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21/11/2007

Richesse

Ils étaient tous les deux instits. On les appellera Aimée et Albert. Ils ont commencé leur carrière un peu après la guerre. En 1950, ils se sont enfin installés dans le même village. Vers 1955, ils ont eu leur première voiture, une Simca. L’été, ils partaient camper avec leurs trois filles. Dans leur village, avec le curé et le maire, ils étaient des gens importants. Ils avaient un logement de fonction. On disait : « Le couple de régents*. » Si un môme se faisait punir, il évitait soigneusement d'en parler à ses parents de peur de prendre une torgnole par son père. Albert a pris sa retraite à 55 ans en continuant quelque temps le secrétariat de mairie, non pas par nécessité mais pour le plaisir. Avec ses trois enfants Aimée a pu arrêter à 52 ans. Avec leurs économies, ils ont acheté un bel appartement. Leur retraite était confortable, ils se sont mis à voyager avec le club des anciens profs et instits.

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Si on prend un indice du PIB, le Produit Intérieur Brut français, de 200 en 1948, on obtient, en francs constants, environ 1500 en 2004 soit, selon l'INSEE, un accroissement de la richesse de 750% et même un peu plus.

 

C’est justement en 2004, qu’Alexia et Antoine ont commencé leur carrière de professeurs des écoles. Aujourd’hui, ils gagnent 3300 euros, ils paient 1050 euros de loyer et laissent une bonne partie de leur salaire pour la crèche des deux petits. Ils ont une Scenic d’occasion et une vieille Twingo pourrie. Ils hésitent à partir en vacances trop longtemps. Ils attendent une affection dans la même ville ou village. Ils se demandent s’ils ont les moyens d’avoir un troisième enfant. Ils peinent à mettre un peu d’argent de côté. Ce n’est pas la galère mais ce n’est pas Byzance non plus. Le pire, c’est le manque de considération. Quand un môme se fait punir, il n’est pas rare que les parents viennent leur demander des comptes en les toisant du haut de leur gros salaire. Antoine prendra sa retraite au mieux après 60 ans, elle un peu avant, si tout va bien, si leur contrat n’est pas « unilatéralement renégocié. »

Certains jours, Antoine et Alexia se posent des questions: Où est passée toute cette richesse? Cette belle multiplication du PIB par plus de 7,5 ? Pourquoi rament-ils alors leurs grands-parents ont si bien réussi ? Qu'est ce que c'est que cette société qui traite ses enseignants de manière aussi pitoyable ?   

 

*Régent, régente – Maîtres d’école en Suisse et en Savoie.

 

12:15 Publié dans Textes | Lien permanent | Commentaires (9)

Commentaires

Bien vu

Écrit par : solko | 21/11/2007

Bien vu

Écrit par : solko | 21/11/2007

J'aime bien ta démonstration ! Tu remplaces instit par chercheur, çà marche aussi. Je confirme ;O). Avec peut-être un problème en plus, c'est qu'il n'y a même pas de postes (sans piston) en France, pour nous !!

Écrit par : Froggie | 21/11/2007

2+2=4... Sauf pour les moutons : 2+2=TF1...

Écrit par : la nymphette | 21/11/2007

Excellent article.
Je préfère les commentaires de ton blog à ceux d'AgoraVox.
A noter que la Twingo en question n'a ni airbag, ni lecteur de CD (on nous l'a piqué), ni même de pneumatiques hightech, et pour la fermeture centralisée des portes, si on arrive à les ouvrir déjà correctement de l'intérieur, ce sera bien...
Une petite pensée pour Aimée et Albert....
Xavier.

Écrit par : Xavier | 21/11/2007

Aimée et Albert, ils faisaient quoi de leurs gosses pendant qu'ils bossaient?

Écrit par : Sugus | 21/11/2007

Xav,
Ils ont ajouté un titre bien accrocheur!
Bonnes précisions pour la Twingo pourrie

Sugus,
Toujours la question qui fait mouche. Je vérifierai avec Aimée mais je crois qu'ils avaient une nounou qui n'était sans doute pas diplômée et aussi chère que la crèche.

Écrit par : Joël | 21/11/2007

..il suffit de comparer le prix des equipements qui empilent les niveaux d'investissements , le nombre de dépenses en equipements (hopitaux, routes, ponts, musées, centrales de tous types) en assurances diverses (protection maladie, chomage, fonds de dédommagements,..) en personnels (personnels de l'etat et des collectivités) , les charges de la communauté et le déséquilibre démographique (retaites,..) et ensuite regardez autour de vous le nombre de personnes qui créent de la richesse réelle au regard de ces dépenses et de tous ceux qui participent plus a la redistribution et alors illumination, vous vous rendez compte que cette fameuse richesse n'est pas si fameuse que cela.

Écrit par : xoj | 22/11/2007

xoj, merci pour ce commentaire que je me suis permis de reprendre sur Agoravox. Vous avez raison, l'augmentotion des services fournis et de la resistribution est un facteur important, mais peut-on s'en plaindre?

Écrit par : Joël | 22/11/2007

Les commentaires sont fermés.