
Donc l’homme au bout du rouleau se dit qu’il est temps de faire un dernier voyage. Un dernier pour précéder le suivant, l’ultime, qui lui-même sera suivi d’un autre vers une de ces Mecque des salmonidés. La force de l’homme, le vrai, le chasseur, le pêcheur, l’homme du bush savoyard, le maglanchard élevé à Novel, tient dans sa capacité à fabriquer des rêves Pourtant, avant de partir pour ses hauteurs sub-polaires il serait bon que l’homme se pose les questions essentielles : pourquoi partir si loin alors que la cinq diffuse des reportages si instructifs sur les émissoles (J’aime bien parler des émissoles parce que les émissoles font chercher dans le dictionnaire et que selon moi, et l’homme le sait bien, il n’y a pas de plus grande volupté que de chercher dans un dictionnaire. Sans compter que les amours de l’émissole, ça fait un peu rêver).

Pourquoi donc le Nunavut ? Pourquoi aller si loin ? Alors qu’il n’est rien de tel pour parcourir le monde que de regarder chez soi… ou même de la fenêtre de chez soi ? C’est Chirac qui a apporté la réponse. A peine le Nunavut est-il devenu indépendant, le premier avril 99, que le président, est parti visiter ces artistes premiers et célébrer l’amitié franco-nunavukti à grands coups d’alcool de grain ou de pomme de terre. Donc, l’homme veut partir sur les traces de son président. Ça se comprend ! C’est courageux de la part de l’homme de suivre un si prestigieux précurseur. Pas seulement à cause de l’ours blanc. Non, surtout à cause de la culture et de la philosophie. Il est difficile pour l’homme blanc d’acquérir la
Qaujimajatuqangit, c’est à dire la connaissance profonde de la culture inuit, il est encore moins évident de se frotter à
l’isuma, ce concept inuit, si philosophique et si proprement inouï.



L’isuma, c’est l’essence même de l’être. Cette essence que seul l’homme adulte, chasseur et pêcheur, peut espérer atteindre un jour, vers la cinquantaine, après bien des sacrifices. Il lui faudra par exemple s’initier au patois des baleines. Il lui faudra trouver la mouche gris-perle, celle du petit temps pluvieux au bord d’une eau à peine liquide, cette mouche que le saumon, un autre jour, sous un ciel plus guilleret, aurait dédaigné avec morgue, avec au bout du bec son petit sourire moqueur si énervant pour le pêcheur.
A suivre...