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24/03/2013

Kafka suite

9782070362844FS.gifKafka est mort en 1924. Quelques années plus tard, Vialatte a reçu le facteur qui lui amenait Le Château, une œuvre inachevé de Kafka considérée comme un des chefs-d’œuvre du vingtième siècle qu’Alexandre va traduire pour une publication française en 1938.  Avec Le Château, Vialatte s’éprend de Kafka, il va ensuite traduire plusieurs de ses romans.

Le temps passa, la neige revint. Je relus La Métamorphose. Du fond de sa tombe, au cimetière de Prague, Kafka écrivait de plus en plus. Chaque hiver le vent de la neige apportait un nouveau message énigmatique, et inachevé. Il y eut ainsi Le Procès, L’Amérique, Un médecin de campagne, etc.

Chaque hiver apportait un Robinson de plus, un Juif errant, un enfant perdu, une méprise, dans cette neige allemande qui n'est pas la même que celle d’ailleurs, qui annonce déjà la plaine russe et, inquiétante, traversée de fantômes, de corbeaux et de malentendus, présage déjà les étranges latitudes d’une quatrième dimension, cette steppe métaphysique de M. le comte West-West où rodent les vagabonds solitaires de Kafka, glacial espace d'un monde que rien ne réchauffe.

Kafka, en tchèque, c’est le choucas. Sortis du cimetière israélite de Prague, tous ses petits personnages noirs, aux coudes aigus, pareils à des fourmis, à ces dessins qu‘il mettait dans les marges, sur le bord de ses manuscrits, ces scrupules en forme d‘insectes, ces juges corsetés de jaquettes dont les pans avaient |‘air d’élytres, ces héros à quatre pattes, cette année de l’inquiétude se répandait sur la neige allemande comme des rats.

lls ont envahi toute l’Europe. Ils ont passé en Amérique. Les fourmis de Kafka ont gratté tous les cous.

(...)

Les songes des grands écrivains, des grands artistes, ne viennent pas. lls préexistent. C ‘est la réalité qui vient d'eux. Le Château ne venait pas du facteur, mais le facteur venait certainement du Château. Le père de Kafka date de Kafka (quelle revanche !). Il ne faut pas demander aux fleuves d‘où viennent leurs songes, mais de quel songe ils sont sortis. Qui se fût jamais avisé, avant les songes de Kafka, que la vie ressemblât à un roman de Kafka ?

D'autant plus que c‘est faux. Mais c’est la vie qui a tort, depuis qu‘il a fait son portrait, Kafka a gagné son pari : incapable de s’adapter, il a désadapté la vie. Il lui a fait croire qu’elle lui ressemblait. Elle en a persuadé toute une génération. Depuis Kafka, toute une génération sait qu’elle habite sur les terres de M. le comte West-West.

Extraits de Kafka ou l'innocence diabolique d'Alexandre Vialatte.

12:18 Publié dans Vialatte | Lien permanent | Commentaires (0)

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