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23/03/2012

Noynoying

Noy+Aquino.jpgDepuis 2010, Benigno « Noynoy » Aquino III (polo jaune) est président des cent millions de philippins.

Il n’avait pas, semble-t-il, très envie de se présenter, mais comme son père fut un héros, opposant au dictateur Marcos, assassiné en 1983, sa mère Cory Aquino, femme remarquable, fut présidente de 86 à 92, le pauvre Noynoy a dû se dévouer. Depuis, son peuple lui reproche de ne pas prendre de décisions.


Le père de Nonoy, Benigno II, était surnommé Nynoy, une tradition philippine du surnom court et souvent redoublé. Or, en anglais (s’)ennuyer se dit to annoy. Du coup, les philippins ont inventé le noynoying qui consiste à se faire photographier dans une position d’ennui profond. Ce jeu succède aux « planking » consistant à se faire photographier en faisant la planche dans des lieux insolites. Jeu anglais très populaire aux Philippines.

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4000 philippins migrent chaque jour. "On ne peut rien y faire" dit le président.

A noter qu’en Wolof, langue du Sénégal, Noy veut dire mou. Noyal signifie se prélasser et que noynoy désigne la mollesse d’une chose. Quant au mot Wade, il signifie en anglais patauger.

Pour les nuls en géo, l’archipel philippin se situe en Asie dans l’océan Pacifique, bordé à l’est par la mer des Philippines, à l'ouest par la mer de Chine et au sud par la mer de Célèbes. Au sud se trouvent l'île de Célèbes et l'archipel des Moluques, qui appartiennent à l'Indonésie. Au sud-ouest se trouve l'île de Bornéo, partagée entre la Malaisie, le Brunei et l'Indonésie. Au nord, on trouve Taïwan et, à environ500 km à l'est, les îles Palaos.

Noynoy au travail:

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Pour le gouvernement philippin, "noynoying is annoying" (ennuyeux).

09/03/2012

Sakhaline

russiDans la série, il n’y a pas que la Palestine sur la terre : Sakhaline.

Sakhaline est une île entre la mer d’Okhotsk (à droite) et la mer du Japon (à gauche) séparée du continent asiatique par le détroit de Tartarie. Au sud, elle est séparée de Hokkaido (île du nord du Japon) par le détroit de La Pérouse, le grand explorateur qui croyait que Sakhaline était une presquîle. Elle a une longueur de 948 kms. Au sud-est se trouve la baie Patience

L'île était habitée à l'origine par différents peuples : les Aïnous occupaient la moitié sud de l'île, les Oroks (346 survivants en 2002) occupaient la partie centrale et les Nivkhes le nord. Ensuite, l’île fut mandchoue puis elle a été le siège de bagarres entre russes et japonais pour finir par tomber dans l’escarcelle des tsars qui ne pouvaient pas se contenter de la si petite Russie. Aujourd'hui, Staline ayant passé par là, l'île est russifiée à 80%.

22687832_2677013.jpgBizarrement, le sédentaire et maladif Anton Tchekhov décida en 1890 de se rendre à Sakhaline qui abritait un bagne réputé pour sa dureté. A l’époque le voyage de Moscou à Sakhaline n’était pas une partie de plaisir. Le grand écrivain mis presque trois mois. Il en tira un livre « Voyage à Sakhaline » dans lequel il fait œuvre d’ethnologue. Il nous parle notamment des Gilyak, autre nom de Nivkhes qu’il décrit comme des semi nomades qui s’écartent des sentiers battus.

Les Gilyak, au nord, peuplent aussi l’estuaire du fleuve Amour avec une population réduite à 4000 personnes dont moins de 1000 locuteurs d’une langue étrange, la langue Nivkhe, une langue considérée comme un « isolat » au même titre que la langue des aïnous qui lui est assez proche.

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Les aïnous (photos), au sud de Sakhaline, sont des japonais du nord du Japon (vous suivez ?). Ils sont un peu différents des autres japonais (un peu moins asiatiques, pas d’yeux bridés, pas de traits mongoloïdes…) et furent souvent victimes de racisme, ce qui les forçat à se japoniser. Aujourd’hui, ils seraient 150'000 et revendiquent une culture aïnous.

Koro-pok-guru_photo_01.jpgIls croient aux Koropokkuru, des nains habitant sous terre et dans les tiges des feuillages de tussilages ou de pétasites (en particulier dans l'un des plus grands de tous les pétasites du Japon). De la taille donc d'un pied d'enfant, ces "lutins" sont à proprement parler des kamuys (esprits" en langue aïnoue) végétaux. Établis dans les forêts, ils apparaissent au voyageur perdu pour le guider sur sa route. Passionnant.

14/02/2012

Chroniques d'Al-Quds

Je commence parfois mes notes géographiques par « il n’a a pas que la Palestine sur la terre. ». Je le fais pour protester contre l’ampleur qu’a prise ce territoire dans les "news of the world". Eh bien figurez-vous que je viens de lire un truc sur la Palestine et que j’ai adoré.

couv-big.jpgC'est cette BD que m’ont passée Inès et Xav qui vient d'avoir un prix à Angoulème. J’avoue que je suis difficile en matière de BD et particulièrement de BD reportage. J’ai aimé Persépolis de Majanne Satrapi, mais il m’est arrivé de penser que parfois le dessin limitait mon imagination. Ce n’a pas été le cas avec ces chroniques de Jérusalem de Guy Delisle.

Guy est canadien. Il s’est fait connaître avec un album intitulé Pyongyang et que je me promets de lire très bientôt. Il est donc parti vivre à Jérusalem pour suivre sa femme en mission pour MSF. Guy arrive avec ses enfants et va loger à Jérusalem Est. Il nous décrit son séjour en Palestine. Les visites des sites historiques, le pays n’en manque pas, s’intercalent avec les petits incidents de la vie quotidienne. Sur la question palestinienne, Guy ne prend pas parti mais le récit et les dessins prennent parti tous seuls.

Ce territoire est un gruyère parsemé de check-points qui créent des embouteillages entre les colonies juives et le zones où vivent les arabes. Les israéliens en prennent pour leur grade mais les arabes ne sont pas épargnés comme dans cette visite de l’université arabe de Jérusalem (Al-Quds le nom arabe de la ville) ou la désorganisation et le manque de sérieux dominent.

Un humour subtil qui, entre autre, montre, sans y toucher, les religions sous leur jour le plus ridicule et absurde. Chrétiens, juifs, musulmans de toutes obédiences, et Di-u sait s’il y en a dans ce coin de terre, sont montrés sous leur jour le plus sinistre. Cela ne m’a pas donné envie de vivre dans un tel lieu sur les décombres de tant de bagarres imbéciles.

Après ça, la phrase de notre président au dîner du CRIF prend un relief particulier : Israël est un miracle. Sur les décombres, cette démocratie est née. C’est un symbole considérable qui va au-delà de ce qu’est ce petit pays par le nombre d’habitants et par le nombre de kilomètres carrés. Israël, c’est un miracle !

On se demande quelle idée il peut bien se faire de la démocratie notre président. Sans doute pas la même que cette fiction rationelle, dont le but est d'assurer la liberté, l'égalité et la paix, déclinée hier soir au café philo de Saint Julien par l'excellent Alain Gentil.

Petite animation de Delisle pour Méline et Lilian:

30/01/2012

Banane Bleue

Banane_bleue.jpg

Est-ce que Vialatte aurait commencé ce sujet sur la banane bleue en disant que les villes existent depuis la plus haute antiquité ? Je ne sais pas, mais je suis sûr que lui, n’aurait pas confondu mégaLOpole et mégapole, ni bien sûr métropole (la ville-mère de nos pères).

 

La ville grecque de Mégalopolis n’est pas une mégalopole ni même une mégapole. Une mégapole se doit d’avoir 10 millions d’habitants* (norme onusienne que satisfont moins de 30 villes dans le monde). Une mégalopole est un espace urbanisé polynucléaire formé de plusieurs agglomérations dont les banlieues et couronnes péri-urbaines s'étendent tellement qu'elles finissent par se rejoindre. (pas mal Wikipedia !) Les plus connues sont : celle qui va de Boston a Washington, celle de Toronto-Montréal-Chicago-Détroit, le continuum Rio-Sao-Paolo, celle de Hong-Kong-Chenzen-Canton, celle de Tokyo-Fukuoka… 

300px-Blaue-banane.pngLa banane bleue est donc notre mégalopole à nous. Inventée par R. Brunet, elle englobe Londres, le Randstad Holland (Utrecht, Amsterdam, La Haye et Rotterdam), la zone Rhin-Ruhr (Cologne, Bonn, Dusseldorf, etc…), Strasbourg, Luxembourg, Francfort, Stuttgart, Zurich, Bâle, Turin, Milan) C’est un mégalopole pleine de trous. Elle a surtout un inconvénient, elle n’englobe pas Paris.

Alors on si on prend Paris dans le cercle, ou plutôt l'ellipse orange sur l'illustration, on parle du ring. Un mot qui rappelle l'anneau du Niebelung de Wagnerm, des opéras dont le prélude est  l’or du Rhin, le fleuve qui se trouve au cœur de ce système. Les capitales européennes Bruxelles et Strasbourg sont au centre. 

 

 

220px-Pentagone_europ%C3%A9en_European_pentagon.pngUne autre vision est le pentagone que forment les villes de Londres-Paris-Milan-Munich-Hambourg.

Quand aux métropoles, allez donc consulter vous-même la définition. Il est quand même étonnant de penser que métro vient du sanscrit meter, la mère. La psychanalyse y verrait sans doute un signe de l’inconscient collectif aux galeries méandreuses, vermiculaires et souterraines. 

* Megalopolis, la ville d’Epaminondas en Grèce, a aujourd’hui 5 mille habitants et n'en avait probablement guère plus dans l’antiquité.

28/01/2012

Nombril

Question intéressante posée par Arédius : Nantes est-il le centre du monde ? Vous me connaissez, si on m’interroge, je ne réponds pas toujours mais je cherche toujours. Première réponse, pas trace de centre à Nantes à l'exception du centre d'état civil ! En fait, on se demande si Arédius ne se prendrait pas pour le nombril du monde. Non, il est trop modeste pour ça.

1999956789.jpgOn sait que les anciens grecs tenaient Delphes pour le nombril du monde (l’omphalos). On sait aussi que Salvator Dali tenait la gare de Perpignan pour le centre du monde. A mon grand ravissement, je découvre que Roger Brunet, éminent géographe toulousin s’est posé la question et donne quelques réponses dans le numéro de ce mois de Sciences Humaines consacré à Bourdieu.

Chaque point du globe est le centre sur une sphère. La question d’Arédius est plutôt de trouver le centre des terres émergées. Le centre serait alors le point où le parallèle 23° N rencontre le méridien 28° E, mais cette rencontre se fait en deux endroits : en plein désert égyptien d'une part, en plein océan Pacifique de l'autre. Deux centres du vide en quelque sorte !

images?q=tbn:ANd9GcQgAtPdf7VZDykwm7-ZeCdqMtL_m3ULvpQUTZWCa-Maz79fCTlJPas génial. Peut-être vaut-il mieux adopter l’île Dumet, non loin de Nantes comme le suggère Arédius. Une île de 8 hectares qui fut sans doute un jour rattachée au continent (massif armoricain). Aucun doute cette petite île est une vraie terre de légendes et d’énigmes diverses, un bien meilleur candidat que le gare de Dali. Lisez l’article. Elle aurait remplacée Rome comme centre des terres émergées.

festivalduNombril-Pougne.pngL’île Dumet est en forte concurrence avec Pougne-Hérisson. Ce village du Poitou, source de tous les mythes au logis.Une commune unique et double à la fois. Pougne, sa mairie, son église dédiée à St Pou (guérisseur des maladies nerveuses provoquées par la peur), son bistrot… un point très très Yang et Hérisson, sa chapelle, ses prés humides, son Nombril, fondamentalement Yin. Pougne-Hérisson est le ventre historique de la naissance des histoires du monde. Tous les mayas vous le diront.


images?q=tbn:ANd9GcTLIQOdQSmaNey5NKNnznol_H8Cni0eUV1ymRODaawwncE2jPoZDRtUgpONRoger Brunet dit que si l'on regarde le monde du point de vue du nombre d’humains qui l'habitent, il faut trouver un centre de gravité à partir des zones les plus peuplées. Il faut se rendre en Asie. « La moitié de l'humanité vit dans un large fuseau qui englobe la plus grande partie de l'Inde et de la Chine, mais aussi la quasi totalité du désert du Tibet et une bonne partie de la Sibérie ». En tenant compte du foyer européen et américain, le centre du peuplement se trouverait au Rajasthan. Exacetment au Yantra Mandir à Jaïpur au nord-ouest de l’Inde, l'observatoire astronomique construit sur ordre du mahârâja Jai Singh II pour son guru dans le but de déterminer les moments les plus propices pour les grands événements. Il est inscrit depuis 2010 sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO.

Un autre calcul le donne à la frontière sud du Qatar, un centre de l'humanité en plein désert. Si Roger Brunet avait pris comme critère la richesse mondiale, il serait sans doute tombé sur la Rue du Mur ou éventuellement dans une salle de conférence de Davos à cette époque de l’année. D'autres idées ?

Ma grande crainte serait que ce centre du monde ne devienne vraiment que virtuel et commercial !

A la réflexion, je vote pour Pougne-Hérisson !