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16/10/2014

Jean-Claude T. -1-

En tentant de faire de l'ordre dans mes fichiers, je retrouve ce petit texte que j'avais oublié au point de douter que je puisse l'avoir écrit moi-même. Quelques épisodes...

Ce petit monsieur très âgé aux cheveux blancs comme neige qui ne sort pas souvent de chez lui et qui a l’air si gentil, s’appelle Jean-Claude T. Il habite dans une vieille forteresse délabrée au flanc de la montagne. Ses meubles tombent en ruine et sa maison sent très mauvais, c’est à cause de sa dizaine de chats qui se promènent partout en griffant le canapé et les fauteuils de toile défraîchie et qui pissent n’importe où.

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Si vous le voyez se promener tout voûté, pas très bien habillé, marchant avec difficulté, vous aurez sans doute envie de lui donner une pièce ou de l’aider à monter les marches de son château en ruine. N’en faites rien. Laissez le à sa solitude. Allez plutôt parler à ses fils ou aux femmes de ceux-ci. Ils ou elles vous expliqueront à quel point cet homme est pervers. 

A l’époque de sa prospérité, il a gagné beaucoup d’argent. Il était marié avec Giselle. Une femme douce et gentille qui lui avait amené le petit capital qu'il avait fait fructifier. D’après son fils aîné, leur mère serait morte de chagrin à cause de son mari. Aujourd’hui, ses trois fils ne veulent plus le voir. L’aîné et le cadet habitent dans la ville voisine. Le troisième est en prison pour quelques années encore. Il accuse son père de l’avoir conduit dans cette galère et se dit prêt à le tuer dès qu’il en sortira.

Il serait trop long de raconter ici la vie de Jean-Claude. Il est né dans une bonne famille, ses parents étaient agriculteurs, des gens très gentils, honnêtes et très appréciés dans le voisinage. Il avait une sœur plus âgée que lui à qui il faisait déjà mille misères. Après des études difficiles, il a fait vingt métiers puis il s’est marié avec Giselle et s’est enrichi de manière douteuse.

A suivre...

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01/10/2014

Croissance

Croissance-Alg%C3%A9rie.jpgLa croissance, tout le monde y croit, enfin presque... Même, semble-t-il, quand elle ne fait pas de sens. On doit croire à la croissance comme on croit aux croissants du dimanche matin avant d'aller prier à la messe. C'est un acte de foi. On croit à la croissance même si la crise de foi nous guette, même si la crise économique s’accroît, et pour sûr elle va s'accroître.

12082748-la-croissance-financiere-et-la-reussite-commerciale-avec-les-meilleurs-choix-d-investissement-de-con.jpgLa croissance a ses limites, parti d’une petite graine l’arbre croît mais il ne monte jamais au ciel sauf, peut-être, dans les chansons de Brassens :

  • Le curé de chez nous, petit saint besogneux
  • Doute que sa fumée, s'élève jusqu'à Dieu
  • Qu'est-ce qu'il en sait le bougre, et qui donc lui a dit
  • Qu'y a pas de chêne en paradis ?

messe2.jpgPour revenir à la croissance économique, dogme religieux que nous croasse tous ses croyants de Hollande à Sarkozy, il faut considérer deux ou trois choses : chez nous, la plupart des gens ont plus que le nécessaire pour vivre. Les laissés pour compte, ceux qui n’ont pas assez pour vivre, n’ont pas d’argent et la plupart ne trouveront plus de travail vu que le travail est presque entièrement effectué par des machines.

D’autre part, on a largement dépassé les ressources utilisables de la planète et il faudra bien arrêter de fabriquer des objets superflus.

Il faut savoir que la croissance exprimée en taux croît de façon exponentielle. Avec un taux chinois de 10%, il faut un peu plus de 7 ans pour doubler la production. Si le taux est de 4% le doublement se fait tous les 17 ans et demi, à 3% il faut 24 ans, à 2% 35 ans, à 1% taux considéré comme calamiteux il faut 70 ans.

Aujourd’hui, on consomme les ressources annuelles de la planète en six mois, en 2084 avec cette croissance calamiteuse de 1% on ne mettra plus que 3 mois. Qui l’eut cru ?  

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A la vue de ces chiffres on comprend qu’il faut faire une croix sur la croissance pour éviter la crue. C’est fini, la croisière ne s’amuse plus. Soyons des incroyants et arrêtons cette manière de penser au plus tôt. Parlons de simplicité volontaire et même de décroissance, et encore, il va falloir croiser les doigts.

Le verbe croître vient du verbe latin crescere qui s'applique à la croissance dans la nature. En grec, la nature se dit phusis qui a donné physique. Phusis est issu du verbe phuein qui veut dire faire pousser, faire naître, croître. Le mot latin natura est associé au participe passé natus qui veut dire né. On peut en conclure que la croissante est naturelle de par sa naissance. Pourtant on ne peut pas en conclure qu’elle soit inexorable vu que, dans la nature, en cas de surpopulation ou de disette la croissance se transforme naturellement en décroissance.

15/08/2014

Conte d'été -FIN-

Jon-Gnarr.jpgIl y a sans doute d’autres éléments à ajouter sur la véritable histoire de Jòn Gnarr. Vous trouverez bien des choses sur le web mais le plus souvent c’est en anglais ou en islandais. Pas facile l’islandais !

Ce qui m’a le plus plu (oui au mois de juillet, il a beaucoup plu) chez Jòn c’est sa fraîcheur d’esprit et l’idée que l’on peut et que l’on doit changer la démocratie. Voir le système proposé par Etienne Chouard  A la question posée sur l’entrée de l’Islande dans l’Europe, Jòn Gnarr répond quelque chose comme : « C’est une bonne idée, profitons d’abord du fait d’être un petit pays pour améliorer notre démocratie, ensuite proposons à l’Europe de faire parti de l’Islande. » Beau programme ! 

L’un des chroniqueurs les plus lus (et qui a plu) du Fréttablaðið, Guðmundur Andri Thorsson, écrivain et musicien, écrit dans l’une de ses chroniques récentes à propos de Jòn…

Lorsqu’il était interviewé sur la voirie ou sur des dossiers du même ordre, on voyait combien il se concentrait, ses yeux erraient d‘un point à un autre, il était évident qu’il avait un nombre de réponses stupides et d’improvisations rigolotes qui lui passaient par la tête sur le sujet en question – il pouvait choisir comment il répondrait, on sentait le bouillonnement pendant qu’il formulait sa réponse, mais quand elle sortait finalement, elle n’était pas forcément géniale, pas d’âneries, pas de hors sujet, rien de ce qu’il avait certainement envisagé en premier. Il essayait vraiment de répondre de la façon qu’il estimait être la plus juste, la plus vraie sur le sujet et s’il ne savait rien, il le disait. Tel était le politicien Jon Gnarr. Il essayait toujours de dire la vérité. Il nous a apporté l’individu dans la politique et une pause dans la diarrhée verbale. Politicien, il était notre représentant. Mais en fin de parcours, ce rôle, le rôle du politicien, a dû être une charge bien lourde pour le pilote.

Politicien apolitique ? Jon Gnarr répondrait sans doute « qu’est ce que la politique ? », mais il s’est certainement davantage approché du vrai sens du mot politique que beaucoup de professionnels de la politique. Apolitique ? Certainement pas ! Jon Gnarr était bien au delà du simple gestionnaire. Un nouveau phénomène, une alternative à la politique classique ? Probablement pas, dans la mesure où sa politique était liée à la manière dont la personne Jon Gnarr l’envisage et la vit. Il avait fait des promesses électorales, pour beaucoup farfelues pour en montrer la vacuité, et en annonçant d’emblée qu’il ne les tiendrait pas forcément

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14/08/2014

Conte d'été -12-

L'histoire commence ici

mayor-of-reykjavic-jon-gnarr-dressed-as-a-jedi.jpgJòn en chevalier Jedi.

Les élections du 31 mai de cette année ont changé la donne : les sociaux-démocrates ont pris la tête de la coalition et leur chef de file, Dagur B. Eggertsson (qui parle mais n’écoute pas selon ses amis), est devenu le nouveau maire de Reykjavík le 17 juin. Il a le soutien d’Avenir radieux, qui a succédé au Meilleur parti de Jón Gnarr, des Verts de gauche et des Pirates.

Le parti conservateur, qui a gouverné pendant des décennies et qui a amené le libéralisme économique et le grand casino* bancaire, a quant à lui obtenu le score le plus bas de son histoire.

Vous pouvez suivre Jòn Gnarr sur Facebook. Il répond (en anglais) sur reddit. Des réponses simples et franches. Il a écrit un livre qui n’existe pas encore en français : Gnarr: Comment je suis devenu maire de la plus grande ville d’Islande et comment j’ai changé le monde. Il va freiner sur le web car il a d’autres livres à écrire dit-il.

gnarr_book_cover.jpgIl parle également du féminisme et de son combat pour l’égalité des sexes. « Je pense qu’une majorité des problèmes du monde se résoudraient tout seuls si on construisait une société où les femmes seraient au pouvoir. Ce n’est pas certain que ça fonctionne sur le long terme, je pense qu’il est toujours nécessaire de viser une égalité des sexes, mais ça pourrait nous apprendre une bonne leçon » en s’attaquant notamment aux organisations subventionnées par la ville. Celles-ci doivent maintenant justifier de l’application de la charte des droits de l’homme de la ville qui inclut la parité homme / femme dans les comités de direction afin de continuer à recevoir l’appui financier de la ville.

On lui a reproché son manque d’éducation, son mépris du protocole et son apparente décontraction lors de conseils municipaux. On l’a attaqué au bout d’un an sur son bilan provisoire qui incluait une hausse des impôts locaux et une diminution du budget de la ville. On s’est moqué de son maigre sondage à 38% d’opinions positives (le rêve de Hollande). Ce à quoi il rétorquait « ces sondages ne me touchent pas vraiment. Nous nous attaquons à des sujets qui vont impacter sur notre popularité et nous en sommes conscients. C’est une des raisons pour lesquelles personne ne s’y était attaqué avant. Mais nous ne sommes pas là pour participer à un concours de popularité et nous ne cherchons pas à être réélus. »

* Casino – Mot emprunté à l’italien diminutif de casa, la maison. Une maison de passe au départ, un bordel en italien. Il revient en français et sous la troisième république il prend le sens de palais grandiose pour célébrer le capitalisme international en dépensant son pognon dans la joie et la bonne humeur. Avec ce sens les italiens l’écrivent casinò pour la prononciation à la française. Familier en italien : « Un casino di (un paquet de) politica /merda /ladri... »

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13/08/2014

Conte d'été -11-

Lao_Tseu.gifL'histoire commence ici

La suite, toujours d'après l'excellent l'article du Tages Anzeiger un peu réarrangé par mes soins...

Après quatre ans avec des anarchistes à la tête de Reykjavík, le bilan est assez inattendu : les punks ont assaini les finances. Ils ont tenu quelques discours particulièrement réussis, construit plusieurs dizaines de kilomètres de pistes cyclables, conçu un plan d’urbanisme, réorganisé les écoles (dommage que Vincent Peillon, le lâcheur planqué en député européen, n’en ait pas pris de la graine), développé les petits ateliers d’art et fait de la capitale une ville agréable à vivre et en plein essor : le tourisme enregistre une croissance de 20 % chaque année (ce que certains qualifient de nouvelle bulle). Le prix de l’immobilier recommence à grimper, des hôtels sortent de terre un peu partout, les costumes ne sont toujours pas revenus à la mode mais on voit beaucoup plus de Range Rover dans les rues. Le pays a de nouveau la folie des grandeurs.

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“Le truc le plus radical qu’on ait fait, c’est d’arriver au pouvoir, analyse Björn Blöndal, l’ex bassiste du groupe Heavy metal Ham devenu le Prince des ténèbres. Sinon, on a surtout travaillé. Encore que : le truc radical aussi, c’est d’avoir travaillé proprement. On a engagé des réformes sans aucun argent. En tant qu’artistes, on avait l’habitude de travailler avec de petits budgets, ça nous a aidés. On ne voulait pas faire sauter le système. On voulait construire quelque chose : quelque chose de beau, de divertissant et de cool.” De toute évidence, le Meilleur Parti a rempli son contrat. Il était donné à 38 % dans les sondages en fin de mandat.

Ce succès est aussi dû à Dagur B. Eggertsson, le leader des sociaux démocrates et ex-maire de Reykjavík nommé président du conseil exécutif de la ville par Jòn Gnarr et très actif pendant le mandat.

Jón  sollicité pour rempiler en 2014 s’est finalement résolu à arrêter et dissoudre le Meilleur Parti : “Je suis un humoriste, pas un homme politique. J’ai été chauffeur de taxi pendant quatre ans, et même un très bon chauffeur de taxi, mais j’ai quand même arrêté.” D’autres continuent et ont créé le parti Avenir radieux pour reprendre le flambeau. Les ex du group Ham, Óttarr Proppé désormais député au Parlement islandais et Björn Blöndal, le Prince des ténèbres, évoluent en politique comme poissons dans l’eau : “C’est marrant, une fois qu’on a appris à changer les choses, et qu’on devient bon. La politique, c’est de l’artisanat.”

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