05/04/2015
Rien ne va plus
On ne remercie jamais assez les joueurs.
Les joueurs de loto, d’euro millions, de Joker+, de Keno, les gratteurs d’Iliko, de €ash, de Millionnaire, d’Astro, de la Ruche d’or, d’Olé Sombreros, de Black Jack, de Mots Croisée, d’Eldorado, de 1000 carats, de l’arbre au trésor, d’Euro Fortune, de Solitaire, de Pharaon, de Kumulos, de Yams, de Precius Aurus, de Diamond River, de Booster, de Bingo, de Fruitos, de Goal, de Morpion, de Banco, de Numéro Fétiche, de Défoulo...



Sans oublier les joueurs de machines à sous qui n’hésitent pas à se lever matin pour faire l’ouverture du casino à 10 heures pour enfin pouvoir mettre des jetons dans la fente et appuyer sur le bouton et tenter d’aligner 3 ou 4 chiffres, cerises, poires, pommes, ananas, sphinx, bagnoles de sport, ou tout autres symboles dont la venue en parallèle signifie que la machine va débiter des jetons pendant un bon moment, bruit si agréable à l’oreille, ceci d’autant plus qu’il est peu fréquent.
Bien sûr, on ne saurait ignorer les modernes qui jouent à tout cela depuis leur écran à la maison (exclu WEB). Nul besoin de s’habiller, de se raser ou de se faire belle. On tire, on gratte, on clique à domicile, c’est tellement plus confortable ! Pas de jetons, une carte de crédit et tout est dit !
Je tiens à témoigner ma gratitude à tous ces grands joueurs et surtout à toutes ces petites gens qui se sacrifient pour diminuer le déficit de notre pays. Si, par hasard, on limitait l’accès à tous ces défouloirs, le pauvre Hollande n’aurait plus qu’à plier bagage. Aucune chance de tenir les engagements de Bruxelles. Sarko serait sûr de revenir au pouvoir. Voilà à quoi tient l’avenir de notre pays.
* La somme engrangée par l'état chaque année via les jeux est de plus de 6 milliards, le déficit 2014 était de 4% soit environ 85 milliards avec un objectif à 3% soit moins de 79 milliards.
05:48 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (2) |
04/04/2015
Pennac
Une leçon d’ignorance.
Leçon doctorale prononcée par Daniel Penac en mars 2013 (en italien je crois) lors de son intronisation comme docteur honoris causa en pédagogie de l'université de Bologne, la plus vieille université du monde (1088).
Intellectuels, Pédagogues et Démagogues. Extrait:
[Suite à l’échec scolaire] …tous se lancent dans toutes sortes de stratégies pour s’offrir le réconfort d’une identité : addictions diverses, consommation tous azimuts, constitution de bandes, de communautés en tout genre – y compris aujourd’hui sur la Toile, histoire d’être accepté par un groupe, quel qu’il soit.
Or, la particularité commune à ces groupes est le mépris des "intellectuels". Je souligne le mot intellectuels, parce que je l’entends de plus en plus souvent prononcé comme une insulte. D’abord par bon nombre d’adolescents pour lesquels l’adjectif « intellectuel » suggère je ne sais quel déficit de virilité et d’adaptabilité au monde réel. Ensuite par les plus populaires de nos médias dans lesquels l’adjectif « intellectuel » est associé à l’ennui le plus profond, l’ergotage vain et le snobisme. Enfin, à l’échelle européenne, par nombre d’hommes politiques qui présentent l’intellectuel comme le prototype de l’idéaliste irresponsable, du privilégié arrogant, de l’ennemi de l’entreprise, voire de l’intelligence corrompue.
Ainsi bruit l’air de notre temps. Et, ce que nous dit ce bruissement, c’est la victoire, de plus en plus fréquente, du démagogue sur le pédagogue.
À y regarder de près, le démagogue est l’exact antonyme du pédagogue. Pourtant, tous deux s’adressent au sentiment de solitude propre à l’être humain. Le pédagogue nourrit notre solitude ontologique d’un savoir protéiforme, il ouvre notre curiosité, éveille notre appétit de recherche, stimule notre aptitude critique, exerce sur notre esprit une influence qui se refuse à la domination, bref, contribue à faire de nous des individualités réfléchies, ouvertes et tolérantes, dont l’addition constitue une communauté humaine démocratiquement viable.
Le démagogue, lui, confisque à son profit le sentiment de solitude suscité par nos échecs, nos manques, nos frustrations, nos malheurs, nos peurs et nos ressentiments. Il substitue le dogme à l’esprit critique, le slogan au raisonnement, la rumeur aux faits établis, les convictions aveugles aux doutes éclairés, les croyances aux savoirs, le diktat indiscutable aux institutions mesurées, et, surtout, surtout, il désigne le coupable en se posant lui-même comme le vengeur providentiel. Ce faisant, il a du charme*, au sens le plus archaïque du terme, et il l’exerce: il est le joueur de flûte qui nous arrache à notre solitude, et nous sommes les enfants perdus qui le suivons en masse vers le fleuve qui nous noiera.
* Charme au sens archaïque veut dire "formule magique". En italien c'est fascino, que l'on peut aussi traduire par fascination.
11:36 Publié dans Au fil de la toile, Lecture | Lien permanent | Commentaires (1) |
03/04/2015
A vau l'eau...
Encore une des joies du libéralisme révélée par le Bulletin technologique. En Californie comme partout, on accorde aux paysans des droits sur l’eau. Or la sécheresse sévit. Du coup, il devient plus intéressant pour les paysans de revendre chèrement leurs droits sur l’eau que de cultiver les fruitiers et les légumes.
Ces droits sont revendus, entre autre, à l’état de Californie ou à la ville de Los Angeles. La Californie est le grenier du pays pour les fruits et légumes. Du coup, le manque d’eau rend cette agriculture moins performante et la production agricole va déménager vers le centre des US.

A part ça, au Japon on développe des "légumes fonctionnels" éclairés par des LED. L'éclairage par LED permet d'accélérer la pousse des légumes. En plus, fonction des temps d'exposition et de la couleur de la lumière, le goût et les teneurs en oligoéléments des légumes varieraient sensiblement. Par exemple, un éclairage par LED rouge augmenterait la teneur en sucres et en vitamines de feuilles de laitue, tandis qu'un éclairage bleu induirait la production d'antioxydants par la plante. L'équipe a ainsi obtenu des laitues contenant 2,6 fois plus de vitamines et d'antioxydants que la normale.
Où va-t-on papa ? Je ne sais pas mais c’est sûr, on y va !
* L'expression à vau l'eau vient de l'eau qui suit la pente du val (vau). Elle à pris progressivement le sens de truc qui ne fonctionne pas et part en c...
05:43 Publié dans Libéralisme, Mondialisation | Lien permanent | Commentaires (2) |
02/04/2015
Michel Wieviorka
Grâce à la grève de France Inter, j’écoute RSR1, la Radio de Suisse Romande la première. C’est toujours passionnant. Nos amis Suisses Romands sont à la fois bien proches de nous culturellement avec des différences qui étonnent parfois. C'est dépaysant mais plutôt moins que de se taper la pub sur Europe1.
Aujourd’hui, il y avait un entretien passionnant avec le sociologue Michel Wieviorka que je découvre. Un de ses sujets favoris du moment est de tenter de comprendre cette apparente contradiction entre l’universalisme en temps de globalisation et la possibilité de faire vivre sur la toile un monde multipolaire. Je sais c’est très intello, donc je vous épargne le détail.
Il est issu d'une famille de juifs polonais dont bien sûr certains ont fini à Auschwitz. A part ça, Michel est un copain de Cohn Bendit et le beau frère d’Alain Geismar, il fut l’élève d’Alain Touraine et de Jacques Delors. C’est un spécialiste du terrorisme qu’il a étudié en particulier avec les réfugiés des Brigate Rosse en France « amnistiés » par Mitterrand (Cesare Batistti et une centaine d'autres gus). Son analyse s’applique bien, paraît-il, au djihadistes qui nous inquiètent.
Il vient aussi de publier « L'antisémitisme expliqué aux jeunes ». Bons commentaires sur Amazon. L’émission est à écouter ici. Son blog est ici.
04:54 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) |
01/04/2015
Avril
Piqué sur le Facebook des amis de Vialatte, deux textes du maître publiés par Maurits Van Overbeke:
N’OUBLIONS PAS LE POISSON D’AVRIL
L'homme, autrefois, s'intéressait à l'homme. Il se passionnait pour son voisin. Il l'étudiait à fond, il connaissait ses vices, son casier judiciaire et son état de fortune. Il lui prêtait de l'argent à 80%. Il lui écrivait des lettres anonymes. Il l'y accusait d'avoir tué son vieux père pour lui voler un saucisson pur porc. Et d'être trompé par sa femme. Il lui accrochait dans le dos un poisson en papier : c'était la loi du Ier avril. Aujourd'hui, c'est l'indifférence : on laisse traîner un garagiste accidenté par une auto pendant huit heures dans un fossé plein d'escargots ; on n'accroche plus de poisson en papier peint aux basques de son chef de bureau. Bref, il semble que l'homme ait perdu tout esprit, tout altruisme et toute initiative.
La Montagne, 20 mars 1963.

L’HOMME D’AVRIL
Le soleil va entrer dans le signe du Taureau. C'est le moment où sont nés Rome, Hitler et Henry de Montherlant. C'est le mois où mourut le chevalier Bayard, c'est le mois où l'homme inventa le phonographe. L'homme, sujet de toutes nos études et de toutes nos préoccupations, l'homme, l'enfant chéri de cette chronique.
Que fait-il en avril ? Il plante la griffe d'asperge, il récolte l'oseille, il protège l'espalier avec des paillassons. Mais encore ? Il les change de place, il les enlève, il les remet mieux. Il s'évertue, il se démène, il sème la lupuline, il fume les vieux houblons. En un mot, il fait le diable à quatre. La poule pond des œufs de Pâques. Le lièvre en fait autant. Du moins en Alsace et en Allemagne. La femme se livre aux nettoyages de printemps. Elle passe ses ongles à la « super-base », qui supprimera leurs peaux, à l'huile séchante, qui complétera le travail, et à la « laque fixante » qui protégera le vernis; enfin à la « crème abricot » qui stimule la croissance des griffes. Le printemps est là. L'agneau bondit près de sa mère et le poulain pur-sang près de la jument pursane. Les épinards sont magnifiques ; et l'homme s'apprête, par les jeûnes du Carême, à célébrer la fête de Pâques dans les humbles dispositions qui conviennent au peu qu'il est : il mange la morue de brandade, il s’excite à s’améliorer. Bientôt, pourtant, il retombe dans l’ornière.
Qu’il y croupisse ! Nous n’attendions pas mieux de cet animal mou.
Chronique des grands micmacs, p.169-170.
04:23 Publié dans Au fil de la toile, Vialatte | Lien permanent | Commentaires (3) |
31/03/2015
Normes démocratiques
Je me réjouis de voir au Rouge et Noir le documentaire sur Edward Snowden intitulé Citizenfour. Je crois que cet homme est un héros.
À partir de juin 2013, Snowden, 30 ans, rend publiques par l'intermédiaire des médias, notamment The Guardian et du Washington Post, des informations classées top-secrètes de la NSA. Il a révélé les détails de plusieurs programmes de surveillance de masse américains et britanniques. Pour justifier ses révélations, il a indiqué que son « seul objectif est de dire au public ce qui est fait en son nom et ce qui est fait contre lui »
Il déclare : « Le patriotisme, ce n’est pas aimer un gouvernement, mais aimer un pays, le patriotisme, c’est aimer son peuple »
Lire sa saga sur Wikipedia ou voir le film. A noter que la France s'est permis d'interdire son ciel à l'avion du président bolivien qu'on pensait pouvoir abriter Snowden. Pour moi l'acte le plus incompréhensible de F. Hollande, président de gôche, qui en a pourtant accumulé pas mal de tels actes depuis 2012.
Pour poursuivre la réflexion sur l’occident moralisateur, un article à lire et méditer publié par Courrier International, d'après le Phnom Penh, Post intitulé « Hun Sen, l’homme caméléon ». Hun Sen se maintient au pouvoir au Cambodge (Kampuchéa) depuis plus de 30 ans. Il a commencé sa carrière comme ministre des affaires étrangères à la chute ds Khmers Rouges provoqué par les Vietnamiens.
Tout au long des années 1980, la république populaire du Kampuchéa (RPK), soutenue par les troupes d’occupation vietnamiennes et les millions de roubles de l’aide soviétique, combat les forces de résistance – au nombre desquelles figurent les Khmers rouges –, appuyées par les Chinois et les Américains. Par un cruel paradoxe de la realpolitik, les Khmers rouges continuent à représenter le Cambodge à l’ONU, alors que la RPK et ses soutiens vietnamiens sont soumis à un embargo occidental. Cette décennie laissera une profonde impression sur le jeune Hun Sen. Elle instille en lui la conviction que, pour des superpuissances comme les Etats-Unis, les droits de l’homme et les normes démocratiques sont de simples moyens d’atteindre leurs fins politiques. Pourquoi devrait-il, dans ces conditions, se conformer à ces normes ?
Lire aussi l'article de Thomas Guénolé sur ce qu'il appelle l'e-anarchisme qui fait moins de mort que l’anarchisme sans e-.
19:18 Publié dans Mondialisation | Lien permanent | Commentaires (2) |

