18/01/2010
Dibbuks

Nancy Huston
Tombeau de Romain Gary
C’est quoi ce livre ? A première vu, j’ai pensé à un exercice d’admiration mais alors pourquoi l’intituler « tombeau » ? En fait c’est bien un exercice d’admiration sauf que Nancy a quelques comptes sévères à régler avec Gary. Elle tente d’enlever les masques de l'écrivain ce qui n’est pas un boulot facile car Gary était l’homme le plus masqué qui fût.
Il avait sans doute en lui plusieurs dibbuks, ces esprits incarnés dans un corps vivant pour des raisons qui procèdent du secret des âmes. Les siens devaient lui causer des souffrances insupportables. « Le dibbouk est au centre de La Danse de Gengis Cohn de Romain Gary. » nous dit wikipedia. Moïché Cohn, alias Gengis Cohn, un comique Juif tué par des SS, en 1944, qui devient le dibbuk du commandant Schatz, qui a ordonné son exécution.
Nancy plante ses banderilles dans le dos de Romain, pourtant elle l’admire profondément. Romancière, elle pose la question du roman (Gary s’appelait Roman Kacew), du romanesque et de la vraie vie. Elle nous plonge dans l’abîme de cet homme de contradictions, dans cette vie qui finira par la mystification Emile Ajar qui implique son neveu devenu un personnage de roman (de Roman). Fascinant !
Romain Gary, écrivain qui voulait laisser derrière lui « toute une étagère » de livres, sans souci des navets qui s’y trouvent, nous apparaît comme un homme, simplement homme, face à la vie qui n’est qu’une ombre qui passe, un pauvre acteur qui se pavane et qui s’agite (frets and struts) pendant son heure de scène et qu’ensuite on entend plus. Une histoire asurde, pleine de bruit et de fureur, racontée par un idiot.
A lire : l'angoisse du roi Salomon et la danse de Gengis Cohn
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