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03/09/2018

Sport et Turf

A propos de sport.  J'ai oublié de donner l'étymologie.  

Sport est pris à l’anglais SPORT. Apocope de desport qui veut dire divertissement. Desport vient du français se desporter, s’amuser, se divertir. Un coup classique des angliches, ils nous piquent un mot (ex: embrocher de la barbe au cul) et nous le renvoie bien cuit (barbecue).

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Jadis le mot Sport était lié au mot Turf et aux paris sur les courses de chevaux. Turf nous arrive bien sûr d’Angleterre ou il désignait une touffe d’herbe. C’est la même racine (stem, not root) que notre tourbe. Ne pas confondre avec le vieux mot tourbe qui voulait dire foule en mouvement, en désordre et même querelle) issue du latin turba qui a donné trouble, perturber, tourbillon, troubler, turbine, turbulent.

Donc après le turf faites du sport surtout si vous avez turbiner très dur.

06:43 Publié dans Mots | Lien permanent | Commentaires (0) |

29/08/2018

Détente

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J'avais ce canard bleu dans la collimateur, il faut juste que j'appuie sur la détente de l'amazone.
 
On ne dit pas la gâchette car chacun sait que la gâchette est la pièce entre la détente et le chien et par ailleurs, un chasseur sachant chasser sans son chien est un bon sacheur. 
 
 
Le sacheur qui sait ce qu'il doit chasser.
 
LE POIDS DES MOTS DE VIALATTE  par François MOREL, Comédien. 
 
Quand je m'engage dans un travail, j'ai tendance à le prendre très au sérieux. Je suis comme ça : méthodique. appliqué. Par exemple, quand on m'a demandé de chroniquer un livre inédit d'Alexandre Vialatte, ni une ni deux, j'ai tout de suite mené mon enquête, j’ai immédiatement instruit mon dossier. La littérature, voyez-vous, il ne faut pas seulement la lire, il faut l'interroger, il faut l'examiner, il faut la soupeser.
 
L'ouvrage, titré Le Cri du canard bleu, édité au Dilettante, pèse 60 grammes. Ni plus, ni moins. Que faut-il en conclure? Qu'il ne fait pas le poids face à Marc Levy, dont l'opus Si c'était à refaire avoue un petit 640 grammes sur mon infaillible Terraillon ? Qu'il fait maigrelet à côté de L'Appel de l'ange, de Guillaume Musso, qui revendique sans complexe ses 600 grammes d'édition roborative ? Qu'il parait encore efflanqué près de Cinquante nuances de Grey d'E.L.James qui tout nu sur la balance (sans slip. sans chaussettes, sans dentelles) pèse quand même 510 grammes ? Qu'il peut cependant, dans un autre genre, regarder avec un rien d'orgueil les 20 grammes de Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, de Stig Dagerrnan, dont le titre est long mais le texte bref ?
 
Que veut dire ce petit préambule? Que cherche à exprimer mon entrée en matière ? Entre nous, pas grand-chose. Juste vous informer que cet inédit de Vialatte est court. Qu'il ne peut prétendre à occuper vos longues soirées d'hiver. Sauf si vous prenez la peine, après l'avoir lu, de le relire, de le rerelire, voire de l'apprendre par cœur.
 
Car le Cri du canard bleu n'est pas ce genre de romans avec artifices, rebondissements et coups de théâtre que I’on emporte sur la plage pour se changer les idées ou accompagner la digestion. Il ne s'y passe à peu près rien. Je veux dire qu'il s'y passe un maximum de petits riens essentiels, comme l'apparition de danseuses blondes en maillot rose sur un pare-neige, comme la description d'un gramophone «en forme de liseron [qui] ouvre jusqu’au fond de la gorge sa gueule rose et ténébreuse avec des glouglous de limonade et des soubresauts de vieux sorciers », comme la destinée tragique d'un tour de cou, tout droit venu du Bon Marché, suscitant rancœur et jalousie à travers la cour de récréation puis finissant dans le purin, l'eau de vaisselle puis la poussière «comme un vaincu attaché à un char, tel Vercingétorix attaché au char de César qu'on voit dans le livre d'histoire», comme les aventures du rôle-titre, ce fameux canard bleu de Colombie qui, si le monde n'était aussi insensé, l'humanité aussi imprudente, n'aurait jamais dû quitter la vitrine étiquetée « Zoologie » de la salle de classe.
 
Le poids des mots, c'était le sujet de cette chronique. Dans le livre de Vialatte, on peut lire la phrase suivante, qui se propose de décrire une affiche publicitaire du cirque Omar : « Des ours blancs comme des manteaux de neige jonglaient là sur un sucre en vrac qui représentait des banquises, au bord d'une mer bleue comme l'azur des lingères, au pied d'une aurore boréale. » On pourrait dire que tout l'univers du cirque est évoqué dans cet assemblage bringuebalant d'exactitudes et de faux-semblants, de quotidienneté et de féerie. On pourrait dire simplement que le mystère du style de Vialatte, lumineux, poétique, est éloquent dans chacune de ses phrases.
 
Mais qui suis-je pour parler de Vialatte ? Qui suis-je pour commenter l'impeccable écrivain, le styliste vertigineux ? Autant se taire. Autant poser son stylo et lui donner la parole en citant les tout premiers mots du livre...
 
« La beauté ne s'explique pas. Elle s'impose, elle vous saisit. »,
 
François MOREL , dans Le Monde du vendredi 16 novembre 2012
 
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05:27 Publié dans Mots | Lien permanent | Commentaires (2) |

15/05/2018

Cohober

Quand je découvre un nouveau, je pense au Garde-Mots qui me manque.

Hier c'était le mot COHOBER sur un texte de Huysmans tiré de "A rebours", mentionné par JL Vincensini sur FB : "...écrire un roman concentré en quelques phrases qui contiendraient le suc cohobé des centaines de pages toujours employées à établir le milieu, à dessiner les caractères, à entasser à l’appui les observations et les menus faits." 

Cohober : concentrer en distillant plusieurs fois de suite.

Alchimiste-2.jpgJ'avais parlé ici en 2010 de quintessence : 

"Le mot qui me ramène aujourd’hui à Rabebais est le mot Quintessence. Un terme que le lecteur attentif aura noté dans ce titre : La Vie tres horrificque du grand Gargantua, pere de Pantagruel iadis composee par M. Alcofribas abstracteur de quintessence. Livre plein de Pantagruelisme. -Pantagruel, Roy des Dipsodes, restitue a son naturel, avec ses faicts & prouesses espouventables. -Pantagrueline Prognostication. Lyon: se vend chez Francoys Juste, 1542. * 

La quintessence, chère aux alchimistes, était la cinquième essence après distillation. Rabelais écrivain se voulait donc extracteur de substantifique moelle écrivaillère. Un bouilleur de mot.

PS: quelques titres de livres alléchants de la bibliothèque de S. Victor : 

  • De l’art de péter poliment en société
  • -L’éléphantesque couille des preux.
  • -Comment avaler des chevreaux accommodés de cardons en temps papal interdit par l’église.
  • -Sur l’excellence des tripes
  • -La rustrerie des curetons etc…

 

15:53 Publié dans Mots | Lien permanent | Commentaires (5) |

12/11/2017

Trollesse

51%2B4aJtGBwL.jpgAprès avoir lu le livre de Sylvie Weil, je me suis demandé d’où sortait ce terme de trollesse, surnom que lui avait donné sa mère Selma (la grand-mère de Sylvie donc). Le terme a fait florès pour désigner sainte Simone puisque il existe un livre écrit par Alice Nicolle qui porte ce titre. Je ne l’ai pas commandé. Quand j’ai lu le résumé (voir fin de la note) et vu la photo de couverture, j’ai eu un peu peur.  

Il faut noter que Alain, son prof de philo l’appelait « la martienne » et le directeur de l’école « la vierge rouge », c’est dire si elle était bizarre et sans doute pas vraiment rigolote, Camus disait que « La seule chose dont fut incapable son intelligence fut la frivolité. »

La trollesse est toujours populaire puisque même notre président la cite en juillet de cette année dans un discours devant le congrès bien que sa référence soit des plus hasardeuses et pas vraiment fondée. 

Le mot troll est revenu à la mode avec Internet pour désigner un perturbateur qui cherche à tout prix la polémique. Le verbe troller désigne l’action de foutre le souk dans un débat sur les réseaux sociaux. Ce n’est évidemment pas dans ce sens que l’employait Selma Weil.

Trolls.GIFSelma faisait référence à la mythologie nordique où le troll incarne les forces naturelles et la magie qui va avec. Un être passablement bizarre. Souvent peu amical et dangereux pour l'homme, il règne sur les milieux hostiles, mers, montagnes, forêts.

Le mot est féminisée comme duchesse, princesse, doctoresse, professoresse , prêtresse, popesse avec une plus ou moins grande connotation dépréciative comme dans diablesse, drôlesse, bougresse.

Résumé de la Trolesse Née dans une famille juive, élevée dans l'agnosticisme, Simone Weil a 29 ans, en 1938, quand une expérience mystique, dans un moment de souffrance intense, lui révèle l'amour du Christ. En 1940, elle lit la Bhagavad-Gîtâ et sent en lisant ces paroles merveilleuses et d'un son tellement chrétien que nous devons à la vérité religieuse bien autre chose que l'adhésion accordée à un beau poème. A partir de l'été 1941, le Christ vient en elle en personne... à travers la récitation du Notre Père en Grec, qu'elle dit chaque jour désormais avec une attention absolue. Quand on regarde sa vie, on peut se demander d'où lui vient cette énergie, cette générosité, ce courage indomptable qui la fait défier la mort... alors même qu'elle aime passionnément la vie ? Par quelle force est-elle mue ? Le témoignage que donne Simone Weil nous ouvre sur une autre réalité...

07:10 Publié dans Mots | Lien permanent | Commentaires (2) |

02/01/2017

Expressions

Si, comme moi, vous aimez les expressions allez faire un tour sur expressio.fr

remede-gueule-de-bois.jpgVous apprendrez, par exemple, comment on dit "avoir la gueule de bois" dans pas mal de pays. Parfois on trouve plusieurs expressions, 2 au pays de Galles. Avoir un matou en Allemagne. Plusieurs en Espagne. Au Quebec on a un mal de bloc ou on se relève d'une brosse (une cuite). 2 expressions pour le Portugal ou la Roumanie et...

Six pour les Pays-Bas, les hollandais seraient-ils plus alcoolos que les bretons ?

Pour continuer de faire mon cuistre en 2017, j'ajouterai « xylostomiase » et même « xylostomie » Xylo désigne le bois en grec et stomia, la bouche. Et encore « veisalgie » qui vient du norvégien kveis, signifiant « inconfort succédant à la débauche », et du grec algia « douleur »

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Et pour faire bon poids avec ce Noël sans neige, quelques mots de neige empruntés à l'inuktituk, la langue des eskimos et à Courrier International, numéro spécial "les mots des autres":

- Ugurugüzak De la glace grasse (premier état)

- Migalik De la glace comme du pancake

- Eyechektakok Une fissure dans la glace qui s'ouvre et se referme

- Piqaluyik De la glace d'eau de mer de plus d'un an et récemment transformée

- Maullik La neige fondue

-.Aqilokok La neige qui tombe doucement

- Salogok La neige fraîche et déjà noire (sale)

- Pienartoq La neige idéale pour la luge

- Matsaaruti La neige mouillée qui glace bien le chemin pour les traîneaux

17:47 Publié dans Mots | Lien permanent | Commentaires (3) |

14/11/2016

Syzygy

Sol glissant, automobiliste en 4*4, escaliers, novembre continue avec son lot de chûtes. Un bonne nouvelle pourtant : Ce soir la lune semble 14,23% plus grosse que d'hab. Cela s'appelle le périgée syzygy (syzygie en français mais c'est moins impressionnant). Info transmise par Pascal.

C'est un périgée de la lune, ce qui arrive une fois par mois... mais avec soleil-terre-lune alignées, cela n'arrive que deux fois par siècle environ.400px-Rythme_anomalistique.svg.png

Le dernier sygyzy c'était en 1948.  Ce soir, ici, pas de peau, il fait nuageux. Il faudra donc attendre 2034 pour en profiter.

* Périgée (plus près) et apogée (plus loin) sont masculins comme lycée, pygmée, scarabée, musée, mausolée, trophée... et même gynécée ce qui ne manque pas de sexe sel vu qu'un gynécée était un logement réservé aux femmes.

* Syzygie vient du grec suzugos qui veut dire "attelés ensemble". Un vocabulaire de palefreniers grecs. On peut aussi traduire par accouplé et même par ménage à trois.

21:53 Publié dans Mots | Lien permanent | Commentaires (3) |

30/04/2016

Agiotoponyme

280px-Rainbow-saint-julien-genevois-2.jpgJ’utilise encore, à l’occasion, le blog du Garde Mots pour vérifier... un mot. On y trouve une liste impressionnante et Alain en avait sans doute encore pas mal dans sa besace…

Il y a beaucoup de mots en « nyme » mais je n’ai pas trouvé agiotoponyme (ni hagiotoponyme) et pourtant j’habite un agiotoponyme. Ne riez pas, vous aussi peut-être. Il y en a beaucoup dans ce pays. Les stéphanois habitent un agiotoponyme, les malouins aussi, les briochins pareil et même les clodoaldiens ou les dominicains, les séquanodionysiens, les sanflorains, les germanopratins, les nazairiens, les audomarois, les déodatiens , les bragards… j’allais oublier les arédiens J

Un agiotoponyme* est donc un lieu qui dérive d’un saint ou d'une sainte. Donc tous les lieux qui commencent par saint ou sainte (et qui sont donc pénibles à rentrer dans un GPS) sont des agiotoponymes*. Géographie des hagiotoponymes en France 

Il n'y a aucune vertu à habiter un agiotoponyme. L'agionyme n'est pas un sanctuaire et les habitants n'y sont pas plus saints qu'ailleurs. Saint vient de sanctus, participe passé passif du verbe latin sancire qui donne donc saint mais aussi sanction. La liste monotone des saints du conclave que l'on retrouve dans "Habemus Papam".

* Du grec agios – saint – qui donne agiographie, une vie de saint au sens premier ou au sens figuré souvent ironique. Du grec topos – lieu – qui donne topologie et utopie, le lieu de nulle part. Enfin du grec onyma – nom - qui donne anonyme, acronyme, synonyme, homonyme et une palanqué de mots en onyme.

L’ensemble des noms de lieu, les toponymes, s’appelle la toponomastique, un chewing-gum dur à mâcher.