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05/01/2012

Gaz Kazakh

Non, ce n'est pas une auréole ni un camping-gaz derriere la tête de Noursoulan Nazarbayev. C'est le drapeau Kazakh.

J’ai déjà parlé ici du Kazakhstan qui est toujours gouverné par le sympathique Noursoultan Nazarbayev. Il était déjà président du Conseil des ministres de la République socialiste soviétique kazakhe bien avant 1989. Un communiste donc reconverti au libéralisme. Bel exemple de retournement de Casaque tout en finesse. Enfin pas pour tout la monde.

Noursoultan est chouchouté par Total, Exxon et Shell, surtout depuis qu’à Kachagan, dans la mer Caspienne, on a découvert des réserves de pétrole, estimées entre 9 a 16 milliards de barils, la réserve la plus prometteuse de ces dernières décennies, mais 3 a 6 mois de consommation mondiale seulement. C'est dire à quelle vitesse nos voitures vont être à sec.

Encore plein de réserve dans un pays musulman donc. Mais, pas de pot, on avait vendu la peau de l’ours trop vite. En effet 11 ans et 39 milliards de dollars d'investissements plus tard, Total, Exxon, Shell et l'italien ENI sont très inquiets, les coûts d’extraction promettent d’être astronomiques.

A Kachagan. Les hydrocarbures y sont piéges a 4200 mètres sous le fond de la mer à très haute pression. En surface, sur des îles artificielles, les températures varient de - 35 °C en hiver a 40 °C l'été. Ces îles sont truffées de capteurs afin de repérer les fuites de gaz inflammables, du sulfure d'hydrogène toxique a haute dose (H2S, odeur d’œuf pourri). Sur la plus grande des îles artificielles, sur laquelle vivent 5500 employés, des exercices d'urgence sont conduits chaque semaine.

kashagan-ile-artificielle-D.jpg

Mais ce n’est pas le gaz qui tue à Kachagan… entre 14 et 70 personnes ont trouvé la mort en décembre au cours de manifestations d'ouvriers de la cite pétrolière d'Aktau, au bord de la Caspienne. Des manifestations réprimées dans un silence médiatique total par le grand ami de la France et de l'Occident, Nursultan Nazarbayev. Sources.

Les réserves mondiales de brut sont comme un vaste arbre fruitier. On commence par cueillir les fruits bien murs et a portée de main, avant de finir par se résoudre a monter chercher les fruits pourris tout en haut de l'arbre. Et, en principe, c'est à ce moment là que l'échelle casse et qu'on finit à l'hosto ou à la morgue.

PS: Jean, prière de mettre un commentaire.

16/11/2011

L'os du chat

jean_phi.jpgExcellente la chronique d'Audrey Pulvar ce matin sur France Inter intitulée un chat en sac qui revient sur le foutage de gueule de Peugeot et des ses suppressions de postes (ne pas confondre avec suppressions d'emplois !)

Il y a un point sur lequel elle aurait pu insister, c'est l'aspect "recherche et développement". Naguère, on nous expliquait que la Chine devenait la fabrique du monde mais que, grâce à Dieu, les jobs de haute valeur ajoutée resteraient chez nous. 

Il suffisait donc simplement de bien former nos enfants, de les encourager à faire des maths, si possible d'intégrer une grande école ou en tout cas une bonne fac orientée pratique, un IUP, au pire un IUT concret, bref de faire les meilleurs études possibles et ils auraient des boulots intéressants sinon très bien payés.

Et bien, depuis hier, tout cela est fini. Comme Audrey l'a justement fait remarquer, on a renfloué  les industries automobiles en 2008 avec nos impôts mais, pas de pot, cela n'aura servi à rien. Désolé, les bons jobs aussi vont partir ailleurs. Cela faisait longtemps que le clan de sochaliens avait oublié son rôle social. Le bon vieux paternalisme du siècle dernier. Cette fois le chat n'a plus rien sous la peau, après la graisse on a enlevé le muscle et l'os est à vif.

31/10/2011

Vol sur autoroute

En France, on aime bien les comparaisons avec l’Allemagne. 13’000 kms d’autoroute en Allemagne, 9'000 en France. Les autoroutes allemandes ont rapporté 4,5 milliards d’euros en 2010, les françaises 8,11… et très peu d’argent est revenu à l’état, même si pas mal de kilomètres ont été construits avec nos impots. Un merveilleux exemple de libéralisme économique.

En 2005 on a bradé nos autoroutes à des sociétés privées (Eiffage, Vinci…), Eiffage a payé 14,8  milliards pour les 2'240 km d’APPR. En 2005, sur 100€ payé par l’automobiliste, 12 allaient dans la poche des actionnaires, aujourd’hui, on en est à 16,30€. Ces sociétés font même du bénef sur l’essence vendue et en bons patrons modernes qui se respectent, ils font toujours plus avec moins de personnel.

Je sais tout cela et bien d’autres choses sur ce scandale grâce au dossier de Marianne de cette semaine. Sur ce sujet, il y a en plus deux trucs dont l’article ne parle pas et qui m’énerve grave : Le fait que sur l’APPR (Eiffage) qui va de Genève à Lyon on est à peu près tout le temps sur une file dans le tunnel de Chamoise avec bouchons et pourtant, le prix reste le même, même si la moyenne chute souvent  à 90. Le second, c’est qu’APPR me prenne pour un con en remplissant ses panneaux lumineux de messages sur  l’attention particulière porté au client (50 ans de confiance, disent-ils, alors que le rachat date de 2005). Bandits !

Une chose à savoir, grâce à quelques actions que possède le conseil général de Soane et Loire, Arnaud Montebourg fait son maximum pour enquiquiner ces messieurs et ainsi éviter que le conseil d’administration de l’APPR ne tourne tranquillement ses séances en rond(s). Merci Arnaud, ça c’est de la bonne politique qui agit. L’article donne quelques pistes sur comment un nouveau gouvernement pourrait se sortir de ce piège de la concession trentenaire qui plume les finances de la France.

25/10/2011

La dette

Ces jours, on ne parle que de dettes. Je viens de tomber sur un livre de John Perkins,  datant de 2004, Confession d’un assassin financier. L’arme du crime : la dette.

John Adams (le second président américain) disait déjà : « Il y a deux manières d’asservir une nation, l’une par l’épée, l’autre par la dette. » Cette seconde technique est maintenant très au point, elle a l’aval des meilleurs économistes qui parlent d’ailleurs de guerre économique.

Perkins explique dans son livre que cette arme de la dette a permis à quelques tireurs de ficelles (banquiers, chefs de grosses entreprises, FMI, Banque mondiale, politiciens…) de conquérir le monde en commençant par les pays pauvres pour progressivement assujettir les pays riches. La science utilisée pour amener les états à s’endetter mélange toute sorte de techniques dont la corruption et la menace physique des dirigeants. Mais il est une technique bien plus puissante, la même qu’utilise la grande distribution et les banques pour (sur)endetter  les particuliers que nous sommes : La séduction.

A propos du livre, on a parlé de nouvelle théorie du complot. Peut-être ! Ce qui est vrai, c’est que, de manière incompréhensible, nous, les pays riches d’Europe, nous nous soyons fait piéger de cette manière. Certe les dépenses ont augmenté mais pas seulement, ce qui a augmenté encore plus ce sont les intérêts versés à des investisseurs privés. C’est le même système que pour les autoroutes, l'eau, le gaz, l'electricité... on confie les routes (les intérêts) à des capitalistes et ensuite on paye de plus en plus cher pour un service de moins en moins bon. Pour le crédit, il y a en plus des Moody’s et autres noteurs qui font monter l'intérêt de la dette.

Petit rappel historique : En 1931, Moody's dégrade la note de la Grèce, et les taux d'intérêt grimpent. La drachme est dévaluée et le pays fait défaut en 1932. Les Grecs sont frappés par l'inflation et des émeutes éclatent.

 La monarchie est restaurée en 1935 et en 1936 a lieu un coup d'État par lequel le dic-tateur Metaxas prend le pouvoir. La même année Moody's exprime ses regrets à propos de ces événements et annonce l'arrêt des notations des dettes publiques.

29/05/2011

Lordon - Théatre

 

 

Frédéric Lordon, dont je parlais hier, a écrit une pièce de théatre en alexandrins sur la crise financière. D'un retournement l'autre.

 

Extrait paru dans le monde diplo.

 

 

Acte III Scène 2

Bureau du président de la république. Des banquiers, des conseillers...

 

 

 

 

Le banquier

Monsieur le Président, votre haut patronage

Nous offre l’occasion de multiples hommages.

A votre action d’abord qui fut incomparable

Et victorieusement éloigna l’innommable.

Mais à votre sagesse nous devons tout autant

La grâce que nous vaut le parfait agrément

De vous entretenir et d’avoir votre oreille,

Pour éloigner de vous tous les mauvais conseils.

Le quatrième banquier

Nous savons le courroux qui saisit l’opinion,

Tout ce que s’y fermente, toute l’agitation.

Nous entendons la rue rougeoyant comme forge

Vouloir nous châtier, nous faire rendre gorge.

Le peuple est ignorant, livré aux démagogues,

Outrance et déraison sont ses violentes drogues.

Il n’est que passion brute, impulsion sans contrôle,

Un bloc d’emportement, et de fureur un môle.

Le troisième banquier

Mais nous craignons surtout que des opportunistes,

Sans vergogne excitant la fibre populiste,

Propagent leurs idées, infestent les esprits.

Ils ne nous veulent plus que raides et occis.

Même les modérés sont assez dangereux.

Incontestablement ils semblent moins hargneux,

Et s’ils n’ont nul projet de nous éradiquer,

Ils ne veulent pas moins nous faire réguler...

Le banquier

Il ne faut rien en faire, monsieur le Président,

La chose n’aurait que de grands inconvénients.

A-t-elle en apparence le renfort du bon sens ?

Elle n’en est par là que plus grande démence.

Le marché, de la crise, doit sortir raffermi,

Certes il connaît parfois quelques péripéties,

Mais toute la nature est sujette à des cycles,

Il n’y a pas là de quoi édicter des articles.

Qui voudrait s’opposer au retour des saisons,

Empêcher des planètes la révolution ?

Aux marchés nous devons ce genre de sagesse,

A ses fluctuations il faut que l'on acquiesce.

 (...)

 

Le nouveau conseiller

La mission, l'enthousiasme et l'intérêt commun,

Ne sont-il pas touchants nos bons samaritains ?

Ah! le joli spectacle, les merveilleux acteurs

On les croyait arsouilles, ils sont nos bienfaiteurs.

(...)

Cyniques ou crétins ? C'est toute la question.

Une aimable réplique répond à sa façon

En disant de ces gens qui n'ont aucun arrêt :

A ce qu'ils osent tout, là on les reconnaît.

 

(référence à une célèbre réplique d'Audiart sur les cons.)