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31.01.2008

Ken Loach

Même si les commentaires sont peu nombreux sur ce blog, il semble qu’il y ait des lecteurs c’est ce que me disent les stats de Blogspirit et c'est aussi ce que me disait hier soir, devant un bière aux Palmiers, un bon copain.

Après la bière je suis allé voir le dernier Ken Loach. Encore une œuvre sur les méfaits de la mondialisation  C’était au cinéma Rouge et Noir. Je vous rappelle qu’il existe un blog mais qui pour l’instant est fort peu actif.

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Angie se fait virer d'une agence de recrutement pour mauvaise conduite en public. Elle fait alors équipe avec sa colocataire, Rose, pour ouvrir une agence dans leur cuisine. Avec tous ces immigrants en quête de travail, les opportunités sont considérables, particulièrement pour deux jeunes femmes en phase avec leur temps.

Télérama : « Certains retournent leur veste par opportunisme. Ou par simple lassitude. Pas lui. L'Anglais Ken Loach ne faiblit pas. Il hait toujours, plus que jamais, les tièdes qui, au nom de la raison d'Etat, de la raison tout court, rendent tolérable l'injustice. Ken, lui, croit encore aux jours meilleurs, voire aux lendemains qui chantent. S'il n'en reste qu'un, ce sera lui : le dernier des Mohicans. On devrait le protéger, telle une espèce rare. Le cloner, même...

Après une ballade irlandaise (Le vent se lève) qui lui a permis d'obtenir - enfin - la Palme d'or de Cannes, en 2006, le voilà revenu à l'actualité, aux urgences... Dans It's a free world, il nous parle de ces esclaves modernes que des profiteurs vont chercher aux quatre coins du monde pour qu'ils effectuent, parfois au péril de leur vie, des travaux sous-payés que personne, sinon eux, n'accepterait de faire. La mode, actuellement, c'est l'Europe de l'Est : la main-d'oeuvre la moins chère et la plus disciplinée, semble-t-il. »

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30.01.2008

Rencontre -5-

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Ma rencontre

avec

Alexandre Vialatte

-5- 

J’ai eu la chance de rencontrer Alexandre Vialatte. C’était pendant l’hiver 1969/1970 dans le train entre Clermont-Ferrand et Paris. Un train qu’il empruntait régulièrement pour relier sa chère Auvergne à la capitale.
 
(...)Finalement le train est reparti en douceur. Puis Alexandre s’est mis à ranger ses papiers en me disant qu Clermont était proche. J’ai fermé mon livre inconscient du moment inoubliable que je venais de vivre. Nous nous sommes séparés sur le quai de la gare de Clermont-Ferrand. Il m’a souhaité du succès dans mes études. Je ne savais pas trop que lui répondre. Un peu plus d’une année plus tard Vialatte a eu la mauvaise idée d’arrêter de respirer. Depuis, j’ai lu et relu ses chroniques de la Montagne, j’ai lu ses romans et ses nouvelles et comme Lafontaine qui demandait à tout le monde « Avez-vous lu Baruch ? » je cours partout en demandant, « Avez-vous lu Vialatte ? » 

Mais qui était Vialatte ?

Longtemps on a pensé qu’il était auvergnat, on a cru qu’il était écrivain, certains prétendent l’avoir vu gare de Lyon chaque dimanche apporté sa chronique au wagon postal de 23h15, ils ont imaginé qu’il était chroniqueur au journal la Montagne. On raconte qu’il serait né en 1901 et serait mort en 1971. On raconte qu’il aurait fait découvrir Kafka en France, traduit Nietzsche, Bertold Brecht, Goethe, qu’il aurait frôlé le prix Goncourt avec les Fruits du Congo. Pierre Desproges en avait fait son maître, Philippe Meyer aussi… Tout ceci est vrai et bien d’autres choses encore… Avec son œil unique, Vialatte voyait la réalité de mille points de vue, tous très originaux.

A propos de Kafka, on dit que Vialatte aurait mis chez ce grand pessimiste un humour qui manquait. Vrai ou faux ? Ce qui est sûr c’est qu’Alexandre dû insister lourdement pour que Gallimard publie la totalité de l’œuvre du maître pragois. Il disait à Gaston que sa gloire future serait d’avoir publier Proust, Gide et Kafka.

A vingt ans, il était pion à Ambert et s’en était échappé pour devenir rédacteur de la revue rhénane. Dans des chroniques intitulées, Les bananes de Koenisberg, il retrace ce séjour de six dans l’Allemagne pré nazie de la république de Weimar. Il a vécu à Spire puis à Mayence. Il a raconté à son ami Henri Pourat le charme des petite spiroises, Anja, Frida, Hilda, Rose, Elise ou Milly. Pourat, l’auteur de Gaspard des montagnes, sera l’ami de toute sa vie, le La Boétie de ce Montaigne humoriste. Il n’a pas vraiment aimé l’Allemagne. Il s’est moqué de la lourdeur et du mauvais goût de ses hôtes. C’est là qu’il a appris une certaine forme de cynisme, à tout le moins une vision de l’homme sans complaisance.

Ensuite ce fut l’Egypte. Professeur au lycée français d’Héliopolis. Il prenait à cœur son enseignement et continuait de traduire le château de Kafka.

 
On a dit que c’était un conservateur à tout crin. Il aurait sans doute rajouté : « oui et je garderais mes crins blancs. » Malgré des opinions politiques franchement de droite qui lui interdisaient de parler politique dans ses chroniques, (La Montagne étant un journal de gauche) il savait détecter les talents de tous bords. Son éclectis­me étonne. Avant tout, il aimait les écrivains vrais. Beaucoup naviguaient dans une sphère très éloignée de la sienne. Leurs mondes, leurs styles étaient à l'opposé du sien. Il leur reconnaissait cependant un vrai talent d'artiste. Quel point commun y a-t-il entre Henry James, espèce de « Marivaux cosmopolite », et Frederick Rolfe dit le Baron Corvo, auteur sulfureux d'Hadrien VII, un roman « aussi majestueux, solide et ouvragé qu'une cathédrale byzantine, un monument tout incrusté de métaux précieux » oscillant entre le « grand » et le « mesquin », la « subtilité italienne » et les « préjugés britanniques » ? Qui, en 1954, connaît Gottfried Benn, « le plus grand styliste allemand avec Nietzsche et Kafka », et qui, un an auparavant, sut détecter le « tact littéraire parfait » d'André Frédé­rique ? Simenon, Paul-Jean Toulet, Dino Buzzati (« S'il n'y avait pas eu Franz Kafka... ce serait le plus passionnant des écrivains du siècle »), jean Girau­doux ou Audiberti, un « hercule de foire » « avoir traversé notre époque sans avoir vu Audiberti, c'est avoir traversé le jardin zoologique sans avoir vu l'éléphant » sont quelques-unes de ses permanentes admirations.

Il savait aussi démonter les fausses gloires. Il aurait rit du livre que Marie Dominique Lelievre consacre à Sagan- Dans La Mon­tagne du 15 mai 1956, il se fait un plaisir de citer quelques vers de l'auteur de Bonjour Tristesse: 

« Toujours, toujours,
Je n'aime que Toi,
Prends-moi, prends-moi,
Prends-moi dans tes bras. »

Suit un commentaire à la hauteur de l'oeuvre : « La passion y parle toute pure... Minou Drouet n'a plus qu'à bien se tenir. » 

Pour Vialatte, la Comtesse de Ségur est « un besoin poétique de l'enfance », Valéry Larbaud « un grand cru» qui nous apprend que « nous n'avons besoin que de l'inutile », et Ionesco « mérite d'être un classique » même si « d'aucuns le prenaient pour un éléphant qui piéti­nait le jardin de Le Nôtre, mais ils s'apercevront qu'il danse un pas classique, qu'il est subtil et tradition­nel ». Il reconnaît très vite le génie de Bertold Brecht qui était pourtant au antipodes de sa conception du monde.

** Beaucoup de points dans cette note sont tirés du Vialatte de Denis Wetterwald. Denis est un comédien qui a dit souvent les textes de Vialatte, c'est aussi un amateur comme moi, son livre publié en 1996, je crois, aurait mérité une meilleure presse.

**Voilà. C’était ma rencontre avec le maitre. Je reparlerai de Vialatte, soyez en sûr. Je vous posterai bientôt une fameuse et hillarante chronique datée du 2 avril 1964, numéro 573 intitulée « JOIES ET MISÈRES DU POLYGAME » Surtout si Mitt Romney, républicain mormon continue de remporter les primaires américaines.**

04:25 Publié dans Vialatte | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

28.01.2008

Rencontre -4-

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Ma rencontre

avec

Alexandre Vialatte

-4- 

J’ai eu la chance de rencontrer Alexandre Vialatte. C’était pendant l’hiver 1969/1970 dans le train entre Clermont-Ferrand et Paris. Un train qu’il empruntait régulièrement pour relier sa chère Auvergne à la capitale.

(...)Il est étrange que le progrès de l'humanité aille au rebours du progrès des hommes. Que le type humain le plus beau soit celui d'avant le progrès. Le progrès se fait-il donc contre l'homme ? »

Je commençais à trouver l'homme bien trop conservateur et le temps bien trop long, ce tortillard n’avançait pas. Alexandre avait sorti un petit cahier et avait commencé à écrire d’une petite écriture très régulière et rapide. Peut-être notait-il des pensées sur le temps qui passe.

« Le temps perdu n'est jamais gaspillé ; les Auvergnats ne le souffriraient pas. J'y songe en lisant Thomas Mann. Quand il fut reçu docteur honoris causa de je ne sais plus quelle grande université allemande, il prononça un discours charmant où il expliquait qu'on l'honorait ainsi pour célébrer les résultats non point du temps qu'il avait employé à étudier dans les universités allemandes, mais de celui qu'il y avait perdu. Car c'était celui-là qui lui avait tout appris. Un grand professeur de Normale disaient à ses élèves : "Lisez, mais au hasard, lisez sans nul programme. C'est le seul moyen de féconder l'esprit." On ne peut savoir qu'après coup si le temps est perdu ou non. Sans le temps perdu, qu'est-ce qui existerait ? La pomme de Newton est fille du temps perdu. C'est le temps perdu qui invente, qui crée. Et il y a deux littératures : celle du temps perdu, qui a donné Don Quichotte, celle du temps utilisé, qui a donné Ponson du Terrail. Celle du temps perdu est la bonne. Le temps perdu se retrouve toujours cent ans après. » (1)

Il a levé la tête un instant de son cahier et m’a redemandé un précision sur ces fameux ordinateurs qui lui paraissait bien mystérieux et inutiles. Allaient-ils remplacer les règles de calcul ? Et même les tables de logarithmes ? Bravement, je l’assurais que oui et bien plus encore. Peut-être même qu’un jour il parleraient, lui dis-je sans sourciller. Il me regarda de son œil unique, visiblement sceptique. Il avait là-dessus des positions très affirmées :  

« On brise tout parce qu'on veut faire neuf. On a donc l'illusion de pouvoir tout remplacer. Mais ce n'est pas vrai pour cent raisons. Ne fût-ce que pour celle-ci, qu'avec de la vitesse on fait tout sauf de la lenteur. Et par exemple on perd son temps beaucoup plus vite. Avec de la lenteur on perd son temps lentement ; donc moins. Une civilisation qui se prive de la lenteur n'est pas dans le sens de la nature. On essaie d'y revenir par des voies détournées, on n'y arrive pas, on a perdu le génie du lent : pour prendre un exemple entre mille, la poubelle à pédale ne remplace pas le vélo. Je connais bien la question, ma belle-fille en a une. J'ai essayé, c'est très décevant. Même sur de très faibles distances. »(2)

Soudain, le train à ralenti puis s’est arrêté en rase campagne. Alexandre a continué d’écrire. Pour meubler la conversation, je lui ai demandé s’il prenait souvent le train. Il me répondit que c’était son principal moyen de transport et qu’il avait pas mal voyagé dans sa vie. Il aurait pu me sortir ce petit raccourci férroviaire qui dit tout Vialatte :

« Je suis allé de Paris à Nice par la Corrèze. Il n’y a personne. Sauf un cheval qui broute dans un pré entre Tulle et Brive-la-Gaillarde. Et une tortue géante entourée de plumes de paon au café de l’hôtel Central à Monterolles, à côté d’une scie de poisson-scie. Et à Vierzon, un monument qui s’appelle A la ville de Suez et dans lequel on vend des layettes. Le reste est beaucoup moins remarquable. » (3) 

(1)Chronique de la montagne 232 - 9 juillet 1957 p.531 Robert Laffont - Bouquins 2000

(2)Chronique de la montagne 567 - 14 anvier 1964 p230

(3)Chronique de la montagne 481 - 22 mai 1962 p.46

 --- la suite demain, peut-être ---

06:00 Publié dans Vialatte | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

26.01.2008

Rencontre -3-

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Ma rencontre

avec

Alexandre Vialatte

-3- 

J’ai eu la chance de rencontrer Alexandre Vialatte. C’était pendant l’hiver 1969/1970 dans le train entre Clermont-Ferrand et Paris. Un train qu’il empruntait régulièrement pour relier sa chère Auvergne à la capitale.
 

(...)Peut-être que derrière le jeune maoïste mal fringué il avait reconnu le futur  quinquagénaire  (...)

Mais Alexandre m’a regardé simplement l'air amusé et m’a questionné sur mes études. Surpris peut-être de découvrir que ce contestataire aux cheveux en bataille étudiait cette nouvelle technologie qu’on avait déjà baptisée informatique et qui vu d’aujourd’hui en était à ses balbutiements de cartes perforées et de mémoires ridicules... Visiblement très intéressé à comprendre ce que j’avais bien de la peine à expliquer, il me posait des questions subtiles. J’étais à l’époque convaincu de l’avenir incroyable de ces techniques, ce en quoi j’avais raison, j’étais aussi convaincu que tous ces progrès allaient amener le bonheur de l’humanité, ce en quoi j’avais tort.

Je ne savais pas qu’il avait écrit mille choses amusantes sur le progrès et qu’il en avait bien perçu les limites. Il disait : « Rien n’arrête le progrès. Il s’arrête tout seul » ou encore « Les progrès du progrès vont de progrès en progrès. » Il ironisait sur le rien et le presque rien dont le mystère ne serait jamais rongé par le progrès scalaire de nos connaissances comme l’avait écrit Jankélévitch dans son traité sur la métaphysique du « je ne sais quoi » et du « presque rien »

Comme je lui parlais de mon grand intérêt pour les mathématiques, il me posait des questions d’un air amusé. Dire que j’aurais pu lui parler de littérature. Dire que je lui montrais mon l’esprit de géométrie quand il aurait fallu que je l'écoute me parler de l’esprit de finesse. « La science explique le monde, elle répond aux questions. Elle veut savoir. La littérature veut s'étonner. Elle est à base d'éblouissement. Elle ne répond pas, elle questionne. Elle prend plaisir à ne pas comprendre, comme un enfant devant le prestidigitateur. Elle est en état de fascination. Le poète aime mieux être ébloui que renseigné. Ce qui la passionne, ce n'est pas le pourquoi, c'est le comment. Comment les choses se passent. Car on n'y comprend rien.  (…) Un instant d'attention et tout devient un mystère.(…) C'est la tâche de la littérature de rendre ce mystère des choses. Elle a pour rôle de faire le portrait de l'indicible. »  

A l’époque, je ne savais pas que j’allais me passionner à ce point pour la littérature. J’étais déjà un grand lecteur mais il ne me semblait pas possible d’écrire, mon orthographe était trop indigente, mon vocabulaire faible… et tout à l’avenant.

Et puis il faut dire que ce vieux monsieur vêtu sans ostentation mais à l’ancienne ne me paraissait guère digne d’intérêt. S’il n’avait fait mine de s’enquérir de ma petite personne, je l’aurais sans doute superbement ignoré. Tout à trac, Alexandre m’a demandé ce que je pensais de l’homme qui avait marché sur la lune. Je lui répondis que cela me paraissait fantastique et plein de promesse pour l’humanité. Pendant ce temps, il écrivait :

« Quoi qu'il en soit, l'homme ne paraît jamais plus beau que quand il emploie en même temps son coeur, son corps et son esprit dans quelque entreprise difficile. C'est pourquoi j'aime tant les marins, et pas tellement les cosmonautes : le cosmonaute est à peu près passif. Il est étrange que le progrès de l'humanité aille au rebours du progrès des hommes. Que le type humain le plus beau soit celui d'avant le progrès. Le progrès se fait-il donc contre l'homme ? »

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14:20 Publié dans Vialatte | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note

24.01.2008

Rencontre -2-

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Ma rencontre

avec

Alexandre Vialatte

-2- 

J’ai eu la chance de rencontrer Alexandre Vialatte. C’était pendant l’hiver 1969/1970 dans le train entre Clermont-Ferrand et Paris. Un train qu’il empruntait régulièrement pour relier sa chère Auvergne à la capitale.
 

(…)J’avais sorti de la poche de mon vieil anorak, le petit livre rouge des pensées de Mao Tsé Tung.

Intrigué, il me posa deux ou trois questions sur le livre faisant preuve d’une vraie curiosité. Il connaissait pourtant mieux que moi la pensée du grand timonier qui devait conduire la Chine au chaos en encourageant sa jeunesse la plus ignorante à dénoncer le pouvoir des intellectuels les plus érudits, à les contraindre à des autocritiques truquées pour finalement les envoyer cultiver la terre. Il avait écrit des chroniques sur Mao. Il aurait sans doute pu me réciter cette chanson populaire à Pékin en ce temps là : « Les poissons ne peuvent quitter l’eau, les cucurbitacées ne peuvent lâcher la plante grimpante, Le peuple ne peut abandonner le parti communiste, La pensée de Mao est un soleil qui ne se couche jamais. » Il aurait pu  ironiser sur ces chinois qui s’attachaient à Mao comme la citrouille à l’ampélopsis, ces chinois qui brandissaient le livre, le récitaient à l’arrêt d’autobus, qui se jetaient dans le Fleuve Jaune pour suivre Mao dans ses exploits natatoires, des chinois qui allaient jusqu’à gagner des médailles olympiques grâce à lui et à ce petit livre que je tentais en vain de décrypter.

Alexandre me regardait d’un air amusé qui s’expliquait peut-être par la préparation de sa 876 ième chronique de la Montagne, celle du 22 novembre 1970 dans laquelle il parle de l’effrayant témoignage dans les mémoires du petit empereur de Chine victimes de toutes les cruautés mentales. Élevé comme un dieu vivant dans une cour d’un autre age où il n’avait droit de faire aucun mouvement, paralytique en quelque sorte, la rééducation maoïste avait réussi au bout de nombreuses années de sévices à lui faire coller des boites en cartons. Cette chronique 876 qui raconte d’autres prisons culturelles de Mao toutes très horribles et qu’il termine par « Voilà pourtant ce dont rêve toute une jeunesse française » juste précédé de son célèbre « Et c’est ainsi qu’Allah est grand. » qui devait clore toutes ses chroniques montagnardes du 9 décembre 52 au 25 avril 71.

Peut-être que, derrière le jeune maoïste mal fringué, il avait reconnu le futur  quinquagénaire chauve et bedonnant, le père de famille soucieux de transmettre des vraies valeurs, voir le grand-père en puissance, ou l’informaticien rangé et fou de littérature qui un jour voudra à tout prix encombrer les rayons des librairies de ses œuvres.  

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05:45 Publié dans Textes | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note

23.01.2008

Théatre

431fcd0afe11c77304e8411d9b9a0501.jpgPremière hier soir de Central Park Ouest de Woody Allen au Casino Théatre. C’est excellent ! On retrouve le NewYork branché de Woody avec ses névroses et ses adultères et un humour fou. Le rôle de la psychanalyste est magni- fiquement jouée par Sara Barberis. Derrière Gaspard Boesch, plus vrai que nature en écrivain raté et cocu, on ne peut s’empêcher de voir Woody Allen lui-même. Caroline Cons, Sabrina Martin et Erik Desfosses en mâle dominant sont tous à la hauteur d’une interprétation de qualité. Allez-y!

du 22 janvier au 9 février 2008 au Casino-Théâtre, 42 rue de Carouge à Genève

mardi, vendredi et samedi à 20h30, mercredi et jeudi à 19h.

Billets à l’entrée: 30.- / Etd. AVS 20.- Collège 15.- / Enfants 10.-

Location : 022 839 21 02

09:30 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

22.01.2008

Rencontre -1-

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Ma rencontre

avec

Alexandre Vialatte

J’ai eu la chance de rencontrer Alexandre Vialatte. C’était pendant l’hiver 1969/1970 dans le train entre Clermont-Ferrand et Paris. Un train qu’il empruntait régulièrement pour relier sa chère Auvergne à la capitale. Fils de militaire itinérant, Vialatte avait adopté l’Auvergne de ses années de collège. Avant de voyager, il s’était enraciné du côté d’Ambert, la ville où les Copains de Jules Romains avaient fait leurs 400 coups. C’est là qu’il a situé la plupart de ses romans.

A propos de l’Auvergne, il disait que Pascal aimait tellement l'Auvergne qu'il naquit à Clermont-Ferrand et qu’en Auvergne, il y a plus de montées que de descentes.

Au-delà de nos âges, je n’avais pas vingt ans, il en avait bientôt septante, tout nous séparait. Je n’avais aucun humour. J’étais en pleine révolte, l’idée même de service militaire me faisait vomir, je voulais tout casser, j’en voulais à toutes les hiérarchies et je prétendais briser toutes les chaînes et détruire toutes les règles. Même les règles de grammaire si chères à Vialatte me paraissaient tout à fait superflues. J’avais les cheveux longs frisés et un accoutrement en rapport avec ma révolte…

Alexandre, assis dans ce compartiment, donnait l’impression d’un homme posé et réfléchit. Le cheveu grisonnant, vêtu d’une veste assortie et d’une cravate un peu terne, il me regardait de son œil unique qui l’empêchait de voir le relief des objets. Il avait perdu l’autre œil en 40 dans la cavalerie. J’ai su plus tard qu’il était un homme de droite, que son père était un militaire guindé et qu’il avait gardé de son éducation une rigidité dont il savait se moquer à l’occasion. J’ai su que malgré son œil manquant, il savait merveilleusement trouver le relief des hommes et des choses. Pour l’instant il m’observait, à moins qu’il ne fût simplement absorbé dans ses pensées. J’avais sorti de la poche de mon vieil anorak, le petit livre rouge des pensées de Mao Tsé Tung.

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09:10 Publié dans Vialatte | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

20.01.2008

Central Park West

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CENTRAL PARK WEST

Une comédie de Woody Allen

Traduction: Jean-Pierre Richard

Mise en scène: David Bauhofer

Avec: Sara Barberis, Caroline Cons, Sabrina Martin, Gaspard Boesch et Erik Desfosses

Théâtre Confiture 

du 22 janvier au 9 février 2008 au Casino-Théâtre

42, rue de Carouge - 1205 Genève

Les Riggs ont une adresse des plus chics. Sauf que leur appartement, où l’épouse, Phyllis, exerce aussi en tant que psychanalyste, est sens dessus dessous : dans la bagarre, une statue égyptienne a même perdu son pénis... Sam, le mari, a failli mourir. Alors arrivent Carol et Howard, leurs meilleurs amis. Et tout vole en éclat jusqu’à l’arrivée de Juliet, une jeune patiente de Phyllis. Compte tenu de la présence d’un vieux revolver allemand sur la table du salon, tout cela risque de très mal se terminer…

Woody Allen s’attaque à la complexité des rapports humains à travers des dialogues hilarants et des situations aussi absurdes que cauchemardesques.

Central Park West, ou les états d’âme de la bourgeoisie new-yorkaise. Infidèles et trompeurs, ses personnages aussi chics à la ville que lâches dans l’intimité de leurs luxueux appartements se trouvent mis à mal par la révélation de leurs plus troublants secrets. Ça risque de faire des étincelles… Venez-y donc en couple… Illégitime bien sûr!

mardi, vendredi et samedi à 20h30, mercredi et jeudi à 19h.

Relâche dimanche et lundi.

Location: Service culturel Migros / 7, rue du Prince - 1204 Genève

Stand-Info Balexert  27, av. Louis Casaï - 1209 Genève

Billets à l’entrée: 30.- / Etd. AVS 20.- Collège 15.- / Enfants 10.-

Location : 022 839 21 02

18:55 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

19.01.2008

Annonay

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 Festival du  Premier Film

Annonay

Février 2008

Après avoir été choisi pour participer au jury du livre Inter, une aventure exceptionnelle relatée dans une trentaine de notes en 2006, je viens d'être selectionné pour participer à un autre jury. Le festival d’Annonay sélectionne ses jurés selon le même principe de lettres de motivation et j’ai eu la chance d’être pris du premier coup parmi les 8 jurés du festival qui aura lieu du 1 au 11 février.

Je vous en reparlerai. 

Yves Bouvet, un des jurés de 2006, nous envoie chaque année des photos superbes, ses lectures en cours et cette année un petit texte poétique et dépaysant sur une randonnée qu'il vient de faire sur les hauteurs du Carmel pas loin de Haïfa :

« La peau de mon front dégarni me tire un peu  et j'ai encore l'odeur du soleil dans les cheveux. L'air était doux et avait un goût métallique dans les bosquets de chênes kermès d'ou s'envolaient des merles piailleurs effrayés. La tempête soufflait dans les pins sur la crête. Ciel d'un azur profond, grande visibilité rendant la frontière libanaise toute proche. Seule ombre au tableau les coups sourds de  la marine (la proximité des touches du clavier m'avaient fait taper lamartine !!!!, quel lapsus poétique.) à l'entraînement dans la baie de Haïfa. Toujours sur le pied de guerre, bande Gaza a nouveau bloquée, essai de missile logistique, c'est chaud a nouveau. Mais j'étais bien loin de tout cela au milieu des anémones et cyclamens sauvages. »

21:45 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

18.01.2008

Vialatte -1-

28ded026c5.jpgProverbes bantous vialattiens

(plus quelques uns de mon cru.)

Si l’homme, contrairement au poisson, ne connaît pas les rêves de l’eau qui dort, il connaît bien le temps qu’il faut pour vider une calebasse d’alcool de palmes. 

Il n'y a pas de bas morceaux dans le gros ethnologue.

Ne pile pas ton mil avec une banane mûre.

Qui rit sous l'okoumé, pleure sous l'acajou.

C'est se conduire en rékéké que d'étouffer le roukoukou dans sa coquille.

Méfie-toi de l’homme blanc à la grosse montre, accompagnée d’une belle fille brune, surtout s’il te dit que tu vas gagner plus.

Celui qui plante sa tente devant le grand hôtel n’est pas venu pour t’acheter ton manioc.

N’envoie pas ta femme négocier seule avec l’homme nomade.

Qui tape sur l’épaule du grand marabout blanc a des péchés à se faire pardonner.

Si on te parle de civilisation quand tu n’arrives pas à vendre ton manioc, on se moque de toi.

 

 >> Bientôt je vous raconterais ma rencontre imaginaire avec Vialatte.

09:10 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

17.01.2008

Ultrogothe

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Si vous connaissez qq qui cherche un prénom pour sa fille, suggérez

Ultrogothe.

2000 entrées sur Google. Reine des francs (illustration) mariée à Childebert  Ier vers 522, elle avait donc Clovis Ier (qui n'était pas une moule puisqu'il à casser le vase de Soissons) comme beau père.

Ultrogothe a eu deux filles, toutes deux entrées en religion :

Chrodoberge

Chrodesinde

Remarquez que Chrodesinde peut s'écrire Cro des indes!
Et pour Chrodoberge on trouve aussi Crot berge

Il y a même une contributrice sur Wiki (en vacance) qui a pris le pseudo ultrogothe:

Si vous n'aimez pas Ultrogothe cherchez ici, il y a pas mal d’idée à prendre

comme Chramm, Clodoald, Clodomir, Clodulf pour un garçon

Arnegonde, Audovère, Basine, Bertrade, Bilichilde, Childesinthe pour un fille.

Bilichilde, seyant non ?

* Merci à Domnique d'avoir attiré mon attention sur ce site et sur Ultrogothe. 

03:35 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

15.01.2008

Déjeuner

Chaque mois, le 15, à la même heure, 12.00, heure de Paris, des rédac' blogueurs écrivent un billet sur un sujet commun. Ce mois-ci le petit déjeuner. Allez aussi lire leur point de vue, et n'hésitez pas à laisser vos commentaires!

Laurent, Bergere, Bertrand, JvH, Jean-Marc, Lady Iphigenia, Julien, Chantal, Christophe, Hibiscus, Alcib, Bluelulie, Anne, Hpy, Joël, Looange, Loïc & Hyun-Jung, Jo Ann v, V à l'ouest, Marie, William, Catie, Nanou, Isabelle, Lelynx, Cecfrombelgium, Gally, Froggie, La Nymphette, Julie70

Dé-jeuner Cesser le jeune comme break fast.  

Mais c’est que mon petit dej. est d’une banalité à pleurer. Que dire ? En gros, Nescafé, biscotte ou baguette du jour précédent partagée avec ma moitié (alternativement un dessous et une dessus), beurre allégé, confiture maison (et c’est bibi qui les confectionne) un fruit ou deux. Le seul vrai suspens de l’histoire c’est est-ce que la biscotte va se casser et tomber dans le nescafé. Pas génial !

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Non, la seule aventure du petit dej, c’est par la radio qu’elle arrive.

Plusieurs options : Déjeuner en paix donc en silence. Ecouter France-Inter et son cortège de nouvelles qui sont mauvaises d’où qu’elles viennent, une chaîne musicale ou  France Culture ? Bon, on ne se refait pas, on retombe presque toujours sur France Inter. On écoute les infos de sept heures sur le radio-réveil (les nouvelles sont mauvaises d’où qu’elles et viennent) et on se lève.

On tente d’éviter la chronique de Jean-Marc Sylvestre vers 7 :20 qui amène chaque matin le démon de la mondialisation à la maison. Le pire c’est qu’il croit ce qu’il dit. Il est convaincu que, plus les riches s’enrichissent, plus les pauvres vont aller bien. Contre toute logique, il vante chaque matin, la liberté du loup dans la bergerie. Donc à éviter sous peine de casser encore plus ses biscottes, voire de se gâcher la journée.

La vraie difficulté c’est de rater Sylvestre sans manquer Nicolas Demorand à 7 :25 qui chaque jour nous fait découvrir un truc étonnant. Ce matin, il parlait de Pot-Bouille de Zola, une autre fois c’est une BD super ou un site Internet original. Demorand, c’est un vrai intellectuel. Quand il interview Bernard-Henri ou Alain (Finkielkraut), on sent tout de suite du quel côté est la vraie réflexion, le souffle… Bref, je suis fan de Demorand. En général c’est juste après lui, vers 7:30, qu’on déjeune, toujours avec France-Inter qui à sept heures et demi répète les même nouvelles, mauvaises d’où qu’elles viennent, en cassant ou pas la biscotte dans le bol de Nescafé. Suspens !

 

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13.01.2008

Blog Revue

32706b0e4a376aba9c6fd49ce36bd961.jpg Petite revue non exhaustive de ma blogosphère : 

-Chez Alain Bagnoud ,une phrase de Pierre Michon :  « La pratique de l'écriture est indicible. Comme le sacré, peut-être. Ce que j'attendais, ce que j'attends toujours en écrivant - je cherche Dieu, je cherche la beauté absolue. C'est des conneries ! Mais c'est vrai. (…) Si je dis plutôt : la littérature, c'est ma vérité sous forme de beauté..."

-Chez Lignes de fuite un lien sur ce Tetris Humain qui fait parti d’u projet de l’artiste suisse Guillaume Raymond qui l’a « construit » en Novembre dernier à Lausanne. Le site en question NOTsoNOISY a fait le design de SORTIR.CH. Espérons que ce ne sera pas un site de plus avec une vue partielle des sorties en Suisse comme il en existe tant.

-Sugus s’en prend aux complément vitaminiques ajoutés inutilement, voire de façon nocive, dans les aliments et en particulier dans ceux de nos enfants. 

-Anne Roumanoff se lâche sur Sarkozy... ça laissera des traces En Direct-Live de chez Drucker... La video c’est ici.

- JLK a sorti deux articles de derrière les fagots sur Simone de Beauvoir et les fêtes du centenaire. On n’échappe pas à ses fesses mais la photo est toute petite.

- René Claude apprend à nager pour conquérir un ornithorynque.

- Quant à DvanW, il s’interroge à la suite d’ Alain Finkielkraut, de Jean-François Khan et de Robert Jaulin  sur le concept de décivilisation. Questionnement essentiel vous pensez bien pour ces trois penseurs pensifs. DvanW conclut de manière péremptoire par un extrait de la chronique 481 du 22 mai 1962 de mon maître (soixante douze) Alexandre Vialatte. Je ne peux que  l'approuver et ajouter un paragraphe sur la vraie vie et un autre sur le pouvoir d'achat, issus de la même chronique, pour faire le tour des principales questions qui hantent l'homme moderne.

La civilisation ne cesse de s'effondrer sous l'énergique poussée des hommes. Il leur en vient une grande ivresse, comme aux gens qui cassent la vaisselle. Ce sont des choses qui se font dans l'enthousiasme. C'est la fête, c'est la bamboula. On brise tout parce qu'on veut faire neuf. On a donc l'illusion de pouvoir tout remplacer. Mais ce n'est pas vrai pour cent raisons. Ne fût-ce que pour celle-ci, qu'avec de la vitesse on fait tout, sauf de la lenteur. (...) On a perdu le génie du lent : pour prendre un exemple entre mille, la poubelle à pédale ne remplace pas le vélo. Je connais bien la question, ma belle-fille en a une. J'ai essayé, c'est très décevant.

(…)

D'un mot « la vraie vie est absente ». Rimbaud le disait déjà, qui était un grand poète ; comme son nom le prouve suffisamment (qui dit Rimbaud dit la poésie même). La vraie vie est absente, la vraie truite également (je fais remarquer entre parenthèses qu'il ne faut jamais laver la truite, mais l'essuyer. Quant au vrai poisson de mer, l'ayant ouvert en deux, le rincer à l'eau de mer sur la plage. C'est ce que font les pêcheurs bretons). La vraie truite est absente par décret officiel ; on ne doit plus la faire figurer sur les tables des restaurants ; seule la truite d'élevage est permise.

(…)

La productivité est telle qu'on ne sait plus où fourrer les restes de caviar. Comment se débarrasser des restes Caviar ? C'est le vrai problème des petits budgets. Je crois avoir déjà indiqué ce qu'on pourrait appeler le « procédé de la poubelle ». Il se montre assez efficace si la poubelle est suffisamment grande. On peut aussi délayer le caviar avec de la gomme arabique et s'en servir pour peindre en noir le bas des murs des cours intérieures. Les chiens aiment bien les murs qui sentent un peu le poisson.

Voilà pourtant où mènent les progrès de l'industrie.

Et c'est ainsi qu'Allah est grand.

Chronique de la montagne 481- 22 mai 1962

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11.01.2008

Vanité

D’humeur philosophique, je tombe sur ce texte de cet orateur du grand siècle qu’on a surnommé l’Aigle de Meaux: Bossuet. Un vrai conservateur, pas vraiment rigolo mais le texte suivant me plait bien.

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Voici donc un extrait d'une oraison funèbre prononcé à l'occasion des funérailles de Henry de Gournay, un homme oublié mais qui, d’après Bossuet, avait tout fait pour et méritait donc le paradis. J’ai juste trouvé que ce Henry de Gournay épousa Marie-Agathe Raidsessel de Calembourg. L’histoire ne dit pas s’ils se marraient tous les jours.

« Car, de même que, quelque inégalité qui paraisse dans le cours des rivières qui arrosent la surface de la terre, elles ont toutes cela de commun, qu'elles viennent d'une petite origine, que dans le progrès de leur course elles roulent leurs flots en bas par une chute continuelle, et qu'elles vont enfin perdre leurs noms avec leurs eaux dans le sein immense de l'Océan où l'on ne distingue point le Rhin ni le Danube, ni ces autres fleuves renommés, d'avec les rivières les plus inconnues, ainsi tous les hommes commencent par les mêmes infirmités.

Dans le progrès de leur âge, les années se poussant les unes les autres comme des flots, leur vie roule et descend sans cesse à la mort par sa pesanteur naturelle; et enfin, après avoir fait, ainsi que des fleuves, un peu plus de bruit les uns que les autres, ils vont tous se confondre dans ce gouffre infini du néant, où l'on ne trouve plus ni Rois ni Princes ni Capitaines, ni tous ces autres augustes noms qui nous séparent les uns des autres, mais la corruption et les vers, la cendre et la pourriture qui nous égalent. Telle est la loi de la nature, et l'égalité nécessaire à laquelle elle soumet tous les hommes dans ces trois états remarquables, la naissance, la durée, la mort.

Que pourront inventer les enfants d'Adam, pour combattre, couvrir, ou pour effacer cette égalité, qui est engravée si profondément dans toute la suite de notre vie? Voici, mes Frères, les inventions par lesquelles ils s'imaginent forcer la nature et se rendre différents des autres, malgré l'égalité qu'elle a ordonnée. (…)

Dans le progrès de la vie on se distingue plus aisément par les grands emplois, par les dignités éminentes, par les richesses et par l'abondance. Ainsi on s'élève et on s'agrandit, et on laisse les autres dans la lie du peuple. Il n'y a donc plus que la mort où l'arrogance humaine est bien empêchée. Car c'est là que l'égalité est inévitable, et encore que la vanité tâche en quelque sorte d'en couvrir la honte par les honneurs de la sépulture, il se voit peu d'hommes assez insensés pour se consoler de leur mort par l'espérance d'un superbe tombeau, ou par la magnificence de leurs funérailles. Tout ce que peuvent faire ces misérables amoureux des grandeurs humaines, c'est de goûter tellement la vie, qu'ils ne songent point à la mort.  (…)

C'est ainsi qu'ils se conduisent à l'égard de ces trois états; et de là naissent trois vices énormes qui rendent ordinairement leur vie criminelle. Car cette superbe grandeur, dont ils se flattent dans leur naissance, les fait vains et audacieux. Le désir démesuré, dont ils sont poussés, de se rendre considérables au-dessus des autres, dans tout le progrès de leur âge, fait qu'ils s'avancent à la grandeur par toutes sortes de voies, sans épargner les plus criminelles; et l'amour désordonné des douceurs qu'ils goûtent dans une vie pleine de délices, détournant leurs yeux de dessus la mort, fait qu'ils tombent entre ses mains sans l'avoir prévu. 

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09.01.2008

Grenouille

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Edmond Rostand, le naturaliste, était un spécialiste des grenouilles. Il a notamment étudié cet animal dans des étangs appelés « étangs à monstres. » Il dit que ces études correspondaient à son tempérament de chercheur et à l'indigence des moyens matériels dont il disposait.

Comment observer ce qu'une grenouille a dans le ventre sans l'éventrer ? Facile, en la rendant transparente. Ce sont des chercheurs japonais qui ont ce batracien translucide à Hiroshima (eh oui !) Un grenouille créée à partir de Rena japonica qui est normalement de couleur ocre. Donc il ont fabriqué une grenouille dont on voit le moteur, comme ces voitures d'esposition. A quoi ça sert?

«On peut observer à travers la peau la croissance des organes, ou encore la façon dont un cancer commence et se développe, a expliqué le professeur Masayuki Sumida. Il est possible de regarder les organes de la même grenouille tout au long de sa vie sans avoir besoin de la disséquer. Les chercheurs peuvent aussi observer à moindre coût comment les toxines affectent les os, le foie et les autres organes.» 

* Le mot du jour : Transparence ** et transpiration

Du latin trans : à travers et parere : paraître. Donc qui permet de voir à travers. Longtemps synonyme de translucide. Le verbe transparaître qui veut dire se  manifester malgré un obstacle a remplacé progressivement transpirer (de trans et spirare à l’origine de spirituel) dans son sens figuré. Spirituel vient donc de respiration. On dit bien que l’esprit souffle où il veux (Jean 3,8) On pourrait tirer longtemps la pelote des mots…

** En russe, Glasnost, la liberté de parler. Une réforme (perestroïka) trop profonde du régime communiste. Les russes ont préférés revenir à plus d'obscurité, il n'ont pas refermé le rideau de fer ils ont éteint la lumière. 

06:25 Publié dans Mot | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

07.01.2008

Galathée

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René Angélil, le R'né, est le pygmalion de Céline Dion comme Serge Gainsbourg fut un temps celui ce France Gall. Mais d’où vient ce mot ?

Pygmalion avait taillé dans le marbre l'image de Galathée, nymphe de la mer et fille de Neptune. Depuis des nuits, il ne dormait plus et passait des heures d'extase muette à ses pieds. L'homme sanglotait de désespoir de ne pouvoir animer cette statue qu'il avait sculptée avec tant d'amour.

Touchée par l'étrangeté et la violence de cette passion, Vénus permit au marbre de prendre vie. Et, quand la forme ravissante de Galathée s'anima, Pygmalion la reçut dans ses bras. (Galathé aux sphères.)

e596ce1646178874516a67449078a6c0.jpgUne Galathée est aussi un crustacé marin de la famille des décapodes (dix pattes). Galathée Yéti, c’est le nom que l’on a donné à l'animal de gauche quand, fin 2005, à 1000 kilomètres au sud de l’île de Pâques par 2300 mètres de profondeur sur une source hydrothermale inconnue de la dorsale Pacifique-Antarctique, on fit sa connaissance. Puis ramené à Paris dans du formol et mieux observée Galathée Yéti fut rebaptisée Kiwa hirsuta une famille de crustacé à elle toute seule.

C’est étonnant cette ressemblance avec Céline Dion, vous ne trouvez pas ?

* Le mot du jour : Poil

Du latin pilus (ex: Esaü pilus erat). D'après Alain Rey qui n'est pas un farceur, les latins de la Rome antique disaient déjà il n’a pas un pilus sur le caillou et même il s’en est fallu d’un pilus qui vouliat dire : à un pilus près. Ne pas confondre pilus avec capillus qui prend deux ailes et donne le système capillaire et les blagues capillotractées. D’ailleurs pilus à donné poil et capillus à donné tous les cheveux, on voit la différence sauf pour la tête à Mathieu.  

Le poil à gratter des joailliers est le défaut d’une pierre.  Le poil à gratter met le joaillier de mauvais poil mais s’il n’a pas de poil dans la main il lui suffit de gratter le poil, quand c’est possible, évidement. Bien sûr s’il casse la pierre qu’il a payée très cher, il peut de retrouver à poil sinon s’il réussi il peut reprendre du poil de la bête. Ça dépend du sens du poil.

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05.01.2008

2008 La patate

En 2008 je vous souhaite à tous d'avoir la patate.
C'est...
The International Year of the POTATO
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Allez faire un tour sur le site des nations unies pour la patate. 

Mot du jour : Patate.
L’utilisation de patate en français pour pomme de terre serait un anglicisme de potato.

Patate vient de l’espagnol patatas à une variante de l’arawac de Haïti, batata, désignant une plante convolvulacée (eh oui !) de la zone caraïbe devenue la patate douce (et pas la batate douce.)

Quelqu’un que l’on traite régulièrement de patate, finit par en avoir gros sur la patate.  

Le latin batata venait de l’espagnol batata. Ça vous épates non ? Eh bien tant pis ! J’eus pourtant aimé que vous vous épatâtes de cette origine inversée. 

11:55 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

03.01.2008

FLIP

Le FLIP (FLoating Instrument Platform) mesure 100 mètres et prend 28 minutes pour se mettre debout. Les meubles tournent avec le bateau. L’équipage peut s’installer dans un hamac rotatif surplombant les abysses ou se débrouiller comme il peut. Le Flip ne coule pas, c’est un laboratoire qui prend des mesures.

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Le FLIP est un bateau étatsunien de recherche sur le climat, le pays dont Bush père n’a pas signé le protocole de Rio en 1992 et dont Bush fils, n’a pas signé les accords de Kyoto.

 

10:45 Publié dans Brèves | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

02.01.2008

Liberez Fouad

2548c3dd490b539e402d890f1749cf48.jpgFouad Ahmad Alfarhan est né en 1975 en Arabie Saoudite. Maré, 2 enfants. Il est directeur de Smart Info Inc. à Jeddah. Il a étudié au Etats-Unis. 

C'est un des premier bloggeur saoudien à écrire sous son vrai nom. Il demande des reformes en Arabie Saoudite, la liberté de parler et la justice. Pressé d'arrêter ses activités bloggistiques en janvier 2007, il a recommencé en juin.

Il a été arrété le 11 Decembre à Jeddah, sans raisons claires.

Allez sur le blog créé pour le faire libérer. (Le sien est en arabe uniquement)

21:30 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

01.01.2008

Sval