME D’AVRIL

Le soleil va entrer dans le signe du Taureau. C'est le moment où sont nés Rome, Hitler et Henry de Montherlant. C'est le mois où mourut le chevalier Bayard, c'est le mois où l'homme inventa le phonographe. L'homme, sujet de toutes nos études et de toutes nos préoccupations, l'homme, l'enfant chéri de cette chronique. 
Que fait-il en avril ? Il plante la griffe d'asperge, il récolte l'oseille, il protège l'espalier avec des paillassons. Mais encore ? Il les change de place, il les enlève, il les remet mieux. Il s'évertue, il se démène, il sème la lupuline, il fume les vieux houblons. En un mot, il fait le diable à quatre. La poule pond des œufs de Pâques. Le lièvre en fait autant. Du moins en Alsace et en Allemagne. La femme se livre aux nettoyages de printemps. Elle passe ses ongles à la « super-base », qui supprimera leurs peaux, à l'huile séchante, qui complétera le travail, et à la « laque fixante » qui protégera le vernis; enfin à la « crème abricot » qui stimule la croissance des griffes. Le printemps est là. L'agneau bondit près de sa mère et le poulain pur-sang près de la jument pursane. Les épinards sont magnifiques ; et l'homme s'apprête, par les jeûnes du Carême, à célébrer la fête de Pâques dans les humbles dispositions qui conviennent au peu qu'il est : il mange la morue de brandade, il s’excite à s’améliorer. Bientôt, pourtant, il retombe dans l’ornière.

 

Qu’il y croupisse ! Nous n’attendions pas mieux de cet animal mou.

 

 

 

Chronique des grands micmacs, p.169-170.

 

25/03/2015

Paroles

Chronique de la parole et parfois de la pensée

La parole date de la plus haute antiquité. Qui ne se rappelle les tournois d’éloquence des grecs et des troyens devant le mur de Troie ? Les guerriers de toutes les époques se sont lancé de magnifiques insultes. Les rois nègres, naguère, de colline en colline, s’entre-vitupéraient dans le style le plus grandiose. Les Peaux-rouges. Les apaches, Les automobilistes. Voire les marxistes-léninistes. Et même les époux en colère. Ils se traitaient, et se traitent même parfois encore, de chiens, de fils de chien, de fromages mous, de vipères lubriques, que sais-je ? D’affreux. De déviationnistes de droite. Les arabes disaient à leurs ennemis « Qu’Allah te change en vespasienne ! »

(…tous les paroles ont été dites…)

 

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Et de toutes les choses qui ont été dites, il reste à peine, selon les bons juges, une ou deux pages qui soient valables. Je connais même un vieux monsieur qui assure qu’il ne s’est jamais écrit au monde que deux ouvrages de quelque poids, l’un dans une langue que l’on ne sait plus traduire, et l’autre qui à été brûlé dans l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie.

La plupart des gens, cependant, n’en continuent pas moins à parler. Depuis l’époque où naquit le langage, et qui remonte à la nuit des temps.
Selon les uns, comme Joseph de Maistre, le langage naquit avec tous ses cheveux, parfait, complet dans les moindres détails, et les idiomes que nous parlons maintenant n’en sont que des ruines et des débris. 
Selon d’autres, il naquit de l’onomatopée, du cri de chasse et du ronflement, qu’on perfectionna petit à petit jusqu’à en faire ces jouets savants et instructifs ornés de règles impressionnantes dont les exceptions contradictoires font le délice des vrais gourmands.
Les Romains les ornèrent de l’ablatif absolu et de la proposition participe, les Allemands du rejet, les Chinois du hoquet, les Eskimos de l’aboiement du chien de traîneau. 
Chacun y mit sa fioriture, selon son génie national. Il y eu des langues agglutinatives, des langues cumulatives, des langues distributives et des langues monosyllabiques, des langues chantées, des langues parlées, voire éternuées (comme le chinois et le hollandais), des langues mortes et des langues maternelles.

« La langue est la meilleure des choses. » C’est Esope qui l’a constaté.
Il ajoutait que c’était aussi la pire des choses. Ce qui a poussé certaines peuplades à ne pas parler, ou à parler extrêmement peu. Tel l’Auvergnat et le Britannique.
(La Montagne – 2 mars 1969)

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08/03/2015

La femme

Le point de vue de Vialatte pour la journée de la femme et spécialement pour Chantal :

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Sans la femme, l'enfant serait sans mère, le père sans fille, le beau-frère sans belle-sœur, l'oncle sans nièce, l'époux sans veuve. Elle est, pour ainsi dire, la mère du genre humain. Supprimez-la, l'opéra perd son charme, l'écran ses bustes les plus beaux. Sans elle, au Grand Café il n'y aurait plus de caissière, même à l'heure de l'apéritif, entre deux pots de sanseviera de valeur moyenne.

sansevieria%20silver%20laurentii.jpg(Le pot de sanseviera de valeur moyenne) L'homme vivrait comme un orphelin. Recueilli par charité dans d'immenses internats par les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul ou les frères des écoles chrétiennes, il mènerait dans de grandes casernes une existence d'enfant trouvé, sans autre distraction que la promenade du jeudi, sous l'œil indifférent d'un gardien en casquette, dont les réprimandes salariées ne sauraient remplacer les discussions de famille. (…)

Avec la femme, au contraire, tout s'anime, tout se passionne, la vie reprend ses droits. Elle se marie, elle divorce, elle enfante, elle trompe le boulanger avec le pharmacien ; elle renverse les ministères, elle jette ses enfants par la fenêtre, elle tricote les layettes bleu pâle sur la ligne Italie-Nation. Enveloppée d'un manteau de vison, elle porte en tête des cortèges politiques une pancarte d'un mètre carré, qui proclame: « Nous voulons du pain. » Elle tape le courrier de l'homme, elle le porte à signer, il signe, elle l'embrasse, elle l'épouse; de temps en temps elle le vitriole. L'homme assiste impuissant, l'œil vide, à toutes ces manifestations. Elle lui dispute le bureau et l'usine, elle lui a chipé son pantalon. De conquête en conquête, elle en est arrivée à avoir le droit de travailler quatre-vingt-dix heures par semaine. C'est un progrès considérable et apprécié.

Antiquité du grand chosier, p.185-187.

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