24/11/2013
Magnus
Il y a des gens qui ont plus reçu des dieux que d’autres. C’est le cas de Magnus Carlsen. Né en 1990 en Norvège, ses parents l’ont appelé Magnus et il a grandi plutôt vite. Il est à la fois mannequin et joueur d’échec.
Grand maître à 13 ans, numéro 1 mondial à 19 ans, il devient champion du monde à 22, son classement ELO est de 2870, le record absolu. Les rois et les reines sont à ses pieds. Et pourtant il lui arrive de faire la gueule sur la photo. C’est assez petit de sa part, je trouve. En plus il avoue qu'il ne sait pas perdre et pas non plus gagner.

Vocabulaire: Echec vient du latin médiéval scacus (scacco, scachi en italien). Le mat nous vient du persan via l'arabe. Säh mat - Le roi est mort. A noter que le verbe échouer, un terme maritime, vient du latin excidere, tomber, sortir de, qui donne aussi échoir.
En anglais le fou des échecs s’appelle évêque, en albanais ou en grec cela se dit officier. Faut-il être fou pour devenir évêque ou officier ?
A noter que officier en grec se dit αξιωματικός, Axiomaticos. Les termes axiome et axiomatique viennent du grec ancien via le latin. Axioma en grec signifie ce qui est convenable. Axios, ce qui mérite, vient du verbe axioun, juger digne, de la même famille que agein conduire qui donne agonie.
Un axiome est une vérité admise par tous. Une axiomatique est un système d’axiome qui sert de base à une construction logique. L’axiologie est la science des valeurs de vérité.
Bien fol qui s’y fie. Est-ce qu’on peut faire confiance à un évêque et à un officier, l'alliance du sabre et du goupillon, pour ce qui concerne la vérité. Pour l'agonie, c'est plus sûr. En plus ils avancent en diagonale en avant et en arrière, à la fois crabe et écrevisse.
Jean Ferrat - le sabre et le goupillon par jolysable


08:00 Publié dans Au fil de la toile | Lien permanent | Commentaires (2) |
22/11/2013
Amadou
Attirés par la pluie de dollars tombée sur les épaules des créateurs de Google, Facebook, Twitter et autre applis du Web, les jeunes créateurs se démènent.
Il y en aura sûrement quelques uns pour réussir, c’est comme au loto 100% des gagnants ont tenté leur chance. Pour poursuivre notre quête de la modernité moderne, citons deux applis qui montent, qui montent… comme la petite bête.
Line franchit le cap des 100 millions d'utilisateurs en l'espace de 19 mois, alors qu'il en a fallu 54 à Facebook et 49 à Twitter. Au 1er avril 2013, l'application compte plus de 150 millions de comptes enregistrés. En septembre, elle franchit la barre des 230 millions d'utilisateurs et devance l'application coréenne Kakao Talk.
Line permet d’échanger des messages sans payer les SMS. On peut aussi s’en servir pour twitter et même pour facebooker, voire pour skiper vos amis et même vos ennemis. Une appli Smartphone donc...
Tinder, créé en septembre 2012 séduit 2 millions d’utilisateurs par jour. Aujourd'hui composée de 21 personnes, la société Tinder a vu le jour à Los Angeles dans une sorte d'incubateur de start-up chapeauté par le groupe IAC/InteractiveCorp. Le groupe s'y connait en rencontres en ligne puisqu'il possède notamment des sites comme Match.com ou Meetic.
L'inscription se fait en un clic via le compte Facebook de l'utilisateur, mettant ainsi en avant les photographies et les éventuels amis communs grâce à un algorithme maison. Une passerelle censée rassurer ou baliser la rencontre, lui donner un vernis plus authentique.
Le principe est enfantin : l'utilisateur se géolocalise et voit des profils défiler sous ses yeux. D'un simple geste, il les retient ou les repousse. Oui-non, blanc-noir, aime-aime pas, like-dislike, baise peut-être-baise pas, fuck maybe-don't fuck... Le manichéisme appliqué à la toile et à la rencontre. Le choix se fait en quelques secondes disent-ils... et sur d'uniques considérations physiques. Si l'autre personne se montre également intéressée par votre profil, l'échange via l'appli peut débuter. Si l'attirance n'est pas réciproque, l'utilisateur ne reçoit aucune notification risquant de froisser son ego.
Pour les connaisseurs de startups, Tinder rappelle Hot or Not ou encore FaceMash, la première création de Mark Zuckerberg permettant de comparer les qualités physiques des jeunes filles de son campus...
Gratuite pour le moment, l'appli Tinder attirent avec force les jeunes âgés de 18 à 25 ans plutôt hétéros (les gays utilisent Grindr). On peut penser que la drague ne restera pas toujours gratuite.
Est-ce que les papys et les mamies qui s’adonnent au QS puis se sont mis sur Facebook et sur Meetic vont aller sur Line et Tinder ou faudra-t-il leur inventer des applis moins speed ? A suivre…
Vocabulaire: Tinder désigne une matière facilement inflammable, genre amadou. Au départ l’amadouvier est un champignon [photo] qui séché s’enflamme facilement. C'est aussi un redoutable parasite de plusieurs feuillus : hêtre, platane, bouleau, peuplier, chêne entre autres. Il se fixe sur des arbres faibles ou blessés, produit une pourriture blanche et finit en quelques années par tuer son hôte. L'amadouvier n'est pas comestible. Il était utilisé comme substance inflammable dès la préhistoire.
Tinder est-il comestible ? Tuera-t-il ses hôtes ?
Le mot amadou signifie amoureux en provençal, c’est une métaphore classique, parallèle à celle du cœur d’artichaut, habilement reprise par nos créateurs.
Brassens chante : La fortune que je préfère,c'est votre cœur d'amadou...
15:51 Publié dans Modernité moderne | Lien permanent | Commentaires (4) |
18/11/2013
Quantified Self
Le Moi est haïssable disait le janséniste Pascal. Il parlait de l’amour-propre. C’est ainsi qu’on qualifie l’amour de soi qui n’est pas toujours très net. En plus du Moi, Pascal s’en prend à Montaigne qui avait fait une analyse de son moi, le sot projet disait-il. Voltaire, plus humain, dira « le charmant projet qu’à eu Montaigne de se peindre et ainsi de peindre la nature humaine. » Pas toujours propre la nature humaine mais si intéressante.
Se regarder le nombril a toujours été suspect pour le philosophe. Aujourd’hui, la philosophie du nombril se perd dans l’ombre des nombres. La mode est aux nombres du soi. Pour parler english, la mode est au QS, le Quantified Self, l’Auto Quantification. L’homme moderne se mesure en tout sens. Il ne faut pas qu’un seul de ses pas se perde sinon, il marche pour rien. Il compte ses pas, ses calories brûlées, ses heures de sommeil profond, la pression de ses artères, son poids de graisse perdue, sa masse musculaire gagnée, son pouls après l’effort, sa tension haute, la basse…

Il (ou elle) utilise des capteurs Fitbit, des Nike+ Fuelband, il compte avec Runstatic, Runkeeper, toutes sortes d’applis pour ipod, ipad, Samsung Galaxy qui comptent, comptent les nombres du nombriliste qui court, qui vole et qui se venge. De quoi se venge-t-il ? De ces heures de bureau où il mesure, évalue, compte et recompte les pertes et profits de l’entreprise ? Peut-être. De son épouse qui l’envoie paître sans compter ? Possible. D’ailleurs, son épouse aussi compte car sa diététicienne lui a dit : « Pas moins de dix-mille pas par jour. »

Et bien sûr, comme Montaigne parlait de sa sexualité assez librement, l’homme moderne mesure ses performances sexuelles. L’appli payante de QS Sex-Track évalue les perfs sexuelles à partir de l’intensité, de la fréquence et de la durée des vibrations du lit en posant son iPhone sur… le matelas. Le bandeau Melon (si, si) incorpore trois électrodes qui analysent l’activité du cortex préfrontal gauche. Le capteur Tinkle connecté à l’appli Happstr permet, paraît-il, en cliquant sur un gros bouton rose de mesurer le bonheur. MoodPanda mesure l’humeur…
Ces outils peuvent faire des dégâts dans les couples. Sarah G. a choisi de quitter son compagnon Tom après avoir découvert grâce à l’appli Mercury que l’indice de satisfaction que celui-ci lui procurait était bien inférieur à ce qu’elle pensait avant la dite mesure. Quant à Bill C., après avoir posé des capteurs sur la peau d’une jeune femme invitée à un concert de musique classique, il a découvert que les nombres indiquaient un vrai manque de mélomanie de la part de la donzelle. Du coup, il a cessé de lui faire la cour.
On voit par là que la modernité moderne peut révéler bien des choses au nouveau philosophe capable de peindre son moi aux couleurs du progrès.
A propos de sexe, Léo chantait, dans il n'y a plus rien :
Heureusement il y a le lit : un parking!
Tu viens, mon amour?
Et puis, c´est comme à la roulette : on mise, on mise
Si la roulette n´avait qu´un trou, on nous ferait miser quand même
D´ailleurs, c´est ce qu´on fait!
Je comprends les joueurs : ils ont trente-cinq chances de ne pas se faire mettre
Et ils mettent, ils mettent
Le drame, dans le couple, c´est qu´on est deux
Et qu´il n´y a qu´un trou dans la roulette
Je n'invente rien, l'homme moderne existe, le voici, le voilà :
22:42 Publié dans Au fil de la toile, Modernité moderne | Lien permanent | Commentaires (8) |

