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26/09/2018

Animaux

Un de mes lecteurs, Dan, s’interroge sur l’analogie faite par Laborit entre fesses et instinct de domination. Il s’interroge pour savoir si anal, analogie et fesses ont quelque chose en commun.

Laborit dit « J’ai souvent l’impression, en voyant vivre mes contemporains, qu’ils présentent généralement leurs fesses de la même façon aux plus agressifs et aux plus dominateurs. »

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insolites-lafrique-L-8.jpegPas mal de singes et autres animaux mâles et femelles présentent leur croupe lorsqu’ils ont affaire à un individu dominant. C’est par exemple le cas des babouins. Laborit suggère que nous sommes tous des babouins. Par tous je veux dire tous les hommes, les spécistes* l’auront compris. Les anti-spécistes, casseurs de boucherie, penseront que le nous désigne tous les animaux et que tous les animaux sont des babouins, ce serait un contresens comme le syllogisme tordu qui conclut que "Socrate est un chat".

Je ne vais pas me lancer dans la liste des mots qui désigne notre postérieur, notre croupe, nos fesses, notre cul… Disons d’emblée qu’analogie n’a rien a voir avec anal. C’est une association dans l'esprit (la tête donc) de deux choses ou idées possédant des propriétés, une structure, un mode de fonctionnement communs. Une métaphore est basée sur une analogie. La métaphore « Parle à mon cul, ma tête est malade », suggère une analogie entre le cul et la tête, pour dire que la tête n’est pas à sa place.

Donc, il reste fesses, fessier, fessu, du latin fissa qui signifie à la fois "anus et fesses" comme notre cul français (le mot bien sûr). Fissa vient de findere, fendre. Ce qui rappelle une chanson de tonton Georges :

Aïe vous m'avez fêlé le postérieur en deux 
Se plaignit-elle et je baissai le front piteux
Craignant avoir frappé de façon trop brutale
Mais j'appris par la suite et j'en fus bien content
Que cet état de chos's durait depuis longtemps 
Menteuse la fêlure était congénitale

       

Alain Rey nous apprend que l’expression “Coûter la peau des fesses » est postérieure (sic) à "coûter la peau". L’expression « avoir chaud aux fesses » ne doit pas être confondue avec « avoir le feu au cul » de sens sensiblement différent.

Quelques expressions de plus :

  • Serrer les fesses
  • L'avoir dans le cul / Dans le cul la balayette !
  • Avoir le cul bordé de nouilles
  • Avoir du cul / Avoir du pot / Avoir du bol
  • Comme cul et chemise
  • Avoir la tête dans le cul
  • Cul par dessus tête
  • Péter plus haut que son cul
  • Tirer au flanc / au cul
  • Se peler le cul, le jonc / Ça pèle !
  • Un peigne-cul
  • Y'a pas à tortiller (du cul pour chier droit [dans une bouteille])
  • Coûter la peau des fesses / la peau du cul / la peau des couilles / les yeux de la tête

Quant à anal, anus, c’est un emprunt savant au latin anus qui veut dire anneau, en particulier l’anneau du rectum (de rectum intestinum, l’intestin rectiligne). D’où l’expression « y’a pas à tortiller du cul… » que wikipedia n’a pas comprise.

Remarquer qu’on dit « s’asseoir sur son cul ou sur ses fesses » mais pas sur son anus, sans doute à voir avec l’emprunt savant. Si ces explications ne suffisent pas, relisez Henri Laborit, c’est plein de philosophie pratique.  

* Par analogie avec le racisme et le sexisme, le spécisme décrit l'idéologie qui considère que la vie, les intérêts ou la souffrance des autres animaux comptent moins simplement parce qu'ils sont d'une autre espèce. En d'autres termes: le suprématisme humain.

22:57 Publié dans Blog, Mots | Lien permanent | Commentaires (1)

12/09/2018

Vistemboire 2

Inutile de me redemander la définition du vistemboire, je l'ai déjà donnée en novembre 2012. 

Bon, OK. Pour les fainéants qui n'ont pas la force de cliquer, je réitère.

D'abord, le texte de Vialatte :

Dans le domaine de la littérature, nous nous devons de signaler l'apparition du vistemboire et du gnagna. Je dis bien vistemboire avec un e muet. Jacques Perret l'écrit autrement. Tant pis pour lui, c'est lui qui se trompe. («Vistemboires que tout cela», écrit Mme de Sévigné.) Et Furetière, dans "Le Roman bourgeois": «Je vous paierai à la Saint-Vistemboire.» Le "Petit Chosier", de Duhamont et Patrouillot, donne encore vistemboir, sans e, en 1674, mais le "Chosier universel" de Fromagnol dit que cette forme a vielli: même dans Corneille on ne la trouve pas. [...] Mais n'en faisons pas une maladie. On trouvera le vistemboire dans "Le Machin", de Jacques Perret (où trouverait-on un vistemboire si ce n'était dans un "machin"?), et je n'en dirai pas davantage.

hache%20de%20guerre.jpg J’ai regardé dans l’Alain Rey, ma bible, et... pas de vistemboire. Donc, je me dois de vous donner l’étymologie du mot. Cela viendrait du burgonde ou peut-être du goth (ostro ou wisi, allez savoir) wistenbach (pronocez vistembarre) qui désigne une hache à deux tranchants. Les burgondes (j’en ai déjà parlé ici)  et entre autre leur roi Gondebaud avaient coutume de dire « Si tu te calmes pas vite fait, je te coupe le machin avec mon wistembach. » Madame de Sévigné qui connaissait bien les burgondes en avait sans doute entendu parler.

Quant à Jacques Perret... Cherchez le Machin

Le Machin

Collection Blanche, Gallimard
Parution : 03-03-1955

06:11 Publié dans Mots, Vialatte | Lien permanent | Commentaires (0)

08/09/2018

Namasté

220px-Kiran_Verma.jpgNamasté ou namaskar ou namaskaram (नमस्ते ou नमस्कार) est communément employé pour dire bonjour et au revoir en Inde. Cette salutation est largement utilisée en Inde ou au Népal

Namasté signifie donc « salutation » 

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08:37 Publié dans Mots | Lien permanent | Commentaires (2)

03/09/2018

Sport et Turf

A propos de sport.  J'ai oublié de donner l'étymologie.  

Sport est pris à l’anglais SPORT. Apocope de desport qui veut dire divertissement. Desport vient du français se desporter, s’amuser, se divertir. Un coup classique des angliches, ils nous piquent un mot (ex: embrocher de la barbe au cul) et nous le renvoie bien cuit (barbecue).

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Jadis le mot Sport était lié au mot Turf et aux paris sur les courses de chevaux. Turf nous arrive bien sûr d’Angleterre ou il désignait une touffe d’herbe. C’est la même racine (stem, not root) que notre tourbe. Ne pas confondre avec le vieux mot tourbe qui voulait dire foule en mouvement, en désordre et même querelle) issue du latin turba qui a donné trouble, perturber, tourbillon, troubler, turbine, turbulent.

Donc après le turf faites du sport surtout si vous avez turbiner très dur.

06:43 Publié dans Mots | Lien permanent | Commentaires (0)

29/08/2018

Détente

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J'avais ce canard bleu dans la collimateur, il faut juste que j'appuie sur la détente de l'amazone.
 
On ne dit pas la gâchette car chacun sait que la gâchette est la pièce entre la détente et le chien et par ailleurs, un chasseur sachant chasser sans son chien est un bon sacheur. 
 
 
Le sacheur qui sait ce qu'il doit chasser.
 
LE POIDS DES MOTS DE VIALATTE  par François MOREL, Comédien. 
 
Quand je m'engage dans un travail, j'ai tendance à le prendre très au sérieux. Je suis comme ça : méthodique. appliqué. Par exemple, quand on m'a demandé de chroniquer un livre inédit d'Alexandre Vialatte, ni une ni deux, j'ai tout de suite mené mon enquête, j’ai immédiatement instruit mon dossier. La littérature, voyez-vous, il ne faut pas seulement la lire, il faut l'interroger, il faut l'examiner, il faut la soupeser.
 
L'ouvrage, titré Le Cri du canard bleu, édité au Dilettante, pèse 60 grammes. Ni plus, ni moins. Que faut-il en conclure? Qu'il ne fait pas le poids face à Marc Levy, dont l'opus Si c'était à refaire avoue un petit 640 grammes sur mon infaillible Terraillon ? Qu'il fait maigrelet à côté de L'Appel de l'ange, de Guillaume Musso, qui revendique sans complexe ses 600 grammes d'édition roborative ? Qu'il parait encore efflanqué près de Cinquante nuances de Grey d'E.L.James qui tout nu sur la balance (sans slip. sans chaussettes, sans dentelles) pèse quand même 510 grammes ? Qu'il peut cependant, dans un autre genre, regarder avec un rien d'orgueil les 20 grammes de Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, de Stig Dagerrnan, dont le titre est long mais le texte bref ?
 
Que veut dire ce petit préambule? Que cherche à exprimer mon entrée en matière ? Entre nous, pas grand-chose. Juste vous informer que cet inédit de Vialatte est court. Qu'il ne peut prétendre à occuper vos longues soirées d'hiver. Sauf si vous prenez la peine, après l'avoir lu, de le relire, de le rerelire, voire de l'apprendre par cœur.
 
Car le Cri du canard bleu n'est pas ce genre de romans avec artifices, rebondissements et coups de théâtre que I’on emporte sur la plage pour se changer les idées ou accompagner la digestion. Il ne s'y passe à peu près rien. Je veux dire qu'il s'y passe un maximum de petits riens essentiels, comme l'apparition de danseuses blondes en maillot rose sur un pare-neige, comme la description d'un gramophone «en forme de liseron [qui] ouvre jusqu’au fond de la gorge sa gueule rose et ténébreuse avec des glouglous de limonade et des soubresauts de vieux sorciers », comme la destinée tragique d'un tour de cou, tout droit venu du Bon Marché, suscitant rancœur et jalousie à travers la cour de récréation puis finissant dans le purin, l'eau de vaisselle puis la poussière «comme un vaincu attaché à un char, tel Vercingétorix attaché au char de César qu'on voit dans le livre d'histoire», comme les aventures du rôle-titre, ce fameux canard bleu de Colombie qui, si le monde n'était aussi insensé, l'humanité aussi imprudente, n'aurait jamais dû quitter la vitrine étiquetée « Zoologie » de la salle de classe.
 
Le poids des mots, c'était le sujet de cette chronique. Dans le livre de Vialatte, on peut lire la phrase suivante, qui se propose de décrire une affiche publicitaire du cirque Omar : « Des ours blancs comme des manteaux de neige jonglaient là sur un sucre en vrac qui représentait des banquises, au bord d'une mer bleue comme l'azur des lingères, au pied d'une aurore boréale. » On pourrait dire que tout l'univers du cirque est évoqué dans cet assemblage bringuebalant d'exactitudes et de faux-semblants, de quotidienneté et de féerie. On pourrait dire simplement que le mystère du style de Vialatte, lumineux, poétique, est éloquent dans chacune de ses phrases.
 
Mais qui suis-je pour parler de Vialatte ? Qui suis-je pour commenter l'impeccable écrivain, le styliste vertigineux ? Autant se taire. Autant poser son stylo et lui donner la parole en citant les tout premiers mots du livre...
 
« La beauté ne s'explique pas. Elle s'impose, elle vous saisit. »,
 
François MOREL , dans Le Monde du vendredi 16 novembre 2012
 
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05:27 Publié dans Mots | Lien permanent | Commentaires (2)