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26/05/2007

Eva Joly

medium_EvaJ.jpgEva Joly

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a écrit en collaboration

avec la journaliste

Judith Perrignon

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La force qui nous manque

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En général j'évite de parler de l'actualité et encore plus de livres que je n'ai pas lus. J'ai envie de faire un exception après avoir vu, ce soir, Eva Joly chez Ruquier. En ces temps Berlusconien où le moindre député UMP va pouvoir faire la pluie et le beau temps avec la bénédiction de toute la classe politique, où même France-Inter nous abreuve de la chance extraordinaire que nous avons d'avoir enfin des riches pour prendre en main nos destinés, cette réflexion sur la corruption et les trillions de dollars qui grossissent dans des paradis fiscaux, sur le courage des certains et certaines pour les dénoncer est très... rafraîchissante. Merci Eva! 

 

"J'ai besoin de mouvement. Certains appelleront ça de l'ambition. Le mot ne me fait pas peur. J'ai toujours eu peur du moment où le réel vous assigne votre place : vous êtes la bonne, vous êtes l'épouse, vous êtes une mère, vous êtes une secrétaire, une juge puisque vous êtes une obstinée, mais docile s'il vous plaît. Vous avez l'âge de la retraite. Non, j'ai toujours bousculé cet ordre-là.

J'ai soixante-trois ans. Mais je n'ai jamais été libre.

J'ai quitté la France. Je suis partie parce que je ne voulais laisser à personne les moyens et le temps de se venger. Au nom de la Norvège, dans les grandes institutions ou dans les soupentes des juges de Nairobi ou de new Delhi, je rencontre depuis cinq ans des hommes et des femmes à la hauteur de leurs rêves."

La force nous manque trop souvent pour bousculer l'ordre des choses dans notre vie ou dans les affaires publiques. J'aimerais que ce livre soit pour ses lecteurs ce qu'il a été pour moi : un petit traité d'énergie et d'orgueil féminin.

01:45 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (3) |

23/05/2007

Erotisme

medium_femme.JPG

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Un "bonjour"

de

Jack Rollan

 

du

28 juillet 1970

Me croirez-vous si je vous dis que par cette chaleur, l'érotisme était très loin de ce que je venais chercher en plein après-midi dans le hall de ma gare natale ? Lorsqu'on vient acheter « Le Monde » et « Le Figaro », c'est l'in­dice qu'on n'a pas le coeur à la bagatelle. Mais on n'échappe pas à son époque ; la provocation sexuelle nous guette en tout lieu, même au kiosque des journaux où, pour atteindre mon prude « Figaro », je dois commencer par repousser un nombre considérable de ces nichons internationaux que les maga­zines en sexycolor nous proposent à l'étalage comme des oranges pour le voyage, tandis que mon autre main, tout aussi vertueuse­ment, cherche parmi de ravissants postérieurs cosmopolites le che­min qui conduit au « Monde » perdu dans une gigantesque partie de cache-cache-sexe. 

Je me sers moi-même ainsi pour gagner du temps, mais je me rends bien compte qu'aux yeux des autres clients, je dois avoir l'air très exactement de l'amateur-cochon-timide qui, se sentant regardé, n'a pas le courage de demander :« Avez-vous quelque chose de suédois ? »... et finit par choisir ce qu'il y a de plus sérieux dans la boutique.

Mais la dame qui choisissait hier quelques livres pour partir en vacances n'avait pas de ces timidités puisque au-dessus de la petite pile de bouquins qu'elle tendait à la vendeuse en lui demandant combien je vous dois, était placé « L'Erotisme chez la Femme », sous couverture illustrée de la moitié du haut d'une dame pâmée, ce qui laissait clairement à penser que la belle personne n'était pas seule sur la moitié manquante de l'illustration.

- Quarante-huit nonante, répondit la vendeuse.
- Hou là la! c'est cher, dites donc ! fit la dame qui partait en vacances.
- C'est que, reprit la marchande, celui-là coûte déjà 19 francs 50.

...« Celui-là », c'était bien entendu le petit maltraité d'érotisme en douze chapitres. La dame qui partait en vacances hésita un instant, et demanda : « Vous permettez ? Je vais demander à mon mari »… et s'éloigna, le livre en main.

Là, sachez-le, mes amis, j'en ai eu moi-même pour 8 francs 40 ! car pour ne pas vous priver de la fin, j’empilais les « Daily Mirror » sur les « Tageblatt » et comme le mari était en train de prendre les billets, j'ai dû aller jusqu'à « L'Almanach du jardinier du Dimanche » - moi qui ne sais même pas où me loger ! Enfin la dame revint - et rendit le coquin manuel en disant simplement :

- Eh ben non, mon mari dit que c'est pas la peine...

Et la vendeuse, mes frères, je vous jure que c'est vrai - et que ça vaut mes huit francs !- la vendeuse reprit tout aussi simplement le livre, en répondant :

- Mais bien sûr, madame, il vous faut faire comme d'habitude...

22:00 Publié dans Jack Rollan | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : Magazine |

21/05/2007

Eoliennes

Stromboli.jpg

Samedi au îles éoliennes. Après avoir fait, il y a deux ans, le tour de la Sicile, j'ai passé une journée sur les îles éoliennes, Lipari et Stromboli, grâce à de généreux mécènes. Pas le courage d'écrire un texte. Je vous renvoie donc au voyage de Maupassant en Sicile. Je vous avais parlé des catacombes des capucins à Palerme. Voici donc les îles Lipari par le même :

Je reviens lentement, essoufflé, haletant, suffoqué par l'haleine irrespirable du volcan ; et bientôt, remonté au sommet du cône, j'aperçois toutes les Lipari égrenées sur les flots.

Là-bas, en face, se dresse le Stromboli ; tandis que, derrière moi, l'Etna gigantesque semble regarder au loin ses enfants et ses petits-enfants.

De la barque, en revenant, j'avais découvert une île cachée derrière Lipari. Le batelier la nomma : «Salina». C'est sur elle qu'on récolte le vin de Malvoisie.

Je voulus boire à sa source même une bouteille de ce vin fameux. On dirait du sirop de soufre. C'est bien le vin des volcans, épais, sucré, doré et tellement soufré, que le goût vous en reste au palais jusqu'au soir : le vin du diable.
Le sale vapeur qui m'a amené me remmène. D'abord, je regarde le Stromboli, montagne ronde et haute, dont la tête fume et dont le pied s'enfonce dans la mer. Ce n'est rien qu'un cône énorme qui sort de l'eau. Sur ses flancs, on distingue quelques maisons accrochées comme des coquilles marines au dos d'un rocher. Puis mes yeux se tournent vers la Sicile, où je reviens, et ils ne peuvent plus se détacher de l'Etna accroupi sur elle, l'écrasant de son poids formidable, monstrueux, et dominant de sa tète couverte de neige toutes les autres montagnes de l'île.

Elles ont l'air de naines, ces grandes montagnes, au-dessous de lui ; et lui-même il semble bas, tant il est large et pesant. Pour comprendre les dimensions de ce lourd géant, il faut le voir de la pleine mer.

A gauche, se montrent les rives montueuses de la Calabre, et le détroit de Messine s'ouvre comme l'embouchure d'un fleuve. On y pénètre pour entrer bientôt dans le port.

La ville n'a rien d'intéressant. On prend, dès le jour même, le chemin de fer pour Catane. Il suit une côte admirable, contourne des golfes bizarres que peuplent, au fond des baies, au bord des sables, de petits villages blancs. Voici Taormine.