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27/09/2005

Vacances

J’ai interrompu la chronique de la ressource pour le feuilleton de l’été. Je crois que je vais espacer les chroniques et redonner ici une petite nouvelle découpée en morceau. On verra… de toutes façons, les nouvelles, aucun éditeur n’en veut, pour les voir publiées il faut être un écrivain maison, donc confirmé...
 
Problème de la ressource en vacances : Un touriste arrive à Palerme le samedi soir. Il souhaite y passer le dimanche et le lundi et il veut visiter six églises, deux musées, les Catacombes des Dominicains et le Grand Théâtre, accessoirement et si possible quatre autres églises et trois musées ou palais de moindre importance. Sachant que la première église n’est ouverte que de 10 à 12 et de 16 à 18, que pour aller au prochain musée, il faut dix minutes à pied… que les bus ne circule que de… à… que… et que… et qu’il fait très chaud et soif.
Je vous fais grâce de l’énoncé complet du problème, ce qui est sûr c’est que pour le résoudre il faudrait faire appel aux dernières trouvailles de l’intelligence artificielle qui pour l’instant ne font pas encore partie du kit du touriste même équipé d’un APAP, un assistant personnel aisément palmable. D’ailleurs même avec un APAP puissant, il faudrait compter sur des paramètres humains et des idiotismes (ne pas confondre avec idioties)siciliens : « Désolé, il y a une messe à la chapelle palatine revenez à 11 :30. » A l’heure dite, la queue est immense, la chapelle ferme à 12 :15, la prochaine visite possible est à 15 minutes par le bus 232, ce musée ferme à une heure, mais le bus 232 ne roule pas le dimanche après 11 :30… Dommage !  Il y a bien le bus 235, mais…

Ce qui est étonnant, c’est que, en deux jours et pas mal d’euros plus tard – grazie mille ai beni culturali per l’aumento di trenta tre per cento - on est tout étonné d’avoir presque rempli le cahier des charges mentionné plus haut (huit églises dont le Duomo de Montreale et son cloître merveilleux, 2 musées, un palais et les Catacombes), à croire que la connerie naturelle de la ressource en vacance (munie du guide du Routard et avide de s’instruire) est encore supérieure à l’intelligence artificielle robotisée.

En bref : La Sicile est très belle. Les siciliens gentils et épouvantables conducteurs. La cuisine extra, le vin très bon, le limoncello délicieux. Les hôtels chers. Les temples bien conservés. L’Etna très haut. Le site du théâtre de Taormina somptueux. L’île très peuplée surtout sur les bords. La jeunesse foisonnante. Les filles belles. Les mecs rouleurs de mécaniques cachés derrière des lunettes noires. Allez-y !    
 

20:20 Publié dans Ressources | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Ecriture

10/07/2005

La flexsécurité

Chronique de la ressource -6-
The Human Resource Weekly Chronicle

Chronique des illusionistes

On a dit que cette chronique se moquait de l’actualité, ce qui pour une chronique est un peu l’équivalent d’un hôpital qui se fout de la charité. Je dois admettre que c'est un peu vrai et j’ai donc décidé aujourd’hui de m’intéresser à la charité… pardon, à l’actualité.

La dernière rage dans le domaine de la ressource s’appelle la flexsécurité. Un terme qui nous viendrait du royaume de Hamlet où, disait-on, il y avait quelque chose de pourri. En plus d’être un assez mauvais mot-valise c’est un oxymore. C’est un peu comme le changement dans la continuité de Pompidou.

Lorsque je lis : « La flexsécurité va créer un CDI-nouvelle embauche qui va associer la flexibilité pour les entreprises à la sécurité pour les salariés. » Moi, je dis: bravo ! Dans cette chronique je me suis fixé la règle très stricte ne jamais parler de politique mais je ne m’interdit aucunement les discours sur la prestidigitation. Donc si, en plus, Dominique de Villepin nous sort des lapins et des tourterelles, moi je vote pour lui au grand concours de la magie qui aura lieu à Matignon en septembre.

 

J'aimerais rappeler que dans ce domaine, il y a une sacrée concurrence. Rien que ces deux dernières années, on a eu :

  • Décembre 2003 - Le contrat de mission du Syntec. Un CDD allongé qui dépasserait la période légale de dix-huit mois dont les termes seraient calés sur la durée d’une mission.
  • Janvier 2004 - Le contrat de projet - Rapport de Virville le DRH de Renault reprend l’idée d’un super-CDD de plusieurs années.
  • Mai 2004 - Le CDI de performance de CroissancePlus L’employeur fixe les compétences Après deux évaluations négatives, le salarié peut se voir congédier avec un chèque de départ.
  • Octobre 2004 - Le contrat de travail unique  rapport Camdessus Les droits du salarié seraient proportionnels à son ancienneté.
  • Octobre 2004 - Le contrat export de Nicolas Sarkozy Contrat dédié aux PME exportatrices, dont l’échéance n’est pas fixée à l’avance.

Voilà. Si je voulais remonter aux années Mitterrand, un livre n’y suffirait pas. On le voit, l’actualité est à l'illusion. Le concours est ouvert, rendez-vous en septembre à Matignon. Le grand défi de l’automne sera : comment donner à la ressource condamnée aux CDD l’illusion qu’elle a un CDI. Comment faire pour qu’elle ne se rende pas compte que certains ont tout quand d’autres n’ont pas grand-chose. Nos magiciens s'entrainent, ils ont tout l'été pour ça. On les encourage.

Rien ne va plus dans le monde de la ressource…

17:50 Publié dans Ressources | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : Ecriture

03/07/2005

Smoking

Chronique de la ressource -5-
The Human Resource Weekly Chronicle

 

On le sait, ce blog est un blog humaniste puisqu’il se propose de donner des nouvelles de l’homme et que cette chronique donne des nouvelles de la ressource confrontée à un monde devenu mondial et un univers impitoyable dont les seules valeurs sont le rendement, la croissance, la performance, la compétition, le challenge permanent.

A moins de vivre dans le fin fond de la Creuse et faire des fromages de chèvres (salut Michel) on sait que la ressource fume de moins en moins. Pourtant, mine de rien, la clope était un sacré exutoire pour la ressource ancienne confrontée à des cadences de travail encore plus infernale. Naguère, la moindre réunion se passait dans un brouillard aussi épais que le smog qui sévit en automne dans le bassin genevois quand l’anticyclone se prélasse dans nos contrées. En ces temps là, même les non-fumeurs fumaient.

Et puis, soudain, presque sans s’en apercevoir, on n’a arrêté de fumer. La vague a traversée l’Atlantique comme les dépressions qui, sans prévenir, viennent chasser l’anticyclone automnal. Cela a commencé par les salles de réunions car, au début, on avait beau lui donner mauvaise conscience, le programmeur continuait de cloper dans son bureau. Il ricanait en douce derrière son écran, avec la fumée qui lui sortait par les oreilles. Il ne perdait rien pour attendre.

Trois ans plus tard, ce fut la mode des bureaux paysagers. Un bureau où on entasse trente experts assez bien payés, supposés se concentrer, car l’avenir de l’entreprise en dépend. Les conflits entre fumeurs et non-fumeurs devenaient ingérables. Trois mois plus tard, on interdisait de fumer dans tous les bâtiments à l’exclusion d’un petit local exigu et non ventilé. L’affaire devenait grave. La qualité des programmes s’en ressentait. Chaque soir le femme du programmeur pouvait, elle aussi, sentir la douce odeur de tabac froid de la salle fumeur imprégnée sur les vêtements de son mari multipliant les sources de conflit : « -T’es encore allé traîné où hier soir ? – Quand j’ai eu fini de tester mon programme, il était onze heures, je suis rentré. » Il n’était pas cru, à terme leur union était cuite.

Pourtant, il s’est passé une chose étonnante dans les salles fumeurs. C’était le seul endroit de l’entreprise où on communiquait. On parlait foot, télé, mais aussi de boulot. Ce regain de communication entre les personnes et les départements évitait bien des bourdes à l’entreprise… C’est pourquoi quelqu’un a décidé que c’en était trop, qu’il fallait sévir et revenir aux pratiques anciennes d’hermétisme entre les ressources. Le management prétendit que c’étaient une décision des RH, les RH dirent avoir agit sur ordre. N’empêche que plus personne ne fume dans les bâtiments. La consommation d’anti-dépresseurs augmente. Comme l’argent, ces derniers n’ont pas d’odeurs et le DRH peut savourer sa satisfaction d’avoir mener à bien l’éradication.

Seule sa femme fume encore le soir, une cigarette ou deux après le repas. Il l’a prévenu si elle ne change pas ses habitudes, elle est virée.

Rien ne va plus dans le monde de la ressource…

15:55 Publié dans Ressources | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Littérature

26/06/2005

Météo

Chronique de la ressource -4-
The Human Resource Weekly Chronicle

Le printemps était pluvieux. L’été commence chaudement. Le vacancier s’alarme, le jardinier s’inquiète. On craint les inondations pour septembre, le Redonnais de Redon ne veut plus faire de barque sur la Vilaine. Redon, Ille-et-Vilaine, constructions automobiles, nœud ferroviaire, n’est pas un port de pêche. Il faut que cela se sache ! Le temps se réchauffe. C’est la faute au CO2. C’est la faute aux voitures qu’on construit à Redon ou ailleurs. La ressource humaine consomme trop de ressources naturelles. Du coup, il pleut trop, il fait trop froid, trop chaud, le temps se détraque. Voilà !

Le problème de l’homme et du climat remonte à la plus haute antiquité. Les propos sur le temps qu’il fait, qu’il a fait… qu’il fera remonte très précisément à Stonehenge, le site mégalithique au sud de l’Angleterre. Les Anglais mégalithiques avaient inventé la conversation météorologique. Les préhistoriens nous l’ont raconté. C’est prouvé, inutile de revenir là-dessus. La question que se pose le chroniqueur du neotic est : « depuis Stonhenge, les nouvelles TIC ont changé la prévision du temps qu’il va faire. N’ont-elle pas ? »

Dans ces temps mégalithiques, l’homme était un paysan. C’est dire à quel point, la pluie et le beau temps étaient pour lui choses essentielles. Il lui fallait surveiller le ciel tous les jours pour décider de la récolte, on interrogeait les vieux. Eux connaissaient les proverbes : « …à la saint Augustin, récolte tes fruits et pense à ton vin ». Les vieux disaient donc qu’il fallait récolter toutes affaires cessantes avant l’orage. En conséquence, nos ancêtres passaient les semaines suivantes en danse et en libation. Une fois de plus ils n’avaient pas écouté la voix de la sagesse. La récolte était abondante et les vieux sages grincheux s’étaient plantés. Ça ne ratait jamais !

Au temps des Tic, tout est changé. On ne regarde le ciel qu’à partir du mercredi. On le regarde sur son écran d’ordinateur en cachette du chef qui ait la même chose. Le lundi et le mardi on s’en fout, puis les cartes s’affichent, http://www.meteo.fr, soleil éclatant, soleil timide, nuage sur le soleil, nuage tout seul, pluie sur le nuage. C’est comme dans le journal en dernière page, mais en plus ludique. L’homme surveille le changement de temps. Ça ne lui coûte rien. Il clique sur la ville. Il clique sur la grenouille qui saute sur l’échelle. Le mercredi soleil, le jeudi nuage sur le soleil, le vendredi nuage tout seul, pour samedi et dimanche pluie sous le nuage. Et hop, encore une semaine de passée.

Comme son ancêtre, l’homme des TIC a chaud, très chaud et en plus il hésite. Il aimerait qu’on le guide. Il prétend qu’il veut connaître le futur, mais ce qu’il aime surtout, c’est que la machine choisisse à sa place. Il se fait composer un poème au hasard parmi cent mille milliards. Il lit une fable de La Fontaine au hasard : Le Héron. « Un jour sur ses longs pieds allait je ne sais où, le Héron au long bec emmanché d’un long cou, il côtoyait une rivière. L’onde était transparente ainsi qu’aux plus beaux jours. Ma commère la carpe y faisait mille tours… ». Il n’y a pas plus beau et de plus rafraîchissant que La Fontaine par ces temps de canicule.

Rien ne va plus dans le monde de la ressource…

21:40 Publié dans Ressources | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : Littérature

19/06/2005

Statistiques

Chronique de la ressource -3-
The Human Resource Weekly Chronicle

Dans sa vie professionnelle ou sentimentale, l’homme moderne n’a plus de droit à l’erreur. Depuis la haute antiquité, il se plaignait de ne pas avoir d’outils fiables pour prendre de bonnes décisions, certes, il y avait l’horoscope et les voyantes, mais cela ne lui donnait pas toutes satisfactions. Alors, il a inventé les statistiques.

Grâce à elles, l’homme peut tout savoir sur tout. Il savait déjà qu’il vaut mieux être riche et en bonne santé que pauvre et malade. Après enquête, l’institut Ipsos nous révèle, le journal des RHs le relate : Si vous êtes une femme handicapée, obèse et chauve de plus de cinquante ans ayant des enfants en bas âge, vos chances de trouver un boulot sont réduites à presque rien. Maintenant qu’elle est au courant, la femme en question, quelle se débrouille pour trouver une solution. Moi ? Heu non, je suis désolé, mais en ce moment, je suis très pris. Je dois m’occuper de mes homosexuels de petite taille. C’est beaucoup de travail. Non madame, voyez plutôt un conseiller ANPE.

Les statistiques remontent à Pascal qui prédisait les chances de gains au jeu. Avant les euros, on disait un pascal (500FF) pour la banque, cent sous pour le joueur. Ça n’a pas changé. Après Pascal, il y a eu Mendel, un moine autrichien qui cultivait des légumineuses. D’après Mendel si vos deux parents sont jaunes et ridés vos chances d’être jaune et ridé sont aussi fortes qu’était faible la chance de la femme précitée de trouver un travail décent. Là, je sens que j’ai largué un grand groupe de lecteurs. C’est tout le problème avec les statistiques ! Il ne faudrait publier que des statistiques très simples, comme le faisait Charlie-Hebdo : « Un pape sur trois croit en Dieu ». Mais cela pose le problème de l’échantillon.

L’échantillon, c’est la clé du sondage donc des statistiques. C’était déjà le cas avec l’homme ancien. S’il voulait savoir si les gens mangeaient à leur faim, il interrogeait ses quinze enfants, sa femme, la grand-mère, la vieille tante. La réponse était unanime : « on crève la dalle ! » Ceci contredisait diamétralement les statistiques du château, là-bas, ils se plaignaient d’indigestion. A qui se fier !

Grâce à Pascal, Mendel, Gauss… sans oublier Poisson… Denis Poisson (1781-1850), statisticien français. Sa spécialité, à Poisson, c’était les files d’attente. C’est à cause de Poisson que les files s’étirent et se raccourcissent sans logique apparente. Poisson lui savait pourquoi. Le malheur c’est que Poisson est mort avec son secret. C’est pourquoi vous prenez toujours la mauvaise caisse au supermarché, celle qui ne raccourcit jamais.

Grâce à tous ces grand savants et aux nouvelles TIC, l’homme peut désormais, chaque matin, lire dans son journal tout en fumant sa pipe, quel avenir se présente à lui, statistiquement parlant. Il lit cela sur des camemberts multicolores découpés en tranches inégales. Il suffit de trouver la bonne tranche. C’est un homme blanc, stressé, il travaille douze heures par jour, il passe quarante minutes dans la salle fumeur, hétérosexuel, il fait l’amour deux fois par semaine ainsi qu’une partie de squash le mardi et le samedi. Il ne fait jamais d’infidélité à sa raquette, il arrive que sa femme lui fasse la gueule et sa maîtresse est une femme très prise. D’après les tranches de camemberts ses chances de trouver un job mieux rémunéré sont plutôt bonnes, ses chances de divorce et d’infarctus aussi.
Rien ne va plus dans le monde de la ressource…

21:30 Publié dans Ressources | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Ecriture