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26/03/2011

Alibi libyen

Site antique de Sabratha en Tripolitaine :

Quand on parle de la Libye, j’entends parfois « l'alibi ». Alors je me demande de quel alibi est la Lybie, je veux dire : quel alibi pour la guerre en Libye ?

En regardant Arrêt sur image, je constate que l’on ne sait pas vraiment qui sont ces gens que l’on appelle les insurgés libyens. On nous dit qu’ils combattent à mains nues, hors on apprend qu’ils ont descendu leur propre avion. Ils ont donc des avions et les moyens de les descendre.   

G.W.. Bush s’est servi de la guerre en Irak comme d’un alibi pour cacher sa mauvaise gestion. Il  voulait remonter une cote de popularité qui n’était pas très bonne. Qu’en est-il de cette attaque de la Libye ? Est un sarko-alibi ? Peut-être pas. Difficile de démèler les intérêts du véritable altruisme.

Altruisme, on rigole ? Le radical alter proche parent de alius. Car Alibi vient du latin « alius » qui veut dire autre, étranger et qui a donné ailleurs. On nous dit donc : « Pouvoir d’achat ? Chomage ? Circulez, il n’y a rien à voir. Regardez donc ailleurs !  » Le mot a la même origine que le peu sympathique (et fou) aliéné et aussi que le mot alien en anglais. C’est donc la faute à l’autre comme dirait Marine. Chassons-le !

C’est toujours Alain Rey qui m’inspire. Dans son dico historique, Il cite un autre mot sorti d’usage : Alibiforain qui signifiait mauvaise excuse, échappatoire. Un mot pléonasme car forain veut dire étranger, même racine que le foreign anglais. Les forains sont des gens venus d’ailleurs dans notre village gaulois... et parfois ils piquent nos poules. Chassont-les !

Le mot suivant est aliboron, l'âne de La Fontaine personnage ignorant et stupide... mais je ne vais pas faire tout le dico d'Alain. Ce sera pour une autre fois.

18:45 Publié dans Mots | Lien permanent | Commentaires (4) |

25/03/2011

Les combats d'une reine

En 2005, j'avais parlé ici de Grisélidis Réal. Grisélidis Réal était une courtisane qui connut son heure de gloire vers 1975, à Paris, à la tête d’un mouvement insurrectionnel de 500 prostituées. Elle est morte en 2005 à l’age de 75 ans. C’était une militante de la prostitution qui aimait les gens et conchiait les moralistes de tous poils en commençant par Calvin et le pape. En 2009, elle a été entérré au cimetière des rois, le Panthéon de Genéve, au milieu de célébrités et non loin de son ennemi Calvin.

Françoise Courvoisier a fait de la vie de Grisélidis une pièce de théatre intitulée "Les combats d'une reine. Il s'agit de trois de ses combats tirés des textes mêmes de Grisélidis dont la passe imaginaire.

texte copié d'ici. Le combat premier commence à 35 ans. Côté jardin, Grisélidis interprétée par Magali Pinglaut, encore verte et pas toujours convaincante, est enfermée dans une prison en Allemagne, elle écrit et dessine. Un halo de lumière délimite sa cellule. Côté cour, dans un halo identique, accoudée à un comptoir de bar, Françoise Courvoisier reprend le fil de la vie de cette femme fière au milieu des années 1970. Grisélidis Réal, à près de 50 ans, se bat pour le droit des travailleurs du sexe. Elle mène en 1975 la « révolution des prostituées ». Au centre, la grande Judith Magre se glisse dans la peau de Grisélidis, plus âgée. Soixante-quinze ans, humour intact malgré un cancer, une beauté diffuse, qui s’exprime dans ses poèmes et ses tableaux. Elle rit, boit, ironise surtout. Avec distance et retenue, dérision, Judith Magre (affiche) incarne une femme pleine de vie et pourtant au seuil de la mort. Prête encore à en découdre.

Voir ces trois femmes n’en jouer qu’une est émouvant. Et la scénographie très simple – quelques éléments suffisent à évoquer une époque et un lieu : prison, comptoir de bar dans les années 1970 et chambre chaleureuse au début des années 2000 – laisse la part belle à ces comédiennes de trois générations. La partition héritée de Grisélidis Réal est tissée de textes comme Suis-je encore vivante. Journal de prison, la Passe imaginaire et les Sphinx (de forme épistolaire) ou le Carnet noir, qui compile avec un professionnalisme quasi bénédictin les lubies de ses clients et autres détails du métier, mais aussi les pensées fugitives et quelques aphorismes caustiques.

La manière dont elle s'en prend à Sarko, ministre de l'intérieur de l'époque qui s'attaque aux prostitués est très drôle. Après le off d'Avignon, c'était à Genève au théatre de poche. Une pure merveille !

 

21/03/2011

Chaland

Etre élu local mène à tout. L’autre jour, j’ai dû m’intéresser aux zones de chalandise, moi qui serais plutôt un non-chaland.

 Je connaissais ce mot « chaland » grâce aux Stances à un cambrioleur de Georges Brassens qui se terminent par ce PS :

Post-Scriptum. Si le vol est l'art que tu préfères,
Ta seule vocation, ton unique talent,
Prends donc pigeon sur rue, mets-toi dans les affaires,
Et tu auras les flics même comme chalands.

Donc chaland veut dire client et chalandise clientèle. A noter que chalandise rime richement avec marchandise, friandise ou gourmandise et un peu moins richement avec jobardise, gueulardise, ringardise, bâtardise, pochardise, couardise ou flémardise… Les rimes en dise nous disent donc beaucoup sur les qualités du chaland.

Je découvre dans mon Alain Rey (l’historique des mots) que mon jeu de mot du début sur non-chaland et nonchalant n’en est pas vraiment un. En effet, chaland vient du verbe latin calere qui a donné le verbe chaloir qui nous a laissé son participe dans l’expression « Peu me chaut », qui veut dire : je m’en fout, je m’en tape... Le chaland est donc celui qui se souvcie, s’inquiète. Ironie orthographique, calere veut dire en latin « être chaud ». On dit être sur des charbons ardents quand on s’inquiète beaucoup.

Et donc ce calere à aussi donné le verbe nonchaloir dont ne subsiste que le participe présent nonchalant, en gros celui qui ne s’inquiète pas et surtout pas pour des marchandises plus ou moins bien achalandées. Car achalandé aussi vient de calere et à pris des sens diffèrents mais toujours liés aux clients. Tous ces mots ont eu des destins amusants à travers les siècles. Voyez donc l’Alain Rey.

Pour ma part, quand j’ai du temps libre, plutôt que de jouer les chalands dans la zone de chalandise, j’aime mieux soigner ma nonchalance. Peu me chaut que les rayons des magasins soient ou non bien achalandés puisque je me promène nonchalamment au bord de la rivière sous les seuls rayons... du soleil.

13:51 Publié dans Mots | Lien permanent | Commentaires (3) |