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28/07/2005

Internet Romance -6-

Nicolas ne s’était pas dégonflé. Il avait fait Grenoble-Boston et retour pour assister à un spectacle d’amateurs. Et moi qui le décris comme résistant aux changements ! Il avait pris sur le pouce une décision qui allait lui coûter un mois de salaire. Contradiction ? Pas vraiment. C’est tout Nico : un homme d’habitudes doublé d’un homme de tête, de coups de tête. La décision prise, il pouvait devenir obstiné, borné… Il n’allait tout de même pas se déballonner, il ne s’agissait que de quelques jours de congé et d’un simple billet d’avion…
Julia et Nicolas avaient convenu par e-mail que ce dernier arriverait avec un petit ballon rouge à la main. On imagine la salle de la générale, les spectateurs, la famille, les copains venus en avance pour soutenir, dans cette épreuve leurs acteurs  tous très heureux et excités. La tension monte. Le trac s’empare des amis autant que des comédiens. Ces derniers donnent aux responsables de la caisse les dernières consignes pour leur famille ou leur petit ami, petite amie… C’est au milieu de tout ce beau monde très bostonien, un poil guindé, que débarque notre Nico avec son petit ballon rouge. La vieille dame mi-gênée mi-amusée vient lui faire la bise, c’est Julia cachée sous une perruque blanche. Je ne résiste pas au plaisir de citer un extrait du très long compte rendu qu’en avait fait Nicolas, dans French, de retour de Boston. On retrouve toute la verve, tout l’excès dont il peut faire preuve dans les grands moments d’exaltation :
« (…) Acteurs et chanteurs sont tous magnifiques. Pour beaucoup on croirait avoir affaire à des professionnels Les enfants débordent de vitalité. Les adultes juifs s’organisent, parfois avec les moyens du bord. La chorégraphie est belle et  précise, les voix sont bien plus que des voix Toutes les tessitures sont au rendez-vous (…) A ajouter : la musicalité de l'orchestre amateur, l’encadrement d’un professionnel, une mise en scène toute de goût et de justesse, une qualité artistique digne du meilleur Broadway, des décors alpestres fabuleux, une reconstitution de ce couvent, un couvent presque mystique, une direction d'acteurs hors pair (…) » Signé « Tonton Nico ».
Cette folie, ce panache dans ce petit texte, c’est tout lui. Pour compléter le tableau, on peut ajouter qu’il est plutôt petit, maigre, presque malingre, avec une barbe en collier très étroit. Toujours surexcité, hypernerveux, sous pression constante. Son enfance expliquait bien des choses.
S’il avait parlé de Julia actrice, il n’avait rien dit de la femme. Par French, nous savions qu’elle était divorcée, qu’elle avait des enfants, ce n’était pas ce qui pouvait arrêter tonton Nico. Entre les lignes, j’avais cru comprendre que Julia était un peu boulotte, pas trop sexy. Donc, sortie discrète de Julia et de Delphine côté cour, entrée très remarquée de Mary-Ann côté jardin. La belle Mary-Ann !

19:00 Publié dans Internet Romance | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : Ecriture |

Internet Romance -5-

L’affaire n’était pas faite. Si Nicolas avait remarqué Mary-Ann dans French, il avait aussi noté Julia à Boston, Anna à Munich, Françoise à Paris, Paola à Milan et d’autres encore. Toute la force de l’imaginaire, la puissance des mots ! Et puis, il y avait Delphine.
La chance aurait pu donner un coup de pouce immédiat et nous faire gagner quelques mois. Nicolas partait pour l’Australie. Il allait accompagner Delphine, qui, elle-même, suivait sa mère, mère qui partait courir le marathon de Melbourne, catégorie vétéran. Delphine c’était son amie du moment, sa confidente peut-être, certainement une relation bizarre, probablement platonique. A la troisième bière, il m’avait avoué : « Entre Delphine et moi, c’est fini mais le voyage était arrangé de longue date. Tu sais que j’aime bien Laure, la maman de Delphine. Alors je vais aller à Melbourne. J’en profiterais pour voir Mary-Ann. »
- Tu vois Sylvie, c’est un homme à femmes le Nico !
- Justement. C’est bien la preuve, Il est homo, je te dis. Pédé comme un phoque !
Avant Mary-Ann, il y a eu Julia, une autre French-noteuse mélomane, qui avait su retenir toute son attention. La personnalité éclatante et les aventures de Mary-Ann ont tellement obscurci l’épisode de Julia que, pour en retrouver les détails, j’ai du relire French en entier. Par chance, j’en ai fait une copie avant que le forum ne meure. Je suis donc l’heureux propriétaire de neuf ans de discussion. Je l’ai sur mon l’ordinateur, celui de la maison, celui sur lequel j’écris aujourd’hui. Tous les textes, toutes les notes sont là, accessibles d’un clic de souris.
Donc, Nicolas avait décidé d’aller voir Julia à Boston. C’était avant qu’il n’inaugure sa fameuse note « En avant la musique. » La note et ses deux cent et quelque réponses, dont quatre-vingt de Nico, la plupart en réponse à sa chère Mary-Ann.
Julia était une french-noteuse américaine, passionnée de théâtre et de musique. Elle avait ouvert le sujet intitulé : « Comédies musicales. » Un débat peu suivi, sauf par Nicolas. En banlieue de Boston, elle montait, avec sa troupe d'amateur, la comédie du bonheur. Elle annonçait les dates des représentations, invitait les french-noteurs à venir et signait Julia l'amer-loque. Nicolas, tout excité, m’avait proposé de me rendre avec lui à Boston. J’étais amusé. Je ne savais pas trop de quel prétexte justifier mon refus. Il avait proposé à d’autres membres de l’équipe de l’accompagner. Le sujet avait provoqué des débats, ira, ira pas, et de franches rigolades à la cafeteria.


00:31 Publié dans Internet Romance | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Ecriture |