01.12.2009

Lettre

Comme vous, je suis admiratif de l’énorme travail que notre président réussi à abattre chaque jour. Après avoir lancé les régionales dont on dit qu’il se propose de régler les places sur les listes UMP département par département, le voilà au Brésil, puis dans les Antilles, et de là-bas, il essaye de régler le problème des files d’attente pour les vaccinations de la grippe A. Étonnant non ? Mais il y a plus fort. Alors que je lui proposais par mail mes services en m’inquiétant de sa santé, il a pris le temps de me faire cette réponse toute personnelle.

Salut Joël,

C’est le président qui vous répond dans l’avion qui me ramène de Trinidad et Tobago au sommet du Commonwealth. Pas moyen de dormir. Avant hier j’étais en Amazonie avec mon pote Lula. On avait invité Uribe et Chavez qui ne sont pas venus. Dommage pour eux car la balade en pirogue au milieu des crocos et des piranhas était superbe, on se serait cru rue de Solférino, Lula est vraiment un guide de brousse exceptionnel. Je lui ai expliqué pour Copenhague, il était complètement d’accord avec moi : Barack doit venir pour la photo finale. C’est important la photo finale !

Pas terrible la bouffe à T&T. Epicé ! J’ai mangé avec Manmohan, le premier indien, sympa mais un peu vieux jeu, j’ai trouvé. Je lui ai expliqué pour Copenhague. Il m’a félicité pour mon discours à tous ces english pas très clairs. C’est sûr, aucun doute, il était vachement bon mon speech. Il y avait 53 pays quand même, tous super admiratifs de ma position de la France. Je n’ai pas mâché mes mots, je leur ai bien expliqué ma façon de voir. Quant à Ban KI, l’onusien et Lars, le premier danois, je leur ai tout bien expliqué aussi… et surtout qu’il fallait bien qu’à Copenhague on fasse dans la contrainte environnementale, fini le laxisme (de gauche).

SarkoUNI.JPGEnsuite, j’ai eu Bachelot. Je lui ai dit d’expliquer à la presse qu’on allait ouvrir de nouveaux centres de vaccination… mais j’ai oublié de lui dire un truc… et je sais plus quoi ? C’est à cause que j’étais préoccupé (j’aime bien cette manière de parler peuple, qu’en pensez-vous ?). C’est vrai, y a de quoi se faire du souci, on me demande ce qu’ils foutent tous ces faignants de toubibs… Roseline et moi, on se tue à expliquer aux médias tout ce qu’on va faire pour la santé… et ça ne suit pas. C’est quand même pas bien compliqué de faire quelques piquouses dans un gymnase.

Ah oui, je sais ce que j’ai oublié… je devais lui dire que pour le centre de vaccination de Courbevoie, ça ne va pas être facile, parce que j’ai emmené la clé du cadenas de l’armoire métallique où sont entreposées les doses de vaccins et je ne crois pas qu’ils ont un double. J’en ferais faire un dès mon retour à Paris après avoir briffer les troupes UMP (ils mollissent, je le sais bien – mais faut pas le perdre ces régionales, je vais te les booster, vous allez voir !), enfin, pour le cadenas c’est si je trouve un serrurier ouvert le dimanche.

Bon, la semaine prochaine ce sera plus cool. Lundi, cérémonie de prise d'armes d'automne aux Invalides. Mardi, Toulon, discours sur la relance économique, fastoche, suis rodé… Mercredi, conseil, deux ou trois trucs à expliquer à Fillon, Borloo et Lagarde. Ensuite bouffe avec les maires candidats pour l’euro 2016, faudra que je leur explique comment on monte un vrai dossier football. A 17 heures, Leonel Fernandez, Président de la République Dominicaine. Jeudi Tzipi LIVNI. Si Carla ne m’invente pas une nouvelle position, ça va aller. Merci, Joël, pour votre proposition de m’aider, c’est sympa, mais je crois que je vais y arriver tout seul.

Nicolas – De retour de Trinidad et Tobago

29.10.2009

Egaliser les egos

Ca-vient.jpg La crise, pour s’en sortir, ce qu’il faudrait, c’est égaliser les egos.

Il faut trouver le Plus Petit Commun Ego (PPCE) et donner un grand coup de scie égoïne sur tout ce qui dépasse.

Je n’ai jamais dit que le résultat serait forcément harmonieux, ni même joyeux… on risque bien de remplacer un monde d’egolâtres par une assemblée un peu tristounette d’egophobes… C’est un risque à courir.

Certes, on pourrait se contenter de changer les egos les plus gros. On pourrait les altérer, mais si c’est pour avoir une nouvelle série d’alter ego, à quoi bon ? Non, on le sait depuis longtemps, ce qui empêche d’atteindre la sagesse, le nirvana, le paradis sur terre, c’est l’ego.

On aura beau se mettre sur un plan légal, l’ego du banquier ne sera jamais égal à l’ego du gogo et le gogo finira toujours plumé. C’est mathématique, une sorte d’identité remarquable : l’ego du banquier est égal au carré de l’ego du gogo plus deux abbés car il faut presque toujours deux abbés dans une identité remarquable.

Je suis profond aujourd’hui, vous ne trouvez pas ? Je sens mon ego qui gonfle, moins qu’un banquier, mais quand même, il va falloir que je me surveille pour éviter la scie égoïne.

Ecrit par moi, Joël, ce jour.

20.10.2009

Le conseiller

Ca-vient.jpgOn dit qu’il murmure à l’oreille du président, qu'il lui donne son avis sur mille sujets différents. Il est son conseiller à plein temps.

Ce n’est pas un job facile. Il est souvent pris entre le marteau et l’enclume. On lui demande de soumettre des plans d’action et chaque fois qu’il y a un petit os dans le plan, il s’en prend plein les tympans. Le président adore jouer de la trompe d’Eustache. La trompe est là pour équilibrer la pression et certain jour, au palais, la pression a bien besoin d’être équilibrée.

S’il est bien en cour, tout va pour le mieux, le président le reçoit immédiatement, sinon il doit patienter dans le vestibule. Remarquez que le vestibule est un bon endroit pour se mettre à l’écoute des rumeurs. Si on a l’ouïe fine, on y entend toutes sortes de ragots rapportés par des ministres, des secrétaires d’état ou encore d’autres conseillers.

Hier, il patientait dans le vestibule, pensant pouvoir accélérer un dossier urgent, qui, à vue de nez et vu d’en haut, devait être en bonne voie aérienne et supérieure. Soudain, un ministre, à qui il avait pourtant mis le pied à l’étrier*, lui dit que, s’il ne tenait qu’à lui, son dossier avancerait aussi lentement qu’un limaçon. Il avait dû s'accrocher à la rampe pour ne pas gerber. Il y a vraiment quelque chose qui cochle** dans cette histoire. Pourtant, c’est un sujet dans ses cordes, il ne devrait pas avoir à élever la voix pour être entendu.

Pourtant le bruit de sa disgrâce se répand… Eh oui, conseiller est un job à risque. C’est vrai ! Heureusement, il est bien payé. Autrefois il aurait risqué de finir dans un cul de basse fosse nasale et puante. Aujourd’hui, son seul risque est de perdre l’oreille du président. Qu’importe, il aura fait sa pelote et se retirera sans bruit dans son pavillon de banlieue, un endroit calme et silencieux.

*L'étrier est le plus petit os du corp humain.

**Le limaçon ou Cochlée est l'organe de l'audition. C'est un long cône enroulé en spirale et divisé en trois parties dans l'axe de sa longueur: la rampe vestibulaire, la rampe tympanique, et le canal cochléaire.

02.10.2009

Argumentaire

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Des vendeurs,

des encres,

des carottes

et de tous les mercantis

écologiques.

 

Il y a fort longtemps, j’ai vendu des assurances-vie en porte à porte. Ces assurances destinées au bas peuple étaient des produits scandaleux, une vraie escroquerie.

Le souscripteur mettait un montant chaque mois, sept ou huit fois plus important que le montant nécessaire à la pure assurance et quinze ou vingt ans plus tard il récupérait des cacahouètes. La bonne preuve de l’escroquerie, c’est que pour les cadres et professions libérales, on avait des produits beaucoup sophistiqués et un peu moins filous.

N’importe qui pouvait devenir vendeur, il suffisait d’apprendre par cœur l’argumentaire gracieusement fourni à chaque nouvel employé. Pour réussir, il fallait un peu de culot mais surtout, il fallait y croire. Je n’y ai pas cru très longtemps mais j’en ai retenu une bonne leçon : Le bon vendeur, celui qui réussit, qui va gagner beaucoup d’argent, est celui qui ne se pose pas de question, celui qui prend l’argumentaire au pied de la lettre et qui fonce tête baissée. S’il est un peu chanceux, il deviendra capitaine d’industrie et son fils héritera de l’empire qu’il a créé à la force de son argumentaire.

Cela marche pour les vendeurs de voiture, de maisons, de drogue ou de poupées Barbie. Cela marche aussi pour les marchands de « bio » ou de produits écologiques et de développement durable. On explique au vendeur que l’encre végétale, les carottes bios ou la voiture verte sont bonnes pour l’environnement et voilà notre vendeur parti à la conquête de nouveaux marchés. Il vous jure, croix de bois, croix de fer, que son produit est total DD (dévelopemment durable). Il n'a pas de raison d'en douter avec le si bel argumentaire qu'on lui a fourni. Et pour vous, qui en douter, il n'a qu'incompréhension. Peut même qu'il vous soupçonne d'être contre la protection de la planète.

Encre végétale. Puisque le vendeur y croit et qu’en plus l’acheteur en veut, pas question de se poser des questions et de chercher à savoir si pour produire cette encre on n’utilise pas des procédés encore plus mauvais pour l’environnement que la production d’encre à partir d’hydrocarbures pétroliers.

06.06.2009

Guichet

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Le guichet des vieux cons date de la plus haute antiquité. Il est ouvert 24 heurs sur 24, 365 jours par an comme les pompes à essence des supermarchés. Contrairement aux pompes à essence, le ticket y est gratuit et chacun peut y faire la queue sans prendre sa voiture. On y trouve toutes les classes sociales, toutes les professions venues ici pleurer le passé, abhorrer le présent et haïr la jeunesse.

 

Un sondage récent faisait état d’une majorité de gens qui ont une image négative de la jeunesse. Une jeunesse dépravée qui, on le sait, ne fout rien et ne cherche pas à s’en sortir. C’est vrai qu’il n’y plus de boulot et que le seul autre guichet d’ouvert c’est celui du pole emploi, on le trouve facilement, il est juste à côté.

 

On trouve de tout au guichet des vieux cons mais on trouve surtout des gens qui détestent : en plus des jeunes, ils exècrent leurs voisins, ils haïssent leurs contemporains, ils abominent les étrangers, ils compissent les journaux populaires, ils conchient les journaux intellos, ils maudissent les politiques. Ils louent les temps anciens… et répètent que c’était mieux avant. Contrairement aux demandeurs d’emploi, un jour ils finissent par avoir raison et ils meurent devant le guichet. Satisfaits.

 

13.05.2009

Philosophe

Ca-vient.jpg Les philosophes existent de la plus haute antiquité. On les représente vêtus d’une pièce de lin mal ajustée, assis sur les marches de l’Agora, entourés de jeunes adeptes questionneurs ou encore dans un tonneau, presque à poil. Parfois, le philosophe se masturbe pour choquer le bourgeois, d’autre fois il chasse le grand Alexandre qui lui fait de l’ombre. En général, les philosophes prêchent le détachement, ce sont des sages, ils ont tout compris à la vie et surtout qu’il n’y a rien à comprendre.

Hier, sur la montagne, j’ai rencontré un philosophe. C’e n’est pas si courant. Surtout quand ce philosophe est un ex-marchand de voiture d’occasion.

Je ne sais pas exactement pourquoi mais j’ai un a priori défavorable en ce qui concerne les vendeurs. Cela me vient peut-être de mon grand-père, un artisan, qui traitait les marchands de « mercanti ». En fait, il n’aurait dû y mettre aucune intention maligne, vu qu’il était italien et que mercanti veut dire marchands en italien. Mais lui l’utilisait sciemment dans le sens français du mot : « Un homme qui ne pense qu’à gagner de l’argent. »

Toujours sans grande justification, dans mon esprit, le marchand de voiture d’occasion est le mercanti, le plus truand et le plus superficiel de tous. Il adore les bagnoles. Le week-end, il emprunte tout les cabriolet de la concession pour faire le cacou et tomber les gonzesses.

Eh bien, celui que j’ai rencontré hier est d’une autre trempe. Il m’a avoué faire plus de kilomètres à pied et en vélo qu’avec sa voiture. Sa voiture vieillit au garage pendant qu’il grimpe le Salève et cycle sur les pistes cyclables de la banlieue genevoise. C’est à cela qu'on reconnait le nouveau philosophe, il réduit ses besoins et sauve la planète, cela sans faire de publicité.

01.02.2009

Préface

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Dans un livre oublié et recouvert de poussière, je retrouve une préface dont voici la fin.

Pourrez-vous en retrouvez l’auteur ?

 

Chaque homme, chaque femme doit cesser d'être un sujet soumis dans chacun des aspects de sa vie, comme travailleur, consomma­teur, habitant, usager des transports publics et pa­rent d'élèves aussi bien que dans ses activités de cul­ture et de loisirs. Réconcilier travail et création, donner à chacun la chance de la responsabilité par­tagée, préserver les différences enrichissantes entre les individus, les groupes et les peuples plutôt que de se laisser aller à une société de robots, tel est le sens du projet autogestionnaire et la raison pour laquelle il doit fonder non seulement l'organisation de la pro­duction mais celle de la société tout entière.

Utopie ? Peut-être, si l'on s'en tient à la révolte indi­viduelle et au rêve généreux. La réalité de demain, s'il est possible de transformer la volonté autogestionnaire en un projet politique, en une force collective capable de renverser l'Etat de la bourgeoisie pour imposer une organisation nouvelle qui rendra possibles le pouvoir des travailleurs et la liberté du peuple.

Il semble que nos sociétés habituées à l'abondance ne sachent plus comment se débarrasser des contraintes du progrès industriel, comment se délivrer des chaînes d'une éco­nomie de profit, tant le capitalisme a marqué les struc­tures, les institutions, les mentalités le socialisme n'apparaît plus guère que comme un capitalisme moins injuste. Par-là même il perd sa force de contestation. Il enferme les forces populaires dans le jeu des reven­dications et il déserte le terrain de l'Histoire.

Et pour­tant, le capitalisme ne cesse pas de montrer son véri­table visage la guerre et la misère, la division et la haine, la mort lente dans les campagnes et l'étouffe­ment dans les villes, l'oppression et la répression. La multiplication des révoltes, qui renouent avec bien des traditions historiques en France même manifeste la capacité des hommes à résister à leur propre exploi­tation. Elle ne permet pas de les en libérer.

Aujourd'hui, la recherche de l'autogestion popu­laire, malgré toutes ses ambiguïtés, est bien la voie nouvelle qui redonne son sens historique à la révolu­tion socialiste. Il revient aux militants révolutionnaires de donner à l'autogestion un contenu plus précis, qui corresponde mieux aux exigences de la lutte économique, politique et idéologique, contenu plus offensif aussi qui se nour­risse de toutes les luttes que mènent aujourd'hui les travailleurs pour imposer leur contrôle sur le travail et la vie sociale.

Contrôler aujourd'hui pour décider demain cette formule résume à la fois le but et le moyen de la révolution socialiste ; elle rappelle que seuls les travailleurs sont à même d'imposer leur pro­pre pouvoir et qu'ils ne sauraient le déléguer à aucun parti ni à aucun homme. La révolution se fera par les travailleurs et tout le peuple ou elle ne se fera pas. Le rôle des militants aujourd'hui est de permettre que se fasse cette révolution qui réconciliera enfin socialisme et liberté.

(selectionnez avec la souris)

Michel ROCARD Fin de la préface du manifeste du PSU

adopté par le 8ième congrès à Toulouse en décembre 1972

11.12.2008

Inoubliable HM

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Article publié

sur agoravox

et repris par Yahoo Actualités

 

 

Connu par ses initiales, Henry Molaison est mort à l’âge de 82 ans le 2 décembre. Né en 1926, il avait été victime en 1953 d’une intervention chirurgicale au Hartford Hospital dans le cadre d’une épilepsie pharmaco-résistante. Après cette intervention, alors qu’il avait 27 ans, il ne put jamais plus former de nouveaux souvenirs. Son amnésie n’avait pourtant pas entamé ses capacités intellectuelles.

Il connaissait son nom. Il savait que sa famille paternelle venait de Thibodaux en Louisiane et celle de sa mère d’Irlande. Il se rappelait de la crise de 29, de la seconde guerre mondiale mais il ne se souvenait de rien après 1953. Il a vécu avec ses parents, puis avec de la parenté et enfin en institution à l’âge de 54 ans.

Chaque fois qu’il rencontrait un ami, chaque fois qu’il mangeait un plat, qu’il regardait la télé, qu’il entendait une histoire drôle, chaque fois c’était pour lui une première fois. Il avait la surprise de la découverte, le retour perpétuel en enfance. Il vivait ce que cherchent certains mystiques : l’instant présent.

La suite ici... et voici la fin pour ceux qui ne veulent pas cliquer :

Avait-il conscience de son apport à la science ? Oui et non. Il aimait bien participer à toutes les expériences. Il aimait les bonnes blagues et il était sensible aux gens dans la pièce. Un jour qu’une chercheuse faisait remarquer à quel point il était intéressant, HM rougit et quitta la pièce en disant qu’il ne pensait pas être si intéressant que ça.

Il a donné son cerveau à la science. Cerveau qui sera conservé et qui a été scanné la nuit de sa mort en long et en large pour tâcher de connaître au plus près quelles zones étaient exactement touchées. Il n’a laissé aucun survivant mais il a laissé à la science un héritage qui ne sera pas oublié.

03.12.2008

Les pauvres

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Les Pauvres datent de la plus haute antiquité. La stratégie utilisée par les riches pour éviter d’avoir mauvaise conscience date par ailleurs de la même époque. Un des pires problèmes des riches est de vivre à côté des pauvres. C'est pourquoi les riches ont toujours consacré beaucoup d’énergie à justifier leur position de riches. C’est toujours le cas aujourd’hui mais les économistes libéraux ont apporté leur aide pour faciliter la bonne conscience des riches.

La réponse la plus antique, la plus pèrenne, et aussi la plus simple, disons la plus biblique, consiste à dire « Les premiers ici-bas seront les derniers là-haut  et réciproquement. » Magnifique. Rien à ajouter.

Et pourtant, des siècles plus tard, à l’aube de la révolution industrielle, on a modernisé la chose en disant que ce qui était bon pour les riches était bon pour l’ensemble de la société donc pour les pauvres. Vers 1830, certains économistes tel Malthus dirent que si les pauvres sont pauvres, c’est de leur faute : ils font trop d’enfants.

Ensuite on expliqua la chose, avec des gens comme Rockefeller (plus riche que Crésus), par cette merveilleuse règle de Darwin un peu bricolée : Seul les plus aptes survivent. L’élimination des pauvres se fait pour le bien de la race. Une loi de la nature, donc de Dieu. (L’ironie est que ce sont les mêmes qui luttent aujourd’hui contre le darwinisme avec l’Intelligent design.) Cette théorie du darwinisme social implique qu’aider les pauvres se fait au détriment de l’intérêt général bien compris.

Certains disent que c’est l’état qui doit aider les pauvres. Oui, mais les économistes libéraux pensent que l’état est incompétent donc on ne peut pas lui demander d’aider les pauvres, ce serait la pagaille et la solution serait pire que le mal. L’état doit s’occuper des choses sérieuses comme l’armée. En matière de protection sociale les fonctionnaires sont incompétents contrairement aux militaires qui dépensent l’argent public à bon escient. Ceci est particulièrement vrai pour les Etats-Unis.

Et puis aider les pauvres est mauvais pour leur moral, il faut qu’ils restent battants, qu’ils continuent de travailler plus pour gagner plus. D'ailleurs, ce sont souvent les femmes qui réclament des indemnités, et ce n’est pas bon pour la paix des ménages. Non, les aides nuisent aux défavorisés. De plus, elles nuisent aussi à ceux qui bossent qui doivent alors payer pour les oisifs. Les riches risquent de ne plus se rendre dans leurs  bureaux climatisés du dernier étage si leurs impôts sont trop élevés. Quelle perte pour la richesse commune.  Et même s'il continuent de bosser, comme Johnny, ils risquent de partir. à Monaco ou en Suisse. Pas bon pour l’économie tout ça. Mettons un bouclier pour les protéger. Regardez autour de vous, les riches bossent beaucoup moins qu’avant, c’est la faute aux aides sociales.

Et puis, aider les pauvres, c’est empiéter sur la liberté générale, donc sur la leur. C’est limiter le droit de faire ce qu’on veut de notre bel argent durement gagné. Et priver les gens de liberté n’est bon pour personne, pas plus pour les riches que pour les pauvres, c’est bien connu.

Dernier point, la crise est déjà tellement omniprésente, les informations économiques et boursières tellement déprimantes, le terrorisme est partout, alors il n’est pas conseillé, si on tient à son bonheur personnel, si on veut garder une pensée positive, de trop se préoccuper des pauvres. Non mais sans blague ! C'est minant pour le moral, ça n'est pas bon  pour le swing au golf et ça ne fait pas avancer le yacht.

* Texte librement inspiré d’un papier de John Kenneth Galbraith publié dans le numéro de novembre 1985 de Harper’s Magazine. A lire ici.

et écoutez Plume Latraverse. Ici les paroles.

Les pauvres ont pas d’argent
Les pauvres sont malades tout l’temps
Les pauvres savent pas s’organiser
Sont toujours cassés

Les pauvres vont pas voir de shows
Les pauvres sont ben qu’ trop nonos
En plus, les pauvres, y ont pas d’argent
À mettre là-d’dans

Les pauvres sont su’l’Bien-Être
Les pauvres r’gardent par la f’nêtre
Les pauvres, y ont pas d’eau chaude
Checkent les pompiers qui rôdent
Les pauvres savent pas quoi faire
Pour s’ sortir d’ la misère
Y voudraient ben qu’un jour
Qu’un jour, enfin, ce soit leur tour

Les pauvres gens ont du vieux linge sale
Les pauvres, ça s’habille ben mal
Les pauvres se font toujours avoir
Sont donc pas d’affaires !

Les pauvres s’achètent jamais rien
Les pauvres ont toujours un chien
Les pauvres se font prendre à voler
Y s’ font arrêter

Les pauvres, c’est d’ la vermine
Du trouble pis d’ la famine
Les pauvres, ça couche dehors
Les pauvres, ça l’a pas d’ char
Ça boé de la robine pis ça r’garde les vitrines
Pis quand ça va trop mal
Ça s’tape sa photo dans l’journal...

Les pauvres, ça mendie tout l’temps
Les pauvres, c’est ben achalant
Si leur vie est si malaisée
Qui fassent pas d’ bébé ! ! !

Les pauvres ont des grosses familles
Les pauvres s’ promènent en béquilles
Y sont tous pauvres de père en fils
C’t une manière de vice...

Les pauvres sortent dans la rue
C’est pour tomber su’ l’ cul
Y r’çoivent des briques s’a tête
Pour eux, le temps s’arrête
Les pauvres ça mange le pain
Qu’les autres jettent dans l’chemin
Les pauvres, c’comme les oiseaux
C’est fait pour vivre dans les pays chauds

Icitte, l’hiver, les pauvres gèlent
Sont maigres comme des manches de pelles
Leur maison est pas isolée
Pis l’ gaz est coupé

Les pauvres prennent jamais d’vacances
Les pauvres, y ont pas ben d’la chance
Les pauvres, y restent toujours chez eux
C’est pas des sorteux

Les pauvres aiment la chicane
Y vivent dans des cabanes
Les pauvres vont pas à l’école
Les pauvres, c’ pas des grosses bolles
Ça mange des s’melles de bottes
Avec du beurre de pinottes
Y sentent la pauvreté
C’en est une vraie calamité
Les pauvres...

... mais y ont tous la t.v. couleur

02.12.2008

Concours

Dans le cadre du concours organisé par le Garde-mots, j’ai écrit un petit texte qui raconte l’histoire d’un cryptographe (qui décrypte des textes) et de son ami sémioticien (qui s’occupe de décrypter le sens, les signes...). Le cryptographe travaille sur le Voynich ce fameux document mystérieux apparu en 1666. Le texte est enluminé de bleu, de jaune, de rouge, de brun et de vert. Les dessins représentent des femmes nues de petite taille, des diagrammes astronomiques et environ quatre cents plantes imaginaires. Aloïs, le sémioticien, est un adepte de Greimas à qui j'ai piqué cette phrase imbitable sur le sens. Le texte (qui n'a pas gagné) est sous l’illustration suivi d’une petite définition des mots sinon allez sur le site du Garde faire des découvertes heureuses.

Voynisch1jpg

Croyez-moi, la vie du cryptographe est épuisante, plus dure encore que celle du sémioticien. J’ai encore passé la nuit à essayer de décoder le Voynich, ce manuscrit sans doute apocryphe et probablement basée sur l’uchronie. Vers les cinq heures du matin, j’étais presque certain que je le tenais. Les petites femmes nues en bleu flirtaient avec les voyelles, celles en jaune et rouge pointait lascivement les consonnes… les mille plantes imaginaires se lisaient comme des idéogrammes et les dessins astronomiques ponctuaient le tout. Avec un peu de sérendipité et sans pierre de rosette, j’avais percé tous pièges et autres cryptolemmes du Voynich. Et puis non. Vers les six heures, sous mes yeux ébahis, la jungle a repris le dessus, emplies d’affreux pornithorynques.

Je ne voudrais pas ennuyer le lecteur avec mes problèmes d’insomnie et de petites femmes nues en étalant ici mon acribie. Je voulais simplement vous parler des ennuis d’Aloïs, mon meilleur ami, tabellion minutieux et grand sémioticien. Aloïs, un cryptonyme, prétend, à l’instar du grand Greimas, qu’il est difficile de parler du sens et d'en dire quelque chose de sensé et que, pour le faire convenablement, l'unique moyen serait de construire un langage à base de cryptomnésie et qui ne signifierait rien... Foin des métalepses glissantes, je me suis dit : voilà une bonne question qui pourrait faire l’objet d’une écritude pour le Garde-mots.

Sans contrepèterie, la littérature regorge de gens qui utilisent un langage de peu de sens pour dire des choses insensées. Les sémioticiens se penchent sur la question, Aloïs a décidé d’y consacrer sa vie. Le malheur, c’est que depuis qu’il se pose ce genre de question, non seulement, il ne dort plus mais il est victime d’une panne des sens. Sa femme, la belle Hélène, connue pour sa beauté et l'incandescence de sa libido, en est toute tourneboulée. Que faire ?

J’ai suggéré à Aloïs de s’intéresser aux petites femmes nues du Voynich, mais je ne me fais guère d’illusions, le pouvoir érotique de la cryptographie est bien mince pour un vrai sémioticien. Alors, en attendant qu’il retrouve une partie de ses sens, j’ai décidé de me sacrifier. Je vais abandonner le Voynich et passer toutes mes nuits avec Hélène, en toute indécence. Je ne dormirais peut-être guère plus mais je pense que je décrypterai bien mieux le vrai sens de la vie.

Uchronie – Réécriture de l’histoire

Serendépité – Art de faire des découvertes heureuses

Cryptolemme – Rébus

Pornythorinque – Animal chimérique, un peu salopard et même vicelard.

Acribie - précision, exactitude, rigueur, minutie

Tabellion – Notaire - Qui tient des comptes précis.

Cryptonyme – Faux nom

Cryptomnésie – Ecriture automatique

Métalespse – Changement (glissement) de sens

Toutes les notes