30/03/2018
Enfer
Le pape François, Jorge Bergoglio, aime bien, de temps en temps, faire un brin de causette avec son ami Eugenio Scalfari, 94 ans en avril. Athée notoire, fondateur entre autre du journal La Repubblica, Eugenio a même traîné ses culottes sur le même banc d’école qu’Îtalo Calvino. On aurait aimé être là.
On ne sait pas ce qu’ils se disent exactement mais on sait que récemment, le pape aurait confié qu’il ne croyait pas à l’Enfer. Le Vatican (c’est qui ?) en est parait-il tout secoué.
Dante qui vient de finir cette année ses 697 années de purgatoire s’est retourné dans sa tombe. On sait que l’enfer de Dante était glacial alors que l’enfer des chrétiens est brûlant.
Mais au fait, à part Dante, qui a décrété qu’il existait un enfer avec des flammes et des diables à la queue fourchue ?
Je me suis penché sur la question, à l’article « enfer » de Wikipedia, on y apprend d’entrée que les mots Hadès en grec et Shoel en hébreux, et surtout la fameuse Géhenne (qui était un lieu à Jérusalem, sorte de roche tarpéienne où brûlait un feu perpétuel et où on jetait les méchants) ont été très mal traduits. Traduttore - traditore dit-on à Rome. Voilà ! Le traducteur est un traître à jeter sans hésiter dans la Géhenne.
Article "enfer" de wikipédia, fort complet sur les enfers dans toutes les religions et sectes diverses, chauds, froids, secs, humides, acides, salés, puants, pestilentiels, cruels, impitoyables... Mais j’avoue que ce qui m’a le plus intéressé, mon côté cuistre bien sûr, ce sont les Philocalie des Pères neptiques.
Le titre complet est « Philocalie des Pères neptiques, composée à partir des écrits des saints Pères qui portaient Dieu, et dans laquelle, par une sagesse de vie, faite d'ascèse et de contemplation, l'intelligence est purifiée, illuminée, et atteint la perfection. »
Pour les béotiens sachez que « philocalie » est un mot issu du grec qui signifie « amour de la beauté » / du bien ». Les pères neptiques sont une grosse trentaine de pépères orthodoxes engagés dans la voie spirituelle, à la suite du Christ. La nepsis, c'est la « sobriété de l'âme ». (Il faut que je creuse cette idée d’âme sobre.) Par exemple, au hasard, Isaac de Ninive qui a toujours mis en évidence l'incompatibilité de l'Amour de Dieu avec l'idée d'un châtiment éternel. Dieu est miséricordieux et offre Son aide pour tous. Donc Bergoglio serait plutôt d’accord avec Isaac de Ninive, l’enfer n’existerait pas.
Ces jours, je suis de l’avis de Sartre dans son Huis-clos, « L’enfer c’est les autres » qui a bien sûr pour corollaire que l’on est un enfer pour les autres par notre comportement... Mais on s’éloigne de la philocalie et des Pères à l’âme sobre et même de ce brave Scalfari qui vient de rejoindre Andrea Camilleri et René de Obaldia dans mon panthéon des beaux vieillards plus que doublement canoniques mais pas cacochymes pour un sou.
Le pape avait déjà déclaré à Scalfari qu'il réfléchissait au mariage des prêtres... Propos démenti par "le vatican". Lors du prochain et sixième entretien avec Eugenio le bien nommé, le pape devrait déclaré son athéisme. Ce serait assez normal vu que selon un récent sondage : Seul un pape sur trois croit en Dieu.
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28/03/2018
La mafia
Traduction par mes soins de l'amaca (le hamac) de Michele Serra publiée dans la Reppublica du 18 novembre 2017.
La mafia n'est rien, un rien organisé pour voler, imtimider et racketter celui qui est quelque chose, qui fait quelque chose, qui produit quelque chose.
La SICILE sans la mafia, sans les mafieux, sans la mentalité mafieuse, serait l'un des pays les plus agréables et les plus riches du monde. Ce serait un endroit où vous pourriez commercer, faire des affaires et cultiver la terre sans les parasites des différents gangs, faire de la politique sans le trafic médiéval des paquets de votes, être des citoyens sans avoir à embrasser les mains de vieillards oisifs.
La Sicile sans mafia, pourrait être un pays moderne, où compterait qui vous êtes et non de qui vous êtes le compère, de qui vous êtes serviteur. Un pays intelligent et spirituel, brillant et ancien, cultivé et sensuel, enfin libéré de cette énorme sangsue monstrueuse qu'est la mafia, parasite du travail des autres, producteur de rien, exploiteur d'énergies pas les siennes, de talents pas les siens, des travaux des travailleurs qui doivent supporter cette bête de somme, ce prélèvement injurieux.
"La mafia est une montagne de merde", a déclaré Peppino Impastato. Mais peut-être que c'est bien moins que ça: la mafia n'est rien, un rien organisé pour voler, intimider et racketter celui qui est quelque chose, qui fait quelque chose, qui produit quelque chose".
10:38 Publié dans Chroniques Italiennes | Lien permanent | Commentaires (0) |
26/03/2018
Un popolo così
Michele Serra est un chroniqueur très apprécié en Italie. Il écrit un papier chaque jour dans la Repubblica, chronique intitulée « Amaca », Hamac. L'amaca est courte, simple et souvent amusante.
Traduction par mes soins de l'amaca du 19 novembre 2017, quelques mois avant les élections qui ont amené les partis populistes en tête. J'aime bien la chute.
Hier matin, le caissier du supermarché était furieux.
Il disait à haute voix que “maintenant on allait tous les renvoyer à la maison, « ces cochons ». Il le disait à une paire de collègues avec force voix et regards devant quelques clients atterrés – comme s’ils n’étaient pas là d’ailleurs - et les collègues répondaient par un crépitement de gros mots utilisés comme ponctuation, « bien sûr, renvoyons les à la maison. Les Cinque Stelle vont arriver et on les renvoie tous à la maison. »
J’ai pensé à l’explosion, brutale mais légitime, d'un homme de 40 ans qui gagne un salaire de misère pour un horaire infernal, avec un petit job en CDD. J’ai pensé à la frustration économique, j’ai pensé, en fait, à la politique. Toujours respectable la politique, même quand elle prend les manières brusques de ce garçon terne qu'on a rendu méchant.
Je me trompais. En sortant, j’ai vu le caissier prendre une amende sur le pare-brise de sa voiture mal garée (très mal garée) et la secouer furibond. La raison de sa furie était donc que « ces cochons » (le flic, le gouvernement, l’Etat, le Maire, l’Italie, le Pouvoir, peut importe qui ou qu’est-ce) avaient osé lui coller une prune parce que mal garé.
Il n’y a pas de parti (Cinquestelle, Gauche, Droite) en capacité de gérer un tel peuple.
16:15 Publié dans Chroniques Italiennes | Lien permanent | Commentaires (2) |

