26/09/2007
Reine du Silence
Dans le cimetière de Saint-Brieuc où repose Roger Nimier, il y a la tombe de Louis Guilloux et celle du père de Camus, dixit Marie Nimier. Il semble que Marie n’ait pas lu Le Premier Homme, le livre publié quelques années après la mort de Camus sinon elle en aurait inévitablement parlé.
Le sujet des deux romans, l’absence du père, est ce qui m’a le plus touché dans le livre de Marie. Je n’ai pas arrêté, à la lecture, de faire des comparaisons. Ce permis, que Marie rate régulièrement, m’a fait pensé à ce problème que j’ai toujours eu avec la mécanique et les bagnoles en générale. Un extrait sur ce sujet :
« Nombreux sont les écrivains qui ont vu mourir leur père alors qu'ils étaient enfants. Cette perte prématurée serait-elle une petite machine à fabriquer, alternativement, de l'écriture et du silence ? De l'écriture, dans un premier temps, pour combler le vide, puis du silence pour se faire pardonner d'avoir volé la parole paternelle, de s'en être emparé ? Tant que les écrits restent confidentiels, on s'arrange, mais dès que l'on atteint un certain degré de notoriété, les choses se compliquent. L'attention que l'on te porte n'est-elle pas usurpée ? Qui es-tu pour mériter de tels éloges ? Il faudrait établir la liste de tous ces écrivains sans père. De ces écrivains qui se retirent, se mettent à l'écart, et voir s'il y a une corrélation. Mais est-il encore écrivain, celui qui n'écrit plus.
Est-il encore romancier, celui qui n'écrit plus de romans ? La réponse est évidente. On a pu lire des livres entiers sur le sujet, des livres merveilleux sur le renoncement littéraire qui serait, pour certains, le suprême aboutissement de leur carrière artistique. Bien entendu, il reste écrivain, le lecteur »
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