30/01/2009
Poissons

Si l'on ne voit pas pleurer les poissons
Qui sont dans l'eau profonde
c'est que jamais quand ils sont polissons
Leur maman ne les gronde
Chantait Bobby Lapointe.
[photo demoiselle à trois points]
Et pourtant les poissons discutent dans la mer depuis la plus haute antiquité. Aristote en parlait déjà. Aujourd'hui, on entend toujours plus de bavardages dans les bancs. On connaît le pétillement de l’anguille, le grognement du grondin et du maigre. Le maigre (Argyrosomus regius ou grogneur) se pêche dans l'estuaire de la Gironde notamment. Le bruit qu'il produit en période de fraie, en agissant sur un muscle qui fait résonner sa vessie natatoire, est audible depuis un bateau.
On raconte que, durant la Seconde Guerre mondiale, lorsque les Etats-Unis devaient faire face aux attaques des submersibles allemands, des truites de mer de la famille des Scianidae, qui s’étaient regroupées dans un port pour frayer ont fait tellement de bruit qu’elles ont fait exploser toutes les mines marines acoustiques qui y avaient été déployées. Du coup, jusque dans les années 70, les militaires étaient les seuls à étudier les bruits de poissons. Aujourd’hui, les biologistes du civil ont pris le relais des écoutes et ils font des découvertes.
Non seulement les poissons pètent dans l’eau mais ils parlent nous disent-ils. Ce n’est pas très mélodieux, c’est vrai, c’est entre le tac-tac-tac et le grondement de centrale électrique. Des cris longs et des cris courts à vitesse variable façon langage morse. A la différence de l’oursin ou de la crevette-pistolet au QI limité nos savants pensent que ces signaux peuvent être produits dans l’intention de communiquer. Enregistrements de poissons sur écoute disponibles sur Libelabo.fr.
Il existe à Liège une phonothèque ichtyologique qui dispose des sons propres à chaque espèce. Sons qui sont toujours émis dans une gamme de fréquences audible pour l’homme, le plus souvent produits en période de frai. Ils varient suivant la taille et le sexe de l’individu et ils présenteraient même parfois… des particularismes régionaux, des accents quoi ! C’est le cas de la demoiselle à trois points (photo), un Pomacentridae qui s’exprime avec des bruits de crécelle plus ou moins allongés de 10 millisecondes suivant qu’il cause avec l’accent de Tahiti ou celui de Madagascar.
Les poissons-chats étudiés dans le laboratoire liégeois par Gregory Fabri, doctorant, produisent des sons de stridulation en déployant leur épine pectorale. Les poissons-clowns claquent des dents (font un bruit de) pour éloigner les intrus. Les Carapidae jouent du tambour avec leur vessie natatoire, les maigres la compriment en rythme comme un ballon de baudruche, tandis que les anguilles expulsent bruyamment de l’air par la bouche, et les harengs par l’anus. Les pétarades des harengs ont mis en émoi la marine suédoise en mer Baltique durant deux ans. Les Suédois étaient persuades d’avoir affaire à une forme furtive de sous-marins de l’Armée Rouge. On pense que les harengs pèteraient ainsi pour rassembler le banc et même l’arrière banc.
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