04/12/2005
Eléphant 3
Suite et fin de la lettre que Romain Gary envoya à l'éléphant:
Monsieur et cher éléphant,
(...)Il y a des gens qui, bien sûr, affirment que vous ne servez à rien, que vous ruinez les récoltes dans un pays où sévit la famine, que l'humanité a déjà assez de problèmes de survie dont elle doit s'occuper sans aller encore se charger de celui des éléphants. En fait, ils soutiennent que vous êtes un luxe que nous ne pouvons plus nous permettre.
C'est exactement le genre d'argument qu'utilisent les régimes totalitaires, de Staline à Mao, en passant par Hitler, pour démontrer qu'une société vraiment rationnelle ne peut se permettre le luxe de la liberté individuelle. Les droits de l'homme sont, eux aussi, des espèces d'éléphants. Le droit d'être d'un avis contraire, de penser librement, le droit de résister au pouvoir et de le contester, ce sont là des valeurs qu'on peut très facilement juguler et réprimer au nom du rendement, de l'efficacité, des « intérêts supérieurs » et du rationalisme intégral.
(...) C'est ainsi, monsier et cher éléphant, que nous nous trouvons vous et moi sur le même bateau, poussé vers l'oubli par le même vent du rationalisme absolu. Dans un société réaliste, poètes, écrivains, artistes, r^veurs et éléphants ne sont que des gêneurs
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03/12/2005
Eléphant 2
NAIROBI (AFP) - La croissance économique de la Chine et l'augmentation du pouvoir d'achat de ses habitants, traditionnellement amateurs d'objets en ivoire, constituent "une grande menace pour les éléphants de forêt africains"

Monsieur et cher éléphant,
(...)Si l'homme se montre capable de respect envers la vie sous la forme la plus formidable et la plus encombrante - allons, allons, ne secouez pas vos oreilles et ne levez pas votre trompe avec colère, je n'avais pasl'intention de vous froisser - alors demeure une chance pour que la Chine* ne soit pas l'annonce de l'avenir qui nous attend, mais pour que l'individu, cet autre monstre préhistorique encombrant et maladroit, parvienne d'une manière ou d'une autre à survivre.
Il y a des années, j'ai rencontré un Français qui s'était consacré, corps et âme, à la sauvegarde de l'éléphant d'Afrique. Quelque part, sur la mer verdoyante, houleuse, de ce qui portait alors le nom de territoire du Tchad, sous les étoiles qui semblent toujours briller avec plus d'éclat lorsque la voix d'un honlmee parvient à s'élever plus haut que sa solitude, il me dit : "Les chiens, ce n'est plus suffisant. Les gens ne se sont jamais sentis plus perdus, plus solitaires qu'aujourd'hui, il leur faut de la compagnie, une amitié plus puissante, plus sûre que toutes celles que nous avons connues. Quelque chose qui puisse réellement tenir le coup. Les chiens, ce n'est plus assez. Ce qu'il nous faut, ce sont les éléphants, et qui sait, il nous faudra peut-être chercher un compagnonnage infiniment plus imposant, plus puissant encore..."
Je devine presque une lueur ironique dans vos yeux à la lecture de ma lettre. Et sans doute dressez-vous les oreilles par méfiance profonde envers toute rumeur qui vient de l'homme. Vous a-t-on jamais dit que votre oreille a presque exactement la forme du continent africain? Votre masse grise semblable à un roc possède jusqu'à la couleur et l'aspect de la terre, notre mère. Vos cils ont quelque chose d'incongru qui fait presque penser à ceux d'une fillette, tandis que votre postérieur ressemble à celui d'un chiot monstrueux.
Au cours de milliers d'années, on vous a chassé pour votre viande et votre ivoire, mais c'est l'homme civilisé qui a eu l'idée de vous tuer pour son plaisir et faire de vous un trophée. Tout ce qu'il y a en nous d'effroi, de frustration, de faiblesse et d'incertitude semble trouver quelque réconfort névrotique à tuer la plus puissante de toutes les créatures terrestres. Cet acte gratuit nous procure ce genre d'assurance « virile » qui jette une lumière étrange sur la nature de notre virilité.
Romain Gary -1968- * A quelle Chine fait-il référence ?
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02/12/2005
Eléphant 1

Je suis en train de lire une lettre de Romain Gary datée de 1968 et aujourd'hui je tombe sur:
NAIROBI (AFP) - La croissance économique de la Chine et l'augmentation du pouvoir d'achat de ses habitants, traditionnellement amateurs d'objets en ivoire, constituent "une grande menace pour les éléphants de forêt africains"
Monsieur et cher éléphant,
(...)Nous ne nous sommes plus jamais rencontrés, et pourtant dans notre existence frustrée, limitée, contrôlée, répertoriée, comprimée, l'écho de votre marche irrésistible, foudroyante, à travers les vastes espaces de l'Afrique, ne cesse de me parvenir et il éveille en moi un besoin confus. Il résonne triomphalement comme la fin de la soumission et de la servitude, comme un écho de cette liberté infinie qui hante notre âme depuis qu'elle fut opprimée pour la première fois.
J'espère que vous n'y verrez pas un manque de respect si je vous avoue que votre taille, votre force et votre ardente aspiration à une existence sans entrave vous rendent évidemment tout à fait anachronique. Aussi vous considère-t-on comme incompatible avec l'époque actuelle. Mais à tous ceux parmi nous qu'écoeurent nos villes polluées et nos pensées plus polluées encore, votre colossale présence, votre survie contre vents et marées, agissent comme un message rassurant. Tout n'est pas encore perdu, le dernier espoir de liberté ne s'est pas encore complètement évanoui de cette terre, et qui sait, si nous cessons de détruire les éléphants et les empêchons de disparaître, peut-être réussirons-nous également à protéger notre propre espèce contre nos entreprises d'extermination.
10:10 Publié dans Simplicité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Décroissance volontaire |
30/11/2005
Vive l'édition

Cher Auteur,
Pour les commandes sur Amazon, le problème est tout simplement technique. En d'autres termes, tous nos ouvrages sont référencés sur le site Amazon via la plate forme Market Place. En revanche les livres ne sont pas référencés sur Amazon proprement dit, seul Amazon a décidé de les y implanter sans même nous faire parvenir les commandes passées.
Amazon a donc décidé d'afficher notre catalogue sur Amazon et non uniquement sur Market Place. Nous communiquons sur le fait d’être référencé sur Amazon car en effet Market Place se trouve sur le site Amazon.Pour toutes les personnes ayant commandé sur Amazon, il est préférable d’annuler la commande, car Amazon ne débite qu’au moment de l’envoie du colis. Ensuite, vous pourrez repasser votre commande via Market Place afin d’être sûr de recevoir votre commande.
Cordialement
Pauvres écrivains qui comptent sur l'écriture pour vivre!
Merci de me dire ce que vous comprenez.
22:25 Publié dans Ophélie | Lien permanent | Commentaires (5) |
29/11/2005
Un Dieu voyageur
J'avais envie de partager ce beau texte du
Traité d'athéologie
de Michel Onfray.
C'est un peu long, je m'en excuse, mais je ne savais pas ce que je pouvais couper donc j'ai tout mis
Cartes postales mystiques.
J'ai souvent vu Dieu dans mon existence. Là, dans ce désert mauritanien, sous la lune qui repeignait la nuit avec des couleurs violettes et bleues; dans des mosquées fraîches de Benghazi ou de Tripoli, en Libye, lors de mon périple vers Cyrène, la patrie d'Aristippe; non loin de PortLouis, à l'île Maurice, dans un sanctuaire consacré à Gamesh, le dieu coloré à trompe d'éléphant; dans la synagogue du quartier du ghetto, à Venise, une kippa sur la tête; dans le choeur d'églises orthodoxes à Moscou, un cercueil ouvert dans l'entrée du monastère de Novodievitchi, pendant que priaient à l'intérieur la famille, les amis et les popes aux voix magnifiques, couverts d'or et nimbés d'encens; à Séville, devant la Niacarena, en présence de femmes en larmes et d'hommes aux visages extatiques, ou à Naples, dans l'église Saint-Janvier, le dieu de la ville construite au pied du volcan, dont le sang, dit-on, se liquéfie à dates fixes; à Palerme, au couvent des Capucins, en défilant devant les huit mille squelettes de chrétiens revêtus de leurs plus beaux vêtements ; à Tbilissi, en Géorgie, où on invite le passant à partager la viande de mouton sanguinolente cuite à l'eau sous les arbres dans lesquels les fidèles ont accroché des petits mouchoirs votifs; place Saint-Pierre, un jour où j'avais négligé le calendrier : je venais pour revoir la Sixtine, c'était le dimanche de Pâques, Jean-Paul II vocalisait ses glossolalies dans un micro et exhibait sa mitre effondrée sur un écran géant.
J'ai vu Dieu ailleurs, aussi, et autrement : dans les eaux glacées de l'Arctique, lors de la remontée d'un saumon pêché par un chaman, abîmé par le filet, et rituellement remis dans le cosmos d'où on l'avait prélevé; dans une arrière-cuisine de La Havane, entre un agouti crucifié et fumé, des pierres de foudre et des coquillages, avec un officiant de la santeria; en Haïti, dans un temple vaudou perdu dans la campagne, parmi des bassines tachées de liquides rouges, dans des odeurs âcres d'herbes et de décoctions, entouré de dessins effectués dans le temple au nom des loas; en Azerbaïdjan, près de Bakou, à Sourakhany, dans un temple zoroastrien d'adorateurs du feu; ou encore à Kyoto, dans les jardins zen, excellents exercices pour la théologie négative.
J'ai vu également des dieux morts, des dieux fossiles, des dieux hors d'âge : à Lascaux, sidéré par les peintures de la grotte, ce ventre du monde dans lequel l'âme vacille sous les couches immenses du temps ; à Louxor, dans des chambres royales, situées à des dizaines de mètres sous terre, hommes à têtes de chien, scarabées et chats énigmatiques en veille ; à Rome, dans le temple de Mithra tauroctone, une secte qui aurait pu transformer le monde si elle avait disposé de son Constantin ; à Athènes, en gravissant les marches de l'Acropole et en me dirigeant vers le Parthénon, l'esprit plein du lieu où, en contrebas, Socrate rencontra Platon...
Nulle part je n'ai méprisé celui qui croyait aux esprits, à l'âme immortelle, au souffle des dieux, à la présence des anges, aux effets de la prière, à l'efficacité du rituel, au bien-fondé des incantations, au contact avec les loas, aux miracles à l'hémoglobine, aux larmes de la Vierge, à la résurrection d'un homme crucifié, aux vertus des cauris, aux forces chamaniques, à la valeur du sacrifice animal, à l'effet transcendant du nitre égyptien, aux moulins à prière. Au chacal ontologique. Nulle part. Mais partout j'ai constaté combien les hommes fabulent pour éviter de regarder le réel en face. La création d'arrière-mondes ne serait pas bien grave si elle ne se payait du prix fort : l'oubli du réel, donc la coupable négligence du seul monde qui soit. Quand la croyance fâche avec l'immanence, donc soi, l'athéisme réconcilie avec la terre, l'autre nom de la vie.
20:50 Publié dans Onfray | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : littérature |
28/11/2005
Fight Club
USA, 1999
David Fincher
Scénario : Jim Uhls d'après le livre de Chuck Palahniuk
Avec Brad Pitt, Edward Norton, Meat Loaff, Helena Bonham-Carter, Jared Leto
On me disait qu’il fallait le voir, on m’a prêté le DVD, je l’ai donc vu. Dire que je l’ai aimé serait excessif mais j’ai reconnu dans ce film une œuvre d’artiste. Si l’artiste anticipe les affres (C'est-à-dire les angoisses, les craintes, l’épouvante) qu’inspire l’époque, il ne fait pas de doute que David Fincher est un grand artiste.
Ames sensibles s'abstenir, quelques longueurs.
21:00 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Littérature |

