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25/07/2005

Internet Romance -3-

Il faut que je vous présente French. French était un forum électronique, un lieu d’échange sur Internet, aujourd’hui on dit un Blog. Un blog de la préhistoire si j’ose parler ainsi d’un outil qui, bien que déjà mort, n’a pas encore dix ans d’âge. Contrairement à beaucoup de forums actuels sur Internet celui-ci était réservé aux employés de TKN.  Total Knowledge Network, la grande multinationale des ordinateurs et du savoir, notre cher employeur. C’est moi qui ai fait connaître French à Nicolas. Ma passion du français m’avait fait découvrir cet espace virtuel, ce lieu d’échange des amoureux de notre langue, pour la plupart étrangers qui s’enorgueillissaient de la parler plus ou moins bien et quelques expatriés qui se languissaient de ne plus l’écrire.
A l’époque, j’avais lancé divers sujet : une discussion sur les patois et dialectes avait fait rage pendant plusieurs semaines. Un débat sur l’intérêt d’apprendre encore le grec et le latin au succès modéré… Quand j’ai parlé de French à Nicolas, il n’a pas percuté tout de suite. Il a fallu que je mentionne le débat sur Ludwig, son cher Ludwig. Je ne me souviens plus très bien de quoi il s’agissait. Qu’importe. Il était question de Beethoven, de son idole Beethoven. Doucement, avec French et Ludwig von, j’avais mis le doigt de Nicolas dans un engrenage qui risquait bien de changer son destin.

On pense que le monde cybernétique rend les rapports humains impersonnels, c'est faux ! Dans French, l'anonymat ne cachait pas longtemps la personnalité des auteurs. Les rapports entre les sexes surgissaient à chaque note. La curiosité, le désir, les fantasmes étaient exacerbés par le mystère que cache une signature. On sait combien, au bout du fil, une voix peut dégager de charme, alimenter de mirages sensuels. Avec l'écriture, c'est encore plus fort. Des mots bien choisis, un style simple et direct, l’émotion gagne, l'imagination vagabonde, le vêtement ne cache plus il suggère, la bretelle glisse, l’épaule apparaît, l'érotisme s'insinue.

Nicolas est intelligent, il le sait, il en est fier. Pourtant, il ne peut aborder les choses que dans l’ordre, son ordre à lui. Tout mouvement brusque le braque. Une dose de psychorigidité est un trait commun à pas mal de surdoués. Au début, cela énerve, puis, le postulat admis, la relation s’améliore. Nicolas refuse a priori d’entrer dans une matière nouvelle, difficile de le convaincre, il fait de la résistance. Je ruse, je le flatte, je lui parle de son intelligence, de l’originalité du sujet, de la nouveauté de la démarche. Parfois, c’est le miracle. La question retient son attention, mine de rien, il sort de son univers et soudain il montre une énorme soif de savoir, une boulimie de connaissance. En deux jours il apprivoise le sujet, en deux semaines le voilà spécialiste et un peu plus tard, il est déjà expert. C’est ce qui est arrivé pour French. Il a pris la lecture à la note numéro une et il a lu toutes les réponses. Il est passé au numéro deux, puis aux réponses, et ainsi de suite jusqu’à la derniere note en date.

19:33 Publié dans Internet Romance | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : Ecriture |

Internet Romance -2-

A l’époque, je dirigeais une équipe… plus exactement, un groupe de consultants ou de chercheurs. Diriger, n’est d’ailleurs pas le mot exact. Pour utiliser un terme à la mode, on pourrait dire coacher comme au foot. Grosses têtes contre gros mollets, l’analogie est assez juste. Ils étaient tous mieux payés que moi. Tous plus doués pour jongler avec les algorithmes. C’était une belle bande de divas. Huit hommes, deux femmes... avec elles c’était plus facile. Chacun cultivait jalousement son registre et sa tessiture. Prises une à une, les voix étaient belles. L’ensemble tournait à la cacophonie. Ma tâche consistait à mettre un peu d’harmonie dans l’orchestre.
J’avais accepté, sans conviction, de jouer les barreurs de cette grande galère… Notre navire s’appelait MS -Management Science. Notre raison d’être : trouver des outils scientifiques pour améliorer les méthodes de gestion de nos dirigeants. Gestion qu’ils jugeaient eux-mêmes trop floue, trop intuitive, trop humaine en somme. Nous cherchions donc un supplément de rigueur… Nous le cherchions en toute fantaisie…
Je les aimais bien, mes petits protégés, Nicolas y compris. Encore qu’au début, je le trouvais un brin fourbe, dissimulé, mesquin. Puis, je l’ai mieux connu. Nous avions l’habitude de prendre un pot après le travail au Trianon. Bien des bières plus tard, j’ai compris pourquoi Nico était si méfiant. Nous sommes devenus de bons camarades, presque des amis. Son idylle avec Mary-Ann nous a rapprochés. Cette histoire d’amour me l’a rendu très sympathique, à moi et à d’autres aussi, l’amour ne fait pas craquer que les midinettes. Il arrive que les tyrans sanguinaires y perdent de leur superbe. Néron ne voulait-il pas à tout prix couronner Poppée ?

 

00:00 Publié dans Internet Romance | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : Ecriture |